JB Dunckel à la Gaîté Lyrique : la mécanique du coeur

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Véritable orfèvre de la mélodie, JB Dunckel a souvent officié en duo. Pilier de l’inévitable duo électronique AIR qu’il forme avec Nicolas Godin et partenaire de Baroi Jóhannsson pour le projet Starwalker, c’est pourtant bien en solo que le Versaillais a dévoilé son nouvel album, H+, dans lequel il explore avec brio la thématique du transhumanisme. Le 2 mai dernier, sur la scène de la Gaîté Lyrique, JB Dunckel nous a définitivement convaincus de la possibilité d’allier science, sensualité et émotion. La mécanique du cœur.

L’univers de JB Dunckel tient du jardin secret. Lumineux et réconfortant par endroits, sombre et mélancolique parfois, il offre en tout cas un panorama saisissant dont les contrées électroniques défilent en douceur avec cette voix si caractéristique pour boussole. C’est donc à la Gaîté Lyrique, temple parisien des cultures digitales, que le Versaillais a choisi d’installer son monde intérieur pour la première date de sa tournée.

Ce soir-là, ils ne sont que quatre. Huit mains pour donner vie sur scène à l’univers luxuriant qui prospère dans les méninges de JB Dunckel. Quarante doigts, seulement, pour retranscrire l’extraordinaire profusion de détails qui parsème sa musique. Alors, pour aller tout au bout d’une démarche artistique qui ne méritait pas moins d’investissement, JB Dunckel et ses comparses se sont changés en hommes-machines à la beauté étrange dont les claviers, un pour chaque main, la guitare et la batterie électronique constituent d’authentiques extensions mécaniques. Leur virtuosité est telle qu’on ne sait d’ailleurs plus bien où s’achève l’humain et où commence la machine avant que leur extrême délicatesse ne trahisse in fine leur véritable nature, à mesure que leurs mains agiles esquissent leurs chefs-d’œuvre à petites touches.

Le tableau prend forme dès l’instant où résonnent les premières notes éthérées de The Man of Sorrow, qui ouvre le concert sur l’une des pièces issues de la période Darkel, l’ancien alias de JB Dunckel, plus sombre et plus mystérieux. L’arrivée sur scène du maître de cérémonie se fait à son image, humble et discrète. Derrière eux, les superbes œuvres 3D d’Eva Papamargariti dévoilent des silhouettes suspendues, de remarquables villes futuristes qui disputent la place à une végétation foisonnante, à la manière d’une fenêtre sur l’imagination fertile du Versaillais.

Il faut dire que JB Dunckel, parfois plus peintre que musicien, verse franchement dans une musique imagée, presque cinématographique, et fait honneur à ce que Flaubert, dans une lettre à Louise Colet, disait de l’artiste : « l’auteur doit être dans son oeuvre comme Dieu dans l’univers : présent partout, visible nulle part ». Car on ne se rend pas à un concert de JB Dunckel comme on pourrait assister à une prestation de musique électronique ou de rock conventionnelle. Ici, point de performance exaltée, pas de gesticulations inutiles, il s’agit au contraire d’une composition qui s’étire, se développe et prend vie progressivement en emportant celles et ceux qui s’y plongent. Face à la scène, les têtes sont balancées en douceur, comme portées par un courant invisible. Peut-être le plaisir. Peut-être l’émotion.

Tout au long de ce délicieux voyage qui l’a vu honorer chaque pan de sa discographie, des plus ensoleillés (Transhumanity, Slow Down The Wind…) aux plus brumeux (True Lover, Be My Friend…), JB Dunckel aura conduit une prestation sereine, apaisée, auréolé de ce sourire énigmatique qui ne l’a pas quitté lorsqu’il s’adressait à son public. Signe qu’il a définitivement choisi la lumière, JB Dunckel achève son set par Hold On, pépite électro-pop au parfum d’espoir et d’optimisme, avant un rappel constitué de deux des oeuvres les plus essentielles de AIR : Playground Love et Surfing on a Rocket.

C’est finalement une expérience biologique de transhumanisme grandeur nature qu’aura conduit JB Dunckel à la Gaîté Lyrique, en transportant tout un public au coeur d’une expérience de musique augmentée, alliant technologie, beauté onctueuse du son, et émotion. La mécanique du coeur.

 

Setlist :

The Man of Sorrow

Transhumanity

Love Machine

Pornolove

Slow Down The Wind

The Garden

Be My Friend

True Lover

At the End of the Sky

Space Age

Kill for You

Show Your Love

Hold On

——–

Playground Love

Surfing on a Rocket

Everybody’s Got Their Own Way

Pratiquant assidu du headbang nonchalant en milieu festif. Je dégaine mon stylo entre deux mouvements de tête.