L'électro française brille sur le Dancehall

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Il y a des albums qu’on n’écoute pas vraiment, mais qu’on ressent plutôt. Ce genre de musique, c’est la came de The Blaze, ce duo de cousins français qu’on ne présente plus après les nombreux singles apéritifs ci et là qui n’ont fait qu’embraser notre adulation pour cette électro ambiante aux visuels toujours plus que léchés. En avril 2017 sortait leur très prometteur EP Territory qui leur avait valu d’attiser la curiosité et l’engouement. Aujourd’hui, nous découvrons enfin les dix titres qui composent l’oeuvre magistrale de ceux qui n’avaient pas forcément promis la lune et qui nous offrent les étoiles et les feux d’artifices. Attention, c’est beau.

Tout commence avec l’adéquatement intitulé Opening et son piano frénétique. En boucle, celui-ci va nous accompagner tout au long de ce prélude rythmé qui satisfait nos espoirs et annonce le ton de l’album. Une brillante manière de nous annoncer que l’attente est terminée, que l’écoute peut commencer et que, sans surprise, Dancehall va être une claque monumentale. C’est aussi avec joie que l’on y retrouve les spoken words suaves de cette voix distordue, conteuse de ces vers enchanteurs susurrés non pas à nos oreilles mais directement à nos âmes : des cris d’amour, des cris d’espoir. « I need your love, but you let me down today » peut-on entendre, glissé entre les incandescentes percussions des deux magiciens capables de transformer une déception amoureuse en une profusion dansante de sonorités vivaces.

She et Heaven viennent ensuite calmer le jeu avec une ambiance plus douce, plus planante qui dévoile une autre facette tout aussi addictive et prouve le caractère nuancé de cette électro si singulière. Similaires mais différentes, les deux mélodies offrent chacune leur quota d’émotions : la première vient explorer le potentiel du crescendo, d’une escalade de sons, d’une juxtaposition de samples qui viennent exploser entrelacés à la fin du morceau. La seconde, elle, joue sur l’intermittence, sur la mince frontière qui sépare l’intense et le délicat, l’extra et l’intra pour un rendu envoûtant. Dans cette ode à la sérénité, l’arc déjà bien fourni du duo accueille une nouvelle corde : la poésie. On vous parlait plus haut de cette voix ensorcelante qui planait sur une majeure partie de l’oeuvre et c’est ici qu’elle brille le mieux, accentuant le côté très céleste et divin qui s’en dégage. L’intensité mélodique corrobore avec la profondeur des mots empruntés pour délivrer une émotion assez spéciale. Le morceau est un voyage à lui tout seul, un aller simple pour le paradis.

Vient ensuite la positivité de Places, véritable coup de coeur de cette nouvelle salve de titres. Coup de coeur pour ces mouvements de tête presque machinaux dès la première écoute. Coup de coeur pour cette maîtrise du rythme qui délivre assez, beaucoup mais jamais trop. Coup de coeur pour ces « You dance so well » qui touchent directement, qui donnent envie de vivre les 3 minutes 35 de cette hymne au bonheur comme si c’était la dernière chose qu’il nous était amené à écouter. Dans la même veine, Breath nous arrose d’une électro solaire et chaleureuse, un stimulant qui vient colorer l’album généreusement. On garde la même énergie, on change de décor et on se laisse habiter par la fougue de Rise et de Runaway. La centaine de soleils qui illuminait les deux sons précédents laisse maintenant place à une centaine de néons colorés qui semble illuminer l’atmosphère nocturne que dégagent les deux morceaux. Pas moins motivants, c’est effectivement un esprit plus underground et expérimental qui est ressenti. Le vrai pari au travers ces deux titres était probablement de laisser s’écouler une facette plus sombre de The Blaze sans frôler le noir, le pessimisme et inévitablement l’ennui. Fidèles à eux-mêmes, c’est armés de leur sens hors pair de la production et d’influences diverses que la paire s’en sort avec brio. C’est notamment de façon très subtile qu’une certaine vibe Mount Kimbie se fait ressentir à l’écoute de Rise, ce qui ne nous laisse forcément pas indifférents.

Queens, dont nous faisions déjà la très élogieuse analyse ici, demeure le point fort de l’album. De par sa vibrante intensité, par son clip poignant et par la qualité de cette cantique à l’amour et à la communion. C’est un peu comme la pierre angulaire de ce que Jonathan et Guillaume Alric ont de mieux à délivrer : des émotions. Car le disque est un concentré d’états d’âmes, de ressentis, de situations, de points de vue, de perspectives. Comme dit plus haut, ce bijou ne s’écoute pas mais se ressent. S’y aventurer c’est laisser porte ouverte à ces sensations et à ces mouvances qui marquent au fer rouge. Finalement, fort de son audace, de son avant-gardisme, de son énergie et de sa diversité, Dancehall sonne un peu comme la bande originale de la vie qu’on a toujours voulu vivre. The Blaze nous gâte donc ici d’un chef-d’oeuvre à part entière et l’objectivité nous manque face à la troublante beauté d’un premier travail aussi abouti.


Caméléon musical aux allures de mafieux sicilien.