We Hate You Please Die : " L'idée c'est de donner envie aux gens de se lâcher"

Tu fais tourner ?
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

Il y a des noms qui sonnent doux à nos oreilles. Pour le fan absolu de Scott Pilgrim qui écrit ces lignes, il était donc impossible de ne pas s’intéresser à un groupe nommé We Hate You Please Die. Grand bien nous a pris, tant la musique de ces quatre Normands est aussi dévastatrice dans la forme que profonde dans son fond. Rendez-vous était donc pris avec le groupe, sous le soleil de Beauregard, pour parler de leur musique, de la société et de la nécessité de ne pas devenir comme ceux qui nous ont fait du mal.

LVP : Salut We Hate You Please Die, comment ça va ?

Collectif : Ça va super bien et toi ?

LVP : Ça va bien merci. On définit souvent votre musique comme du garage, mais dans sa structure j’ai l’impression qu’elle est hyper pop. Est-ce que c’est quelque chose qui vous convient ?

Joseph : Ça va faire plaisir à Raphaël, ça. Sur ce, je vais pisser.

Raphaël : C’est vrai que j’adore la pop et ça reste une grosse influence. Le garage c’est parce qu’il fallait mettre une dénomination, mais c’est très chiant de se définir par un genre. La pop, le garage, tout nous influence.

LVP : Au-delà des genres, dans les références, il y a des références très populaires. Votre musique peut aussi faire penser à des bandes sons de films indé américains, par exemple.

R : Ben, ça nous va très bien. Il y a un peu de ça, même si ce n’est pas le message premier. Disséminer des références pop cultures et parfois geek, ça ne nous gêne pas non plus.

LVP : Votre musique est à la fois profondément joyeuse avec énormément d’énergie, et en même temps, au niveau des paroles, on est sur quelque chose d’assez sombre lorsque vous parlez de ce que l’époque a ou n’a pas à nous apporter, d’isolement ou de la peur de grandir. Est-ce que ça vous intéressait de jouer sur cette ambivalence ?

R : Ce n’est pas vraiment la peur de grandir au final, mais plutôt la façon dont il va falloir grandir. Grandir, ce n’est pas un souci en soi, ce qu’on combat beaucoup c’est la méritocratie. C’est un sujet qui nous tient beaucoup à cœur. Dès le départ on nous dit qu’il faut carburer, qu’il faut avoir des bonnes notes, avoir une certaine image de soi… On en a tous chié là-dessus, on était soit les derniers de la classe, les exclus, etc… On n’appelle totalement pas à la revanche des freaks, mais un peu quand même. Et au-delà de ça, la vraie question c’est pourquoi on s’est retrouvé comme ça ? Parce qu’un jour quelqu’un a dit qu’il y aura un premier et un dernier. Donc oui on joue là-dessus, on a une vraie recherche de happy end. On n’est pas là uniquement pour dire que ça ne va pas, on cherche aussi une porte de sortie, et si ça peut bien se finir c’est cool. On n’apporte pas les solutions, mais à notre échelle, on essaie d’en parler.

LVP : Et c’est important pour vous d’envisager votre musique comme un exutoire ?

J : Complétement. Comme Raphaël disait on n’apporte pas de solutions, ou alors des solutions pour nous. Notre façon de s’exprimer passe par la musique, comme ça peut être un autre vecteur pour d’autres personnes.

R : Du coup c’est encore plus touchant de réaliser que ça touche du monde, c’est trop bien et ça nous rassure aussi.

J : Ça montre aussi que nos thèmes sont malheureusement assez universels et que ce genre de situation atteint beaucoup de monde.

LVP : Finalement vous exprimez vos peurs à travers votre énergie. Vous vous dégagez de ce qui vous pèse à travers votre musique ?

Mathilde : La société qui veut que tu aies des codes pour te définir correctement, mais quand tu te relâches tu réalises que tu n’as pas de barrières, et c’est ça qui est cool.

J : L’idée c’est plus de donner l’envie aux gens de faire comme nous, de se lâcher, plutôt que de donner des réponses fermes.

R : On continue de trouver ça incroyable que des gens veulent nous programmer, et on trouve déjà ça assez fou de pouvoir faire des concerts. Au fond de nous on se sent tous comme des sombres merdes et être en groupe ça rend les choses plus faciles, ça rassure, et de se retrouver, ça permet de mieux vivre. Tu te sens toujours mal, ça ne résout pas le problème mais tu te sens moins seul, au point que ça en devient bizarre parfois. On essaie de tout analyser en permanence par exemple, là on fait de la musique où on critique la société, et à côté de nous, il y a une grande roue qui tourne, l’écart est assez grand (rires).

LVP : Et par rapport à la musique que vous faites, vous trouvez que c’est « nécessaire » d’apporter un message politique ?

J : Nécessaire, je ne sais pas. Je trouve ça quand même plus intéressant que de dire dans nos chansons « on est super content, la vie est belle ». Malheureusement ce n’est pas ça.

R : On n’est pas dans une démarche hyper politique, c’est plus quelque chose de symbolique, au final.

LVP : Et vous pensez que l’époque est joyeuse ? Parce que personnellement non.

R : On est bien d’accord alors (rires).

J : Dans le fond non pas du tout, mais le souci c’est qu’on te met ça en forme de telle manière qu’on a l’impression qu’elle l’est, que tout le monde est content et joyeux.

R : Ça fait longtemps que c’est comme ça.

J : Justement, on est dans un espèce d’hédonisme de façade qui essaie d’endormir les gens. Dans la consommation c’est ça en permanence, on te dit que si tu achètes ça, ta vie sera meilleure.

LVP : Finalement votre musique est comme ça : si on l’écoute on a l’impression d’être face à quelque chose de joyeux, mais si on creuse c’est quand même très dark.

R : C’est marrant, et tu n’es pas le premier à en parler, mais je ne vois pas notre musique comme joyeuse. L’autre jour d’ailleurs je disais qu’on allait essayer d’être un peu plus joyeux sur le second album car je trouve le premier très sombre.

J : Sérieux ? Moi je ne le vois pas comme ça.

R : Sans doute que les touches de pop amènent cette sensation. Du coup, j’en ai oublié la question… Mais non, l’époque n’est pas joyeuse mais ce n’est pas nouveau, et c’est ça le pire. L’époque est hyper connectée et c’est finalement plus simple de s’offusquer. Tu vois passer des vidéos sur Facebook et tu dis « ah, ce n’est pas bien », avec un petit smiley en colère.

J : C’est ça, la seule contribution de certains.

R : Pour le moment je pense que chacun dans nos vies on essaie de faire des petits gestes, d’être moins dans la dissonance cognitive et de ne pas devenir comme les gens qu’on déteste, ceux qui ont fait qu’on est mal dans notre peau.

LVP : Je vous avais vus et découverts à Lille…

M : Ouh là ! (rires)

LVP : Moi j’avais beaucoup aimé, la preuve je suis là. Ma question est plus pour Raphaël : par certains aspects je te trouve assez terrifiant sur scène (rires). Est-ce que par certains aspects il y a un côté un peu schizophrénique quand tu montes sur scène ?

R : C’est une question qu’on m’a souvent posée et je pense que c’est le prolongement de ce que j’ai en moi. C’est vrai que je suis quelqu’un d’hyper timide dans la vraie vie, mais sur scène ce n’est pas une autre personne, c’est moi beaucoup plus détaché qui me dis que je n’ai plus rien à perdre.

LVP : Et pour les autres, c’est facile à suivre ?

M : On fait comme on peu.

J : On a un peu l’habitude, en fait.

M : Mais on a un peu la même optique .

J : C’est sûr que chez Raphaël ça se voit beaucoup plus.

R : Je suis le chanteur, mais on est tous les quatre dans la même ambiance.

LVP : Et justement, comme nega-scott, est-ce que tu irais prendre un brunch avec toi-même ?

: Ben maintenant oui. Je ne peux pas dire à quel point ça m’a aidé de faire de la musique. Avant j’étais terrifié à l’idée de chanter devant les gens, voire même de parler en public. Donc tout ça m’a vraiment aidé, même si au final c’est plus personnel et qu’on est moins dans le combat collectif.

LVP : Pour finir, est-ce que vous avez des coups de cœur à partager avec nous ?

M : Kumusta, un super groupe normand.

C : Je vais dire Bryan’s magic tears.

J : Moi j’aime beaucoup Black Midi en ce moment.

R : Euh… Ben écoute, j’aime bien Lomepal.