(Interview) VOYOV : “En grandissant, on entre en contradiction avec ce qu’on nous a demandé d’être.”
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Auteur·ice : Charles Gallet
02/04/2017

(Interview) VOYOV : “En grandissant, on entre en contradiction avec ce qu’on nous a demandé d’être.”

On ne cherche plus à le cacher, depuis septembre VOYOV, de son vrai nom Thibaud Vanhooland, est notre petit chouchou sur la nouvelle scène pop francophone. On prend ainsi plaisir à le suivre, que ce soit à travers son premier EP On S’emmène Avec Toi, ou sur scène, où il ne cesse de nous étonner date après date. Tête d’affiche de notre prochaine soirée Divagation, il a répondu à quelques-unes de nos questions lors de son passage au Grand Mix de Tourcoing. On y a parlé de Nantes, du Nord et de son rapport à l’enfance. Entretien.

LVP : Salut Thibaud ! T’es un peu le régional de l’étape ce soir, ça te fait quoi de jouer au Grand Mix ?
VOYOV : Ca me fait très plaisir, surtout que c’est pas la première fois que je joue ici, j’étais déjà venu avec Elephanz et Pégase. J’aime beaucoup cette salle. Et le fait de jouer dans ma région, ça fait toujours plaisir.

LVP : Justement tu as joué avec pas mal de groupes avant de te lancer en solo. A quel moment tu as décidé d’activer VOYOV ?
V : J’avais du mal à prendre la décision de me lancer, j’étais encore dans une période de création où j’essayais plein de choses différentes et je n’avais pas envie d’arrêter en plein milieu du processus. C’est mon manager, qui travaillait déjà avec moi avant que le projet ne sorte, qui m’a dit “C’est bon, t’as les morceaux tu peux y aller“.
Et puis j’ai accepté des dates à La Péniche de Lille et au festival Scopitone à Nantes, qui ont fait que j’avais plus trop le choix.

LVP : Tu jouais dans des groupes nantais, où les paroles étaient surtout en anglais, mais j’ai l’impression qu’il y a une autre scène nantaise, francophone, qui se développe avec toi ou Tonus…
V: C’est encore assez timide, même si j’imagine qu’il doit y avoir d’autres groupes aussi. Je sais qu’il y a eu une grosse génération de chanteurs nantais comme Katerine ou Dominique A, qui ont été des artistes assez marquants et qui le sont toujours aujourd’hui. Et après il y a eu beaucoup de musique un peu pop électronique anglophone et à Nantes ça a vachement suivi. Ça a créé une espèce d’élan autour de certains groupes et tout le monde s’est mis à chanter en anglais.
Ça a complexé pas mal de gens sur le fait de chanter en français, de peur d’être exclu ou d’être un peu en dehors, et de pas rentrer dans les cercles. A Nantes tout le monde se connait vraiment et t’as pas envie de décevoir les copains avec qui tu joues (rires).

LVP : Sur ton EP, je trouve qu’il y a un décallage entre ta musique assez douce et les paroles qui sont souvent mélancoliques et sombres. Comment tu composes tes chansons ?
V : En fait, j’écris d’abord toute la musique et même une bonne partie des arrangements, ensuite je compose des mélodies de voix avec un clavier et enfin, les textes. Du coup je pars vraiment des ambiances de la musique que j’ai faite pour écrire les paroles. Sans doute que moi j’y trouve de la mélancolie dans ce que je compose, parce que c’est vrai que c’est assez mélancolique… Après, je suis dans des endroits différents et dans une projection différente aussi quand je fais la musique et les textes.

LVP : Y’a deux notions assez évidentes dans ta musique : la fuite/ l’envie d’ailleurs et surtout, un rapport à l’enfance qui est assez important.
V : Ouais carrément. Je pense que pour tout le monde c’est à peu près pareil. L’enfance c’est quelque chose qui nous construit et nous façonne de plein de manières différentes et qui est assez représentatif du chemin que prennent les gens par la suite. C’est ça qui m’intéresse. Dans beaucoup de mes textes il y a cette notion d’enfance qui fait d’une personne ce qu’elle est : que ça soit dans la confrontation, dans le cercle de personnes ou d’atmosphères où on se trouve, ou dans l’envie de partir d’endroits peu confortables et de l’entourage de personnes qui nous mettent mal à l’aise. J’ai l’impression que plus on grandit, moins on se fait chier avec des choses, des gens, des décors qu’on n’a pas envie de voir. Alors que quand on est plus jeune, on est enfermé la dedans. C’est ce qui m’intéresse justement, ce qu’on entre en contradiction avec ce qu’on nous a demandé d’être.

LVP : J’ai remarqué un truc intéressant : tu n’emploies jamais la première personne…
V : C’est vrai, t’es la première personne à me faire la remarque.

LVP : Tes paroles sont assez personnelles, pourtant tu prends le rôle d’observateur extérieur à ce que tu racontes, C’est conscient ?
V : Oui c’est tout a fait conscient . Après, les paroles sont personnelles mais je m’arrête jamais à ce que je suis et à ce que je ressens moi …

LVP : Ca rend le propos universel …
V : En tout cas, c’est l’idée. J’écris pas mes paroles uniquement en fonction de ce que je vis, mais en fonction de ce que je vis avec les autres et de ce qu’ils vivent. Je me vois pas trop parler à la première personne, raconter mes histoires d’amour… C’est pas un truc qui me dérange et j’y viendrai peut être plus tard mais pour l’instant, j’ai l’impression que les autres ont beaucoup plus de choses à dire que moi ou en tout cas, toutes les entités et personnes autour de moi ont tout autant de choses à raconter et ça serait se limiter de parler de ce que je pense et de ce que je vis…

LVP : Tu t’inspires des autres en même temps que de toi même.
V : Ouais, j’ai pas de problèmes à raconter des choses qui me sont arrivées, mais si je le place dans un contexte du « on » et pas du « je » c’est aussi parce que je ne me base jamais seulement sur ce que moi j’ai vécu. Je ne fais que partir de ça pour ensuite essayer de comprendre comment les gens ont vécu la même chose de leur côté.
Quand je parle d’On s’emmène avec toi par exemple, j’ai pu être un gamin un peu rejeté à l’école, ça m’est arrivé à des moments et à d’autres c’était pas le cas. C’est mon expérience à moi mais il se trouve que beaucoup de gens ont des expériences bien plus intéressantes là-dessus, sur cette envie de partir, que ce soit des auteurs, des écrivains , des amis à moi ou des personnes que je vais juste rencontrer lors d’une soirée. Et ça serait limiter le discours et le propos que de se baser uniquement sur ce que je vis et de le raconter en disant « je ».

LVP : Sur ta pochette ou sur ton second clip, le nord semble assez présent et important pour toi. Ça représente quoi pour toi ?
V : Tu disais que je parlais beaucoup d’enfance et mon enfance justement, elle se situe dans le nord. C’est une région à laquelle je suis très attaché, comme toutes les personnes qui ont grandi là. C’est un décor dans lequel je me suis beaucoup projeté quand j’écrivais les paroles et quand il a fallu mettre des images graphiques sur tout ça, je trouvais sincère d’aller chercher du côté de ce décor-là.

LVP : Justement, on trouve  une vraie poésie qui se dégage dans tes deux clips. Comment tu travailles dessus ?
V : Je suis sur tous les clips, j’aide, je fais de l’assistanat réal ou de la régie mais c’est Tamara qui réalise tout, qui pense tout, qui monte tout, elle fait toute la vidéo du début à la fin. Moi, je ne suis pas vidéaste. Elle, c’est son travail et je la trouve super talentueuse, je lui fais confiance. Y’a toujours des moments où elle va me montrer des étapes de travail sur lesquelles on va pouvoir discuter de ce qu’elle ressent par rapport à ce qu’elle fait. Après, je lui fais totalement confiance et je vais toujours dans son sens.

LVP : Je trouve que les vidéos représentent vachement bien les chansons…
V : L’avantage c’est que Tamara c’est ma copine, donc ça créée un rapport où elle comprend instantanément ce que je fais. Elle voit toute ma démarche de travail et comprend mieux que n’importe qui mes envies et là où je me projette. C’est la première personne à qui je vais parler de mes textes ou faire écouter mes morceaux quand ils sont en phase de création. Elle a donc une position vis-à-vis de ma musique que n’importe quel autre vidéaste ne pourrait pas avoir.

LVP : Je vais faire ma question con, j’ai super honte mais c’est pas grave (rires). C’est parce que t’as grandi dans le Nord-Pas-De-Calais que tu sais pas écrire voyou correctement ? (rires)
V
 : Là t’es entrain de traiter tous les gens du Nord Pas de Calais d’analphabètes…

LVP : Je suis du Nord-Pas-De-Calais donc ça va je me permets…
V : Ben justement c’est pas très glorieux de faire ça (rires). Écoute complètement… Mais pas du tout, c’est horrible j’ai pas du tout envie de raconter quelque chose comme ça (rires).

LVP : Ca va c’est pour la blague …
V : Non en fait pas du tout, je respecte les gens du Nord et je les considère pas comme des analphabètes (rires). Moi je suis parti à 12/13 ans du Nord, et je revenais très régulièrement parce que mon père est resté vivre ici. J’ai fait mon collège et mon lycée à Nantes, mais je restais quand même du Nord. Quand on arrive dans une ville comme Nantes, qui assez bourgeoise, où y’a pas d’accent et ou les clichés ressortent assez facilement, il y a un rapport assez étrange avec les gens du Nord.
Mais je me suis rendu compte que ces clichés, c’était quelque chose dont on pouvait être fier, il y a plein d’histoires à raconter sur nous, ce qui n’est pas le cas d’autres régions. Et même si les gens ont tendance à vouloir se moquer de temps en temps, ils sont toujours rattrapés par cette réalité.

(Après l’interview, Thibaud m’a raconté une anecdote liée à son enfance : l’école primaire où il a fait sa scolarité, l’école Jean Jaurès de Hellemmes, qui est une des plus anciennes du Nord Pas de Calais, a une devanture sur laquelle il écrit JEAN JAVRES. Cela pourrait expliquer le V remplaçant le U dans Voyov et rejoint d’une manière assez poétique le rapport à l’enfance développé par Thibaud dans sa musique.)

LVP : En réalité, c’est juste qu’au départ personne ne savait comment prononcer le nom de ton groupe.
V : Mais ça c’est un truc qui moi, me plait. Sans que je sois là je créée quand même des conversations entre les gens. A chaque fois que j’arrive dans une salle et que je joue avec un groupe, y’a toujours un des membres qui me demande comment ça se prononce. C’est un truc qui me fait plaisir, de voir que ça pousse au questionnement et que ça reste plus dans la tête que si je m’appelais juste Thibaud.

LVP : Sinon c’est quoi tes coups de cœurs récents ?
V : C’est marrant que t’en parles, parce que justement j’ai vu que t’avais fait un post la dessus où tu demandais ce que les gens en pensaient, c’est le Dirty Projectors que j’ai adoré et qui m’a donné une vraie claque. Après, je passe tellement de temps à composer de la musique en ce moment que j’en écoute pas autant que je le voudrais. Donc c’est un des albums que j’ai le plus écouté récemment. Avec l’album de Solange aussi, qui est formidable. Mais pour l’instant j’essaie surtout de composer de la musique plutôt que d’en écouter.

LVP : Enfin la question double promo pour toi et pour nous : Qu’est ce que tu veux dire aux amis bruxellois pour les convaincre de venir à la soirée Divagation ?
V : J’ai vraiment hâte car je n’ai jamais joué à Bruxelles. C’est une des villes que j’aime le plus au monde je pense, du coup je suis vraiment impatient de venir dans cette ville avec mes copains Lenparrot et Tonus. On va faire tout ce qu’on peut pour que ce soit une soirée géniale.

Photo principale par Tamara Seilman.

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