La Route du Rock : nos temps forts de l'édition 2018

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Soleil, plage, bière, copains et surtout bonne musique, tous les ingrédients étaient réunis à Saint-Malo pour que les « vacances-musique » de la Route du Rock soient réussies. Au milieu d’un ciel sans nuages, quatre étoiles ont brillé encore plus fort que les autres : la Vague Parallèle vous livre ses meilleurs moments du cru 2018 du plus petit des gros festivals.

 

Le plus émouvant : Charlotte Gainsbourg

Autant l’annoncer d’emblée, il est vain de se rendre à un concert de Charlotte Gainsbourg en s’attendant à y voir une prestation exaltée, une foule en délire ou de puissantes envolées lyriques car sur scène, son élégante nonchalance est son meilleur atout. On ne s’attendait donc pas à grand chose en allant voir celle qui livrera finalement les plus beaux instants d’émotion du week-end. Dimanche soir, sur la Scène du Fort, l’artiste s’en est d’ailleurs tenue à ce qu’elle sait faire de mieux, c’est-à-dire marcher sur un fil oscillant en permanence entre fragilité et force, entre justesse et imperfection, offrant à son public ces moments touchants de sincérité dont elle a le secret. Au creux d’un écrin scénographique remarquable, fait de cadres lumineux mouvants qui accompagnaient à merveille ses timides déambulations, Charlotte Gainsbourg a tenu la scène avec les deux fantômes qui planent sur Rest, son dernier album : sa sœur Kate, disparue en 2013, et le grand Serge Gainsbourg. En guise de clou d’un spectacle qui nous avait déjà arraché quelques frissons, Charlotte Gainsbourg s’est même autorisée deux reprises de morceaux qu’on ne pensait pouvoir entendre que de la bouche de son père, Lemon Incest et Charlotte for Ever. Superbe.

Le plus poétique : Jonathan Bree

On attendait John Maus avec impatience et on n’avait pu retenir un soupir contrarié en voyant Jonathan Bree le remplacer au pied levé dans la programmation du festival malouin. Pourtant, en un peu moins d’une heure, le Néo-Zélandais a su nous conquérir et nous faire chérir cette rencontre inopinée à la faveur d’une prestation d’une délicatesse et d’une poésie toutes bucoliques. Dans un festival à l’atmosphère enjouée et à la programmation très rock, Jonathan Bree a su ouvrir une parenthèse quiète et à l’esthétique soigneusement travaillée. Des tuniques blanches sur le corps et les visages des musiciens, des costumes joliment désuets, deux danseurs/danseuses aux allures de poupées désarticulées et finalement, la douce impression de voir s’ouvrir une boîte à musique dont les figures de porcelaine dansent autour d’un crooner aux intonations rauques sur des mélodies qui rappellent la pop mélancolique de Get Well Soon. Seul bémol : la trop grande importance laissée aux bandes enregistrées, alors qu’on aurait préféré entendre s’exprimer des musiciens aussi doués que le batteur du groupe. Ce n’est, on l’espère, que partie remise.

Le plus agité : Ariel Pink

La palme du show le plus énervé revient sans conteste à l’intenable Ariel Pink. Succédant samedi soir à Jonathan Bree sur la Scènes des Remparts, le Californien s’est mué en pendant grinçant et excité du Néo-Zélandais en rendant sa copie habituelle de savant fou pour l’une de ses trop rares apparitions en France. Si une partie du public a semblée hermétique aux gesticulations frénétiques et aux hurlements du gourou de la pop psychédélique, l’autre s’est progressivement vautrée avec un plaisir non dissimulé dans des pogos mêlant tendresse et violence (on vous laisse deviner dans quel camp on se trouvait). Qu’on aime, qu’on déteste ou qu’on ait choisi ce moment du festival pour faire une pause bière, on doit reconnaître à Ariel Pink et sa bande de musiciens délurés un don pour les prestations totales, synonymes de véritables exutoires pour qui y assiste. Précieux par les temps qui courent.

Le plus réussi : The Lemon Twigs

Assez patienté, et place à une médaille d’or amplement méritée. Dimanche soir, à l’heure où ils auraient dû aller se coucher, les deux gamins (19 et 21 ans) de The Lemon Twigs ont balayé la concurrence d’un revers de leurs longues tignasses en réalisant un exploit, celui de faire vivre avec brio des références qu’on pensait éculées. Des mélodies que n’auraient pas reniées les Beatles, un sens du rythme qui les érige en dignes héritiers des Beach Boys et un vernis glam-rock qui rappelle agréablement les débuts de Queen : Brian et Michael D’Addario connaissent leurs gammes sur le bout des doigts et ne s’en laissent pas compter. Ce n’est d’ailleurs pas à leurs glorieux aînés mais bien à eux-mêmes, à leur fougue et à leur talent qu’ils doivent ce sens de la scène hallucinant au regard de leur jeune âge, qui leur a permis d’offrir un show d’une intensité et d’un enthousiasme absolument remarquables, qui aura fait sauter bien des records à l’applaudimètre. Si on vous a donné envie de voir les deux frangins-prodiges de vos propres yeux, l’occasion vous en sera donnée le 1er octobre prochain à la Maroquinerie. On s’y croise ?

Pratiquant assidu du headbang nonchalant en milieu festif. Je dégaine mon stylo entre deux mouvements de tête.