YellowStraps, l'incarnation de l'essence nu jazz en 2020

Tu fais tourner ?
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Le duo YellowStraps est de retour ce vendredi avec son nouvel EP Goldress. On avait déjà pu en découvrir le premier single éponyme, dont le clip avait subjugué la toile. Cet EP a son importance puisqu’il a été réalisé sous la direction d’un nouveau label, avec beaucoup de passages en studio – notamment au Red Bull Studio à Berlin. C’est aussi l’occasion pour les deux artistes de montrer qui est YellowStraps et de plus se consacrer à leur musique. Dans cet esprit, nous avons eu l’occasion de les rencontrer lors d’une après-midi pluvieuse pour comprendre le tournant que représente Goldress. Pour nous, cet EP, c’est un présent sensuel qui tombe à pic pour nous garder au chaud durant l’hiver. 

Vous venez de Braine-L’Alleud, du coup elle ressemble à quoi la scène brainoise ?

Yvan & Alban : Wooow (rires). Elle est très rock, hein.

Alban : Franchement, les gens qui viennent de Braine et qui ont fait de la musique un peu différente sont tous partis de Braine. Enfin, il n’y a pas vraiment une scène brainoise, du coup. Au final, ils sont tous à Bruxelles.

Comment en êtes-vous arrivés à la musique ?

Yvan (à Alban) : Tu peux raconter, c’est toi qui t’es le plus chauffé à en faire d’abord.

Alban : Je me souviens que tout part de Fabien (Le Motel), notre ami d’enfance qui était aussi de Braine-L’Alleud et qui était avec nous aux scouts. C’est lui qui avait commencé la guitare à l’époque. Moi, c’était la première fois que je voyais un pote jouer de la guitare et je me suis dit « Ah ouais, c’est vraiment bien ! » et ça m’a donné envie d’en faire moi-même. Donc j’ai commencé la guitare quand j’avais 12 ans et depuis je n’ai jamais arrêté. Puisqu’on avait des potes de notre entourage qui commençaient aussi la musique, on s’est un peu tous influencés à commencer en même temps.

Yvan :  Au début, c’était plein de reprises. Classique.

Alban : Oui. Les reprises, c’est comme ça que j’ai appris à jouer de la guitare, avec les accords que j’apprenais en les faisant. (À Alban) Et c’est comme ça aussi que t’as appris à chanter finalement.

Yvan : C’est vrai, c’était un peu un entraînement. C’était trop bien parce qu’il y avait des morceaux que je kiffais tellement que je les chantais tout le temps. Et petit à petit, quand on a commencé à faire de la musique, c’est venu un peu naturellement. Puis Alban était plus chaud de faire de la guitare. Du coup, je l’ai laissé faire. Je me suis dit « D’accord, je vais chanter. »

A quel point ça a été difficile pour vous de vous faire reconnaître dans le milieu ?

Yvan : De base, ce n’était pas un truc qu’on recherchait spécialement. On ne s’est pas dit dès le début  « On va en vivre. »

Alban : On ne s’est jamais dit « Putain, c’est dur. »

Yvan : Finalement, on a même eu de la chance parce qu’on voyait plus ça comme un hobby et comme un passe-temps qu’on adorait.

Alban : Donc à chaque fois qu’il y avait une opportunité, on se disait « C’est quand même bien pour un hobby. » On prenait juste ce qui venait comme du kiff et des expériences trop bien. C’est seulement depuis un an qu’on s’est vraiment chauffés dans le projet et que, du coup, il y a plus de pression et qu’il faut percer, putain. (rires)

Ça s’est fait comment de vous retrouver sur la première compilation sur vinyle de COLORS ? 

Yvan : C’était incroyable ça. En plus c’est un honneur d’arriver à figurer parmi des artistes qu’on aime trop de base.

Alban : Leur première compilation, c’est une petite sélection d’artistes alors qu’ils en ont vraiment eu beaucoup. Depuis qu’on a fait la vidéo chez eux, ils nous ont toujours dit qu’ils aimaient ce que l’on faisait. Mais nous, on pensait que c’était un peu le truc qu’ils disent à tout le monde. Par la suite, ils nous ont contactés par mail en disant qu’ils avaient envie de mettre notre son sur leur compilation. Du coup, là, on s’est dit « D’accord, ils aiment vraiment bien en fait.» (rires)

On a eu l’impression que Goldress était un rien plus accessible que ce que vous aviez fait auparavant. Était-ce une volonté ?

Yvan : C’était une volonté, oui.

Alban : Ouais, de faire des chansons et des morceaux plus ‘couplet-refrain-couplet-refrain’. Avant, c’était vraiment des ambiances.

Yvan : C’était plus des vibes, des nappes ou des sons que tu mets en fond sonore plutôt.

Alban : Il n’y avait pas vraiment de structure, on chantait juste ce qui sonnait bien pour nous mais sans se dire « Ah tiens, il faudrait un refrain. » Au final, il y a des sons dans lesquels il n’y a aucun truc qui revient comme un refrain. Et là, on s’est dit qu’on allait essayer ça.

À part ça, qu’est-ce qui a changé dans votre procédé pour cet EP ?

Yvan : On a fait beaucoup de studio aussi pour ajouter de vrais instruments. On a bossé avec notre claviériste (Lennard Vink alias VYNK, ndlr.) et notre bassiste (Victor Defoort, ndlr.) et notre batteur aussi (Jérôme Cardynaals, ndlr.). En fait, c’est le band qu’on a maintenant (en studio et en live, ndlr.). Et ça, c’était trop cool pour avoir une vraie cohérence. Puis, eux aussi étaient libres d’apporter ce qu’ils voulaient mettre dedans alors qu’avant c’était vraiment à 100% ce que nous on avait fait avec Alban. Par exemple, si on a une ligne de basse dans la démo, notre bassiste va nous dire « Là, je ferais plutôt comme ça » et rajouter un truc beaucoup plus musical et beaucoup plus complet. C’est le mot, je dirais que c’est vraiment des morceaux plus complets.

Votre musique, vous pensez qu’elle s’écoute le plus dans quelles circonstances ? Comment imaginez-vous votre public l’écouter ?

Alban : Il y a un scénario parfait : t‘invites une meuf ou un mec…

Yvan : Vas-y, rentre bien dans les détails… (rires)

Alban : Là, en plus, il y aura un vinyle. Donc, tu fais tourner le disque…

Yvan : Petite bougie…

Alban : BAM ! Petite bougie, très important. Puis voilà, c’est parti quoi. Tu passes une soirée tranquille. (rires)

D’ailleurs en parlant de votre public, si vous deviez le décrire en une personne ? Ce serait qui ? C’est qui la personne type qui écoute YellowStraps ?

Yvan : L’avantage, et ce qu’on nous a souvent dit, c’est que ça pouvait plaire -pas à tout le monde- mais à un large public quand même. Je n’arriverais pas à dire parce que là justement on s’est concentrés à faire quelque chose pour quelqu’un qui, même de base, ne serait pas spécialement intéressé·ée par la musique. Mais en même temps, on l’a aussi fait pour quelqu’un qui est à fond dans la musique.

Alban : Oui, quelqu’un qui écoute beaucoup de musique et qui s’intéresse un peu à la musique non conventionnelle -donc pas spécialement commerciale. Quelqu’un qui va chercher des nouveaux sons un peu tout le temps.

Yvan : Et “qui est touché par les émotions” (rires).

Alban : Qui a plus ou moins notre âge, quoi. Je pense que ça c’est la majeure partie de notre audience.

Dans la soul et le jazz de l’époque, vous auriez aimé travailler avec qui ?

Alban : Bill Evans pour le jazz.

Yvan : (rires) Collab Bill Evans, absolument.

Alban : Oui, ce serait très très très beau.

Et s’il y avait un featuring que vous pourriez faire maintenant, ce serait quoi le rêve absolu ?

Yvan & Alban : King Krule, c’est sûr !

C’est quoi le titre de King Krule que vous auriez voulu écrire ?

Alban : Il y en a plein, je ne sais pas… (rires) Ah mais oui, le deuxième son de l’album de King Krule !

Yvan : Ah mais oui bien sûr, Border Line ! Évidemment, évidemment ! Oui ce titre-là, je n’ai pas les mots. Je ne me suis toujours pas remis de ce son.

Quels sont pour vous les 3 artistes à surveiller en 2020 ?

Yvan : Abraham Blue, s’il se décide enfin à sortir son projet.

Alban : C’est un mec d’Anvers. Méga fort, c’est un chanteur et un producteur. Il a sorti des trucs puis il en a supprimé d’autres, mais tout sur Soundcloud. C’est un peu R’n’B/hip-hop, trop stylé ! Franchement, il a une voix dingue. Il nous a fait écouter et c’est incroyable. Mais il ne veut encore rien sortir. Il a sorti un truc en 2015 et tous les labels étaient déjà sur lui.

Yvan : Il y a aussi Ashley Morgan, c’est un gars d’Hasselt à la base. Dingue. Sinon Swing aussi, son projet Alt-f4 va être incroyable, beaucoup plus deep que ce qu’il a pu faire avant.

Alban : Oui je pense que son projet il va faire très mal.

Yvan : Ça sort début février, je crois. J’espère que ce ne sera pas en même temps que nous. (rires)

Du coup, on peut attendre quoi d’un futur album ?

Yvan : Là, on bosse sur un prochain projet qui sera un peu différent. Parce qu’on voulait arriver avec un statement qui disait : « Ce projet-là, c’est YellowStraps. » Comme ça, c’est posé. Et après, faire plus de collabs.

Alban : Oui, faire un EP de collabs pour la fin de l’année, sur lequel on travaille déjà d’ailleurs. Avec autant des artistes francophones qu’anglophones, autant des rappeurs·euses que des chanteurs·euses.

Yvan : Il risque même d’y avoir du français. (rires) Je vais essayer en tout cas, on va voir. Puis, beaucoup de gens nous disent qu’il n’y a pas l’équivalent en français de notre son donc ça me donne aussi envie. Ça peut même créer un autre délire et on est toujours partants pour avoir plein de mélanges de styles.

Alban : Ce serait vraiment stylé d’arriver à faire un truc vraiment bien en français, même si c’est juste une chanson. Mais bon, c’est un challenge quand même !

© Photos : Jude Janssens pour La Vague Parallèle