Enfant Lune : dans les pensées de Gringe

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On ne se refait pas, ou plutôt on ne peut rien contre le destin. S’il a longtemps repoussé l’échéance, s’il a sans doute souffert pour le produire, Gringe est fatalement revenu à son premier amour: la musique. Celui qui embrasse une carrière d’acteur, avec notamment Les Chatouilles qu’on attend beaucoup, dévoile donc enfin son premier album Enfant Lune. Un album plein, sans doute parfois trop, mais qui a aussi beaucoup à offrir.

La partie sombre des Casseurs Flowters. Si le duo se voulait volontairement joyeux, on voyait par bribes le côté sombre de Guillaume Tranchant, plus connu sous le nom de Gringe. Cette mélancolie, cette détresse, explosait clairement sur Comment C’est Loin offrant une image bien plus troublée du personnage dans le film, mais aussi dans le son avec  Le Mal Est Fait. Il y a sans doute un peu de Robin Williams chez Gringe, une image publique de joyeux drille qui cache des failles que peu de gens imaginent. Ce contraste, il a décidé de le mettre à jour avec son premier album, Enfant Lune.

On a à la vérité un peu de mal à trouver un moyen de condenser cet album. On aurait bien parlé de thérapie mais ce n’est pas vraiment le cas puisqu’à l’écoute de l’album on a plus l’impression que Gringe se sert de sa musique pour faire revivre les souvenirs plutôt que pour s’en débarrasser. On peut aussi y voir une certaine forme d’expiation tout au long de l’album, qui montre ses failles et ses transgressions à la face du monde. On n’ira pas pousser jusqu’au côté christique mais presque, tant Gringe pose ses tripes sur la table à la face du monde pour se dévoiler tel qu’il est réellement : humain, bourré de doutes et de peines mais gardant une certaine ironie et un certain recul face à sa situation qui lui permettent sans doute de vivre avec tout ce qu’il porte.

Enfant Lune a un défaut unique, celui qui est souvent le même pour tous les premiers albums. A vouloir tout dire, en multipliant les producteurs et par conséquent les couleurs et les influences, Gringe offre un album plein, parfois trop, qui manque de cohérence par moment. Mais c’est un défaut qui n’est que la miroir de sa très grande qualité : offrir un album vrai, sincère, presque suicidaire commercialement. En effet, il n’y a aucun calcul derrière l’album, on  même du mal à distinguer dans les quinze titres qui le composent un véritable tube à utiliser, exception faite de l’énorme Qui Dit Mieux sur lequel viennent poser Vald, Suikon Blaz AD et Orelsan.

En sortant un premier album à 38 ans, à la manière d’un Malik Djoudi pour la pop, Gringe débarque surtout avec un véritable bagage, une véritable réflexion et par conséquent un corps et des choses à raconter : sur ses relations avec les femmes avec des titres comme Je La Laisse Faire ou Jusqu’où Elle M’aime, sur lui-même avec l’excellente Karma ou la douce amère Enfant Lune. Loin du rap game, loin de l’égotrip qui pourrit tout, c’est une écriture sensible, honnête et mélancolique que développe Gringe, une écriture faite avec ses larmes et son sang, toujours sur le fil ténu de l’émotion et des sentiments.

Et finalement, c’est lorsqu’il se dévoile sur sa vie, lorsqu’il creuse ses failles jusqu’à l’os que Gringe touche au sublime. Pièces détachées est un titre remarquable, nourrit par les doutes et la vie, mais c’est véritablement Scanner, dans laquelle il se raconte et raconte l’histoire des addictions de son frère de manière aussi pudique que frontale, qui choque, nous frappe et finit par nous confirmer que Gringe est déjà grand.

Enfant Lune n’est pas un album facile que ce soit pour l’auditeur mais aussi pour Gringe. C’est un album pour lequel il a plongé en lui-même pour offrir tout ce qu’il avait. C’est un album fait de souffrance où, pour la première fois, Gringe prend la lumière. Un album où il se révèle, un album où l’on découvre véritablement un artiste que l’on pensait connaitre. Un album vrai et qui mérite une écoute attentive tant l’écriture qui s’y diffuse finit par nous hanter et nous coller. Désormais, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas : son nom c’est Gringe.

Futur maître du monde en formation.
En attendant, chevalier servant de la pop francophone.