Local Natives, retrouvailles sur Violet Street

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S’il y a bien un mot qui nous revient en tête lorsqu’on pense à Local Natives, c’est l’émotion. Depuis dix ans, le groupe a toujours su tirer de sa musique la sève qui pousse vers la chair de poule pour nous offrir des petites pastilles pop que l’on écoute à l’infini sans jamais vraiment s’en lasser. Les voilà aujourd’hui de retour avec Violet Street, un album intimiste et porté par l’amour qui marque une nouvelle étape réussie dans la carrière des Californiens.

Avec le recul, notre cœur bat toujours fort à l’écoute de Sunlith Youth. Si certains lui reprochent aujourd’hui son côté solaire et parfois synthétique, c’est oublié que cet album était une réponse à son époque, aux sombres jours qui arrivent et à l’avènement de Donald Trump sur la scène politique américaine. Aujourd’hui encore des titres comme Fountain Of Youth, Past Lives ou Dark Days sonnent clairement toujours doux à nos oreilles. Cette lumière, cette positivité de forcené est toujours au centre de la musique de Local Natives, même ce Violet Street qui se dévoile aujourd’hui prend plus les teintes du crépuscules et du soleil couchant.

A la découverte de Violet Street, il est important de noter une chose en dehors de la musique : pour la première fois dans leur carrières, les membres de Local Natives apparaissent sur la pochette d’un de leur album. Cela peut sembler anodin et pourtant c’est un point angulaire qui guide la création de cet album, à savoir qu’il s’agit d’un effort collectif. En effet, l’album a globalement été enregistré dans les conditions du direct, à cinq dans une pièce afin de créer une émulsion de groupe. Et cette volonté d’exister en tant qu’unité et non pas d’individualités se sent dans le son globalement plus compact et puissant du groupe. Ainsi si on retrouve tous les petits trucs qui font le sel de leur musique, Violet Street sonne comme un tout et c’est sans doute sa plus belle réussite et un miroir parfait au thème qu’il traite, celui de l’amour, que ce soit celui des membres du groupe, mais l’amour en général, qu’il soit positif, destructeur ou apocalyptique.

Ainsi Vogue démarre comme un film et les poils se hérissent des les premières notes avec son piano et ses cordes aussi sensibles que cinématographique le titre joue le rôle d’ouverture grandiose plutôt surprenante chez Local Natives. On se dit que le groupe va partir dans une direction une nouvelle fois inattendue, mais When Am I Gonna Lose You et Café Amarillo viennent remettre les tricks du groupe en avant avec deux titres portés par des harmonies vocales lumineuses, des percussions bien senties, une basse incandescente  et surtout une véritable vibe poignante et sentimentale. On se dit que le groupe joue la sécurité, peut être même la facilité, mais ce serait mal les connaitre et Munich II se charge de faire la transition vers des titres qui s’écoutent comme des miroirs à savoir Megaton Mile et Someday How.

Les deux titres s’enchainent comme un avant et un après, entre la joie et la mélancolie, porté par des arrangements tantôt lumineux, tantôt mélancolique les titres donne la sensation d’un tout d’une dizaine de minutes, à la fois réjouissant et lancinant, porté par une recherche dans des lignes électroniques mais aussi dans le traitement des percussions et des cloches qui amène le groupe vers un univers à la fois familier et différent. Les voix de Kelcey, Taylor et Ryan se mélangent toujours à la perfection et ramènent les harmonies vocales au cœur de leur musique sur les dernières notes de Someday How. Cette envie d’exploration, de découverte se poursuivent avec Shy, sa basse plus lourde qui groove comme jamais, ses percussions plus intenses et l’apparition de cuivres qui poussent encore plus loin le curseur de l’épique sur ce qui est définitivement l’un des meilleurs titres de l’album.

Et aux cuivres de Shy répondent les cordes d’une Garden Of Elysian tout aussi puissante qu’elle est intime tandis que Gulfshore commence en trompe l’œil comme une ballade douce pour se transformer rapidement en montée électronique puissante et explosive.  Prenant une nouvelle fois le contre-poids de la chanson qui la précède, le voyage prend fin avec Tape Dancer et sa mélancolie du temps passé, ses émotions fulgurantes qui nous achèvent et terminent Violet Street de manière grandiose.

Véritable effort collectif, Violet Street est sans l’album dans lequel Local Natives explore le plus, que ce soit dans sa musique ou en eux même. En résulte un album qui plonge dans l’intime et n’hésite jamais à réutiliser des lignes directrices bien connues des amoureux du groupe pour les remettre en question et les transformer. Un album somme qui enchante.