Votre prochaine addiction porte un nom : DITTER
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Auteur·ice : Joséphine Petit
26/02/2024

Votre prochaine addiction porte un nom : DITTER

| Photo : Thibault Lévêque

Alors que DITTER sort son tout premier EP, Me Money & Politics, voici venir une belle séance de rattrapage avec le trio en direct de Rock en Seine l’été dernier. Si leur nom ne vous dit encore rien, on vous prévient : vous n’avez désormais plus aucune excuse. Avec leur “post-punk joyeux”, comme iels aiment le définir, Rosa, François et Samuel signent un disque hautement addictif et tout autant revendicatif qu’on aime au quotidien dans les oreilles et qu’on adore écouter sur scène où nos talons se retrouvent inéluctablement en lévitation. 

La Vague Parallèle : Salut ! On se retrouve quelques heures avant votre concert à Rock en Seine, comment ça va aujourd’hui ?

François : On est très excité·es ! On appréhende un petit peu, mais à la fois on est assez serein·es, on s’estime prêt·es. On est hyper impatient·es.

Rosa : Plutôt chill moi pour le coup ! (rires)

Samuel : Plutôt chill, avec un trac positif. On a hâte d’être sur scène pour tout donner.

LVP : C’est la première fois qu’on se rencontre en interview pour La Vague Parallèle. Est-ce que vous pouvez nous présenter le projet pour ceux qui ne le connaissent pas encore ?

François : On est DITTER et on fait du post-punk joyeux. On s’inspire des slogans pour nos refrains, pour leur côté fédérateur. On base notre musique dessus.

LVP : À la genèse du projet vous vous présentiez comme un duo qui jouait à trois sur scène. Aujourd’hui, vous vous présentez plus comme un réel trio. Ça vous a semblé plus évident avec le temps ?

Rosa : Oui, il y a avait une question d’alignement entre la scène et ce qu’on faisait en studio. Sam est arrivé après le début du projet, mais c’était finalement plus que nécessaire de l’avoir dans la team et de présenter le projet à trois. On avait besoin de basse !

Samuel : En fait c’est juste pour ça ! (rires)

François : On a fait notre premier concert sans basse, et on s’est dit qu’il manquait un truc.

Samuel : J’étais dans le public, je leur faisais les yeux doux : “vous n’avez pas besoin d’une basse ?” (rires)

LVP : Vous vous connaissiez déjà avant, vous faites tous·tes partie d’autres projets à côté comme Denys Roses ou encore Supreme Love Affair. Comment gérez-vous le fait de faire avancer tous ces projets à la fois ?

Rosa : On a des cheveux blancs, ou même plus de cheveux ! (rires)

Samuel : Ça prend du temps, et il est aussi question de prioriser à un moment donné certains projets. C’est impossible de donner la même énergie à tous les projets en même temps. Pour l’instant, c’est le moment DITTER.

Rosa : C’est ça, on avance plutôt par étapes, par blocs. 

LVP : Ces projets sont parfois différents les uns des autres dans l’énergie ou le genre musical. Est-ce que vous vous êtes créé des personnages pour chacun d’entre eux ? Par exemple Rosa avec DITTER tu es souvent coiffée de tes deux tresses.

Rosa : Oui, j’avoue qu’au début j’avais besoin d’une démarcation. Au final, j’exprime des choses différentes avec DITTER et Denys Roses, donc les tresses sont maintenant plutôt parce que j’ai chaud (rires). C’est mon personnage de scène. On se permet aussi des choses différentes en fonction des projets parce qu’on a envie de dire des choses différentes.

LVP : Vos tenues de scène pour DITTER ont d’ailleurs été conçues par un créateur qui s’appelle Vikouture si je ne me trompe pas. Ça sert également à vous construire une identité visuelle ? 

François : Oui, ça nous a beaucoup aidé·es. Maintenant on n’est plus aussi rigoureux·ses, mais on utilise toujours des ustensiles. Ça permet de mettre un peu de notre création sur scène. On fait ça en partenariat avec lui, on fait des allers-retours, donc ça aide à identifier le projet et nos personnages sur scène. Ça nous aide beaucoup dans l’identification du projet.

LVP : Vous êtes aussi proches des membres de PAR.SEK. Simon s’occupe régulièrement de votre son et Manon a réalisé le clip de Do Things Right. C’est important pour vous de vous entourer d’ami·es en qui vous avez confiance pour évoluer ?

Samuel : Pour moi c’est essentiel. Tourner avec des ami·es, avec des gens avec lesquels on s’entend bien, avec qui on est proches, comme Simon et Manon, ça donne tout de suite une réelle confiance. Que ce soit sur scène ou en dehors, c’est une aventure qu’on a envie de vivre avec des gens qu’on adore.

Rosa : Et ils sont aussi très bons dans ce qu’ils font ! C’est aussi pour ça qu’on les prend avec nous, on se sent bien dans leur manière de travailler. 

LVP : Comme on parlait du clip, vous pouvez nous dire quelques mots sur ce morceau : Do Things Right ?

Rosa : Oui, c’est un morceau qui parle de l’enfance et des injonctions qu’on peut recevoir dans une société où l’on a besoin d’être bien, de faire les choses bien, de vivre bien… Toutes ces injonctions qui ne laissent pas beaucoup de place parfois. On ressent comme une obligation d’être heureux·ses. Le clip reprend tout ça avec le personnage qui a des tresses et un sac à dos. Le refrain qui dit “don’t think twice, do things right”, c’est un appel à la spontanéité sur ce sujet.

LVP : Justement, ce refrain correspond un peu à votre mantra sur scène non ? On sent beaucoup de spontanéité et de laisser-aller au-delà de l’énergie qui porte le live.

François : Oui, avec DITTER, on essaie vraiment de se laisser un espace de liberté. C’est comme ça que le projet est né, et c’est comme ça qu’on veut qu’il continue de vivre. C’est beaucoup de fun et de spontanéité. Se laisser de la place pour faire ce qu’on veut, c’est très libérateur, à la fois pour nous, et pour le public aussi qui nous le renvoie. J’ai l’impression qu’on a trouvé ce qui nous correspond et qui nous fait beaucoup de bien.

Samuel : C’est ça, ça a un aspect festif sur scène et en dehors. C’est ce qu’on recherche : les concerts, c’est l’éclate pour nous !

LVP : On le ressent beaucoup quand on vous voit en live. Vous y prenez vraiment plaisir, et ça se transmet chaque fois jusqu’au public. La scène, ça revêt une dimension particulière pour vous par rapport au studio ?

François : Ce sont deux choses très différentes. Les deux sont extrêmement jouissives dans l’exercice. On adore les deux.

Samuel : C’est un sentiment inégalé d’être devant une foule et de les voir chanter avec nous. Rien que ça, c’est incroyable.

LVP : Et cette idée du cône de chantier qui se fait mégaphone sur scène, ça vient d’où ?

François : Essentiellement des manifs ! (rires)

Rosa : Tu veux la vraie histoire ou l’histoire officielle ? (rires) Il était au studio, et je me suis dit que ça pouvait être drôle de l’utiliser comme support de voix. On l’a travaillé et on lui a mis un micro. Puis le travail sur la voix saturée, c’est quelque chose que je kiffe aussi parce que ce sont des codes que j’aime présenter. Ça a totalement du sens avec ce qu’on écrit. Par rapport au mégaphone, que ça aurait pu être, ça a un peu plus d’impact visuellement. C’est plus rigolo. On se dit “mais pourquoi elle prend un cône de chantier ?” !

François : Il y a aussi ce côté enfantin qui nous parle et nous fait rire. Un cône c’est limite sensé être un jouet, ça n’a pas la fonction première d’un mégaphone.

LVP : Vibrato bz bz blop sorti l’hiver dernier abordait quant à lui un sujet peu commun pour un premier titre, avec un format court et un clip animé décalé. L’idée, c’était d’annoncer la folie et l’humour marginaux de DITTER avec ce premier shot ?

François : C’était exactement ça, l’idée de s’annoncer sans trop se griller. On savait que le projet était très jeune, et allait pouvoir évoluer dans plein de directions différentes. Ça permettait de se livrer sans en dire trop. On s’est laissé·es cette marge de manoeuvre, et je pense qu’à la fois c’est une très bonne carte de visite pour DITTER.

LVP : D’ailleurs, Rosa, c’est toi qui as réalisé le clip animé. Tu pratiques aussi les arts graphiques. La rencontre entre plusieurs arts comme la musique et le graphisme, c’est quelque chose qui t’anime ?

Rosa : Oui, on l’a écrit à deux, et j’ai fait les illustrations et l’animation. J’étais graphiste avant d’être musicienne, et je considère tout ça comme des outils. Je suis obligée de passer par l’image ou le son, et j’ai besoin de changer d’outil à chaque fois pour créer. Si je reste trop dans un domaine, au bout d’un moment je ne m’y retrouve plus. C’est un va-et-vient constant pour alimenter chaque propos. Quand j’écris je pense à l’image, et quand je fais de l’image je pense au son. 

François : Et il faut dire que Rosa fait aussi la plupart des pochettes et tout l’univers graphique du groupe ! C’est une chance incroyable d’avoir quelqu’un dans le groupe qui sente la musique et puisse retranscrire ça sur des images.

LVP : Ça permet d’aller exactement là où vous voulez finalement.

Rosa : Ouais ! Après je ne dirais pas non à des collabs parce que je trouve ça intéressant de travailler avec d’autres artistes. Ça enrichit. Mais en tout cas pour le début, c’est cool d’avoir déjà la musique et l’image comme ça.

LVP : Sous ce côté punk que vous revêtez, on ressent évidement beaucoup d’engagement, qu’il soit politique ou féministe par exemple. La musique comme vecteur de messages et d’idées, c’est quelque chose qui vous parle ?

Rosa : Elle l’est par défaut. DITTER arrive pour nous à un moment où on a besoin de s’engager. C’est ça le truc : DITTER est venu nous trouver quelque part, pour dire des choses qui nous tiennent à coeur. Je pense qu’on fait partie des groupes engagés. Après on est engagé·es sur certains sujets, peut-être moins sur d’autres parce qu’on ne peut pas tout faire. On ne peut pas être de toutes les luttes. Mais avec DITTER, on a besoin de manifester certaines idées.

LVP : Sinon cette année, vous faites partie de la sélection Club Avant Seine, qu’est-ce que le dispositif vous a apporté ?

François : On a eu une formation et des ateliers, qui nous ont éclairci l’esprit sur les contrats, on en avait bien besoin. On est en plein dedans, c’est arrivé vite pour nous. Ça permet de rencontrer aussi beaucoup de gens. 

LVP : Vous avez rencontré d’autres artistes du Club Avant Seine aussi ?

François : Oui, Spoink avec qui on a rigolé, THÉA aussi, Blumi

LVP : En Attendant Ana aussi ? Iels ont conseillé à tout leur public de venir vous voir sur scène aujourd’hui quand iels ont joué hier.

Rosa : C’est vrai ? Oh je vais leur envoyer des coeurs ! Je suis absolument fan de ce groupe, j’ai fait ma groupie quand je suis allée les voir. 

LVP : On a d’ailleurs partagé un jury avec vous pour le dispositif lycéen de Première Seine, qui emmène de jeunes groupes sur la scène de Rock en Seine. Vous avez un retour d’expérience à partager ?

François : C’était très intéressant. On ne savait pas trop comment ça allait se passer, et notre position s’est finalement trouvée assez facilement. C’est très bizarre de passer de l’autre côté. On est aussi excité·es que les groupes lycéens, c’est aussi notre première fois à Rock en Seine, donc on s’identifie aussi un petit peu à eux d’une certaine manière. C’était intéressant d’être celui qui observe, qui dit ce qu’on peut arranger… Et ça nous nourrit aussi sur des choses simples, comme des déplacements sur scène ou de la musique.

LVP : Pour finir, est-ce que vous avez un coup de coeur dans la programmation du festival à nous conseiller ?

Samuel : Oui, allez voir Ada Oda !

Rosa : Et En Attendant Ana, mais c’est déjà passé.

François : Overmono aussi !

Sur ces belles paroles, notre conseil à nous, c’est que vous n’attendiez pas une seconde de plus pour écouter le premier EP de DITTER, Me Money & Politics. On vous met au défi de travailler vos plus beaux choeurs sur Lalala Song et I Do Hate You (But I Do Like You) d’ici leur release party à Petit Bain le 11 avril prochain, et croyez-nous, on sera là pour vérifier si vous avez bien révisé la leçon.

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