Minuit : "On veut que l'album marque un tournant dans l'histoire du groupe"

Tu fais tourner ?
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Ils avaient fait une entrée fracassante dans le paysage musical français en sortant un EP remarqué à l’automne 2015. Depuis, Minuit a cultivé sur la route son sens de la scène et son identité rock au fil des concerts, avant de dévoiler un premier album, Vertigo, à paraître le 19 octobre prochain. On a rencontré Simone (chant), Joseph (guitare), Klem (basse) et Raoul (guitare) pour discuter de leur musique avant la sortie d’un disque qui promet déjà d’être explosif.

La Vague Parallèle : Hello ! On est content de vous voir !

Klem (en criant) : Nous aussi !

Joseph : Excusez-le, il est excité… (rires)

LVP : Récemment, on a rencontré les gars d’Odezenne et ils nous ont fait remarquer une chose, c’est qu’on ne leur demande pas souvent comment ils vont en début d’interview. Alors… Comment ça va ?

Raoul : J’ai pas beaucoup dormi, c’est un peu compliqué pour moi perso…

Simone (en faisant semblant de pleurer) : Ça va pas du tout… Non, au contraire, ça va très bien. J’ai très bien dormi cette nuit, je me suis couchée à dix heures hier soir.

LVP : Qu’est-ce que vous faites en ce moment ?

S : Aujourd’hui, on était en promo. Ce matin, on enregistrait des morceaux en acoustique pour Brain, ce soir on le fait pour Deezer, et là, on est avec toi !

J : Et ce soir, on part pour Genève !

LVP : Trois ans se sont écoulés entre la sortie de votre premier EP et la sortie de l’album. Qu’est-ce que vous avez fait pendant ce laps de temps ?

K : On est parti en tournée pendant deux ans, et ensuite on s’est tout de suite mis à travailler sur cet album qui sort bientôt.

S : On l’a terminé il y a un peu plus d’un an. Ça a été long ! Il y a des morceaux qu’on a créés pendant la tournée, d’autres qu’on a composés en studio. La conception de cet album n’a pas été un moment compact.

J : Oui, la création de l’album s’est étalée sur une longue période. Ça a été un challenge particulier pour nous, parce qu’on avait déjà sorti un EP et que là, il fallait se poser la question de ce qu’on voulait raconter.

K : Même dans notre parcours, on a dû se poser et réfléchir pour prendre les bonnes décisions. Comme on est parti assez rapidement en tournée avec peu de titres, on n’avait pas ce passé qu’ont beaucoup de groupes qui ont passé cinq ou six ans en studio et qui ont des tonnes de morceaux et une méthodologie bien rodée. Il a fallu se poser, se remettre en question. On pouvait se dire qu’on sortait le disque avant, mais on a voulu prendre le temps pour faire le meilleur skeud possible, et on est chanceux que le label nous ait suivi sur ce choix. On veut que l’album marque un tournant dans l’histoire du groupe.

S : En plus, souvent, quand les groupes sortent un EP, l’album qu’ils sortent ensuite contient les morceaux de l’EP plus d’autres morceaux. Alors que nous, on n’a sorti que des nouveaux morceaux.

LVP : Au fil du temps, vous avez gagné une réputation de groupe taillé pour la scène (ils ont d’ailleurs été nommés dans la catégorie Révélation Scène aux Victoires de la Musique 2017, NDLR). Comment est-ce que vous comptez faire vivre cet album sur scène ?

J : Il y a une nouveauté, c’est qu’un ingénieur lumière va désormais nous suivre, donc on a pu pousser plus loin la dimension scénique et visuelle.

S : … Le spectacle !

J : On a aussi travaillé récemment à réadapter nos morceaux pour la scène, pour qu’ils sonnent mieux en live. On continue à développer ce qu’on aime faire, c’est-à-dire ce côté énergique et très intense sur scène.

LVP : Qu’il s’agisse de vos pochettes, de vos prestations ou de vos costumes de cette scène, l’aspect visuel du groupe est toujours très travaillé. Comment est-ce que les images et la musique s’entremêlent dans votre travail ?

S : Comme je fais du dessin et que j’ai une formation de graphisme et d’illustration, mon rêve quand j’étais petite, c’était de faire des pochettes et des affiches. Ça a donc toujours été important pour moi. Quand on disait « groupe », je voyais tout de suite la dimension spectaculaire, dans tout ce que ça implique. Après, dans les textes, je suis très influencée par ça, on me dit souvent que je suis très visuelle dans ce que j’écris, dans les descriptions, les couleurs. Je marche beaucoup par images.

LVP : On trouve indéniablement une dimension cinématographique à votre nouvel album, Vertigo, dans les histoires qu’il déroule et jusque dans le choix des titres des morceaux. Qu’est-ce qui vous inspire ces histoires ?

S : Généralement, je suis inspirée par les rencontres. Le fait de rencontrer les gens, qu’ils me transmettent une émotion, quelque chose qui m’a touchée, dans le sens positif ou négatif, ça m’inspire énormément. Ce que j’aime, c’est raconter des histoires, qui peuvent être les tiennes ou celles des autres.

LVP : Vous avec testé certains des morceaux de cet album en live avant de les façonner ensuite en studio. Comment est-ce que vous avez choisi ces morceaux ?

J : Ce sont effectivement des morceaux qui ont été construits en live. C’est-à-dire qu’on avait un thème, des textes, une structure, quelques accords et ça a sans doute évolué ensuite en se nourrissant de l’énergie du public, en les façonnant en conditions live. Travailler de cette manière, ça amène à d’autres choses.

S : Ça permet aussi de voir les morceaux qui marchent. Il y a des morceaux qu’on jouait sur scène dont on se disait qu’on pouvait faire mieux, et qu’on n’allait pas forcément les mettre sur l’album.

: Il y a des morceaux qui sont cool à voir en live, mais qui le seraient moins sur un disque, parce qu’ils ne reposent que sur l’énergie du moment.

Parfois, tout simplement, on se pose pour choisir les morceaux. On ne joue pas des sets de deux heures et on est là pour défendre un disque, donc on choisit les chansons qui sont les mieux écrites, tout simplement. Il y a beaucoup de morceaux qui viennent de jams : sur la première tournée, on n’avait parfois pas assez de morceaux, donc on meublait avec des jams qui n’ont pas forcément leur place sur l’album.

LVP : Qu’est-ce que vous faites de ces morceaux ? Vous les laissez de côté ?

K : Ouais, on les a mis de côté.

R : En fait, on se dit qu’à ce moment-là, on va en faire d’autres plutôt que de reprendre des vieux dont on n’est pas entièrement satisfait.

S : Après, on les a vachement joués quand même.

R : Et puis avec le temps, parfois, tu as envie de les rejouer.

LVP : Lorsqu’on parle de Minuit, on voit immédiatement surgir la comparaison avec les Rita Mitsouko (Simone et Raoul sont les enfants de Catherine Ringer et Fred Chichin, NDLR). Comment est-ce que vous composez avec un héritage aussi riche ? Est-ce que vous vous en nourrissez, est-ce que vous essayez de vous en affranchir ?

R : Aujourd’hui, on s’en nourrit parce que de toute façon, c’est notre vie et c’est comme ça. Je pense qu’il y a un moment où on a voulu s’en affranchir mais maintenant je suis dans une optique où ça m’est égal, je fais avec.

J : Dès le début, on était conscient de cet aspect, on en a parlé très tôt. On s’est dit que c’était con de vouloir éviter le truc à tout prix ou de vouloir copier, donc on a voulu faire notre musique, faire quelque chose qui nous faisait vibrer. Après, s’il y a des ressemblances, tant pis, et s’il n’y en a pas, tant mieux ou… Tant pis.

K : Quand l’EP est sorti, on était quand même un peu étonné qu’on nous compare aussi souvent avec les Rita Mitsouko.

S : Après, je pense qu’on a été un peu naïf là-dessus aussi. Parce que nous-mêmes, on ne se posait pas vraiment la question. Après voilà, on est effectivement un groupe de scène avec des influences de funk, de rock, donc j’imagine qu’il y a des points communs.

K : Même dans notre manière de produire les morceaux, il y a un côté bidouillage qu’on retrouve aussi chez les Rita Mitsouko. Mais on ne le calcule pas, ça fait partie de l’histoire.

S : Ça m’a foutu un gros coup après la sortie du clip de Flash, je ne m’y attendais pas. Autant de remarques sur la ressemblance physique, vocale… Je ne pensais pas qu’on me le ferait remarquer à ce point. Depuis que je suis petite, on m’a toujours dit que j’avais la même voix que ma mère quand je réponds au téléphone, mais je ne pensais pas que j’y aurais droit de manière aussi violente parfois.

LVP : D’ailleurs, c’est comment de bosser en famille ?

R : Ça dépend de si tu t’entends bien avec la personne, quoi.

S : Ça a ses avantages et ses inconvénients. L’avantage c’est que tu connais bien la personne, et de l’autre côté tu peux parfois faire moins d’efforts parce que tu connais trop la personne justement.

K : Pour moi, on est tous les quatre, je n’ai jamais ressenti le groupe comme étant divisé en deux parties. Je n’ai jamais eu l’impression que Simone voulait travailler davantage avec Raoul, par exemple. Au sein de Minuit, on a cet équilibre à quatre.

S : On a tous des choses en commun, les uns avec les autres.

J : Vous avez forcément une affinité particulière, au niveau des influences par exemple. Ce n’est quand même pas la même chose que de faire un groupe avec quatre personnes qui viennent d’horizons différents.

S : Oui, c’est vrai qu’il y a des références communes.

LVP : A un moment où les courants pop et urbains sont très en vogue, vous restez dans une ligne très rock avec ce nouvel album. Est-ce que c’est un élément de votre identité que vous vous attachez à préserver ou est-ce que vous pourriez vous autoriser des incursions dans d’autres registres ?

R : On a essayé de rapper sur Paris Tropical mais… (rires)

J : Oui, je crois que le rock c’est le dénominateur commun entre nous, mais on peut aussi des écouter des musiques plus urbaines.

R : Ouais, ouais… Pas des musiques urbaines françaises récentes en tout cas (rires). La musique urbaine américaine des années 90, oui.

K : Je pense que ça vient aussi du fait qu’on est tous instrumentistes, à l’origine. On a toujours joué beaucoup de funk, de rock, on est moins du côté de la programmation.

J : Mais c’est certain qu’on n’est pas calibré sur ce qui est à la mode en ce moment, on en est conscient. C’est un avantage comme un inconvénient.

LVP : Est-ce que vous pouvez nous parler de l’histoire d’une chanson en particulier ?

J : Non. Je déconne (rires) !

R : Ouais, je peux te parler d’Highway to Hell (rires) !

J : Notre chanson Vertigo a une histoire marrante. On a eu envie de composer alors qu’on était en pleine tournée et qu’on avait besoin de nouveaux morceaux pour le set. Donc Simone est venue chez moi avec des paroles qu’elle avait déjà écrites, et c’est l’une des seules fois où on a composé de cette manière.

S : On est parti d’une ligne de voix, puis on a cherché quelque chose qui marchait au piano. C’est allé très vite.

J : Et comme on disait, on l’a fait vivre en live, puis on l’a ramenée en studio pour la façonner. Il y a tout un chemin original pour cette chanson qui se retrouve finalement sur l’album et lui donne même son nom.

LVP : Et pour terminer, quels sont vos coups de cœur musicaux ?

K : J’ai adoré le dernier Gorillaz.

S : J’avoue, j’écoute Aya Nakamura, parce qu’elles me font trop marrer ses chansons (rires) ! Honnêtement, elles sont vraiment bien. Quand je dessine dans mon atelier, j’écoute toujours « oooh Djadja, y’a pas moyen Djadja« .

J : En ce moment, j’écoute beaucoup un groupe de blues touareg qui s’appelle Imarhan, j’aime énormément ce qu’ils font.

R : Euhm… Je découvre pas grand chose, en fait. En ce moment, j’écoute beaucoup les Bee Gees, mais tu vois, c’est pas très nouveau.

S : En même temps tu n’écoutes pas beaucoup de choses nouvelles, de manière générale. Genre « j’ai découvert ce petit groupe, Nine Inch Nails, c’est vachement chouette » (rires).

Minuit sera en concert au Botanique à Bruxelles le 26 octobre, au Reflektor à Liège le 27 octobre et le 20 novembre prochain à La Cigale à Paris

Pratiquant assidu du headbang nonchalant en milieu festif. Je dégaine mon stylo entre deux mouvements de tête.