POMME, une artiste sans filtre

Tu fais tourner ?
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

Depuis la sortie de son premier opus de « À peu près », Pomme enchaîne les concerts. Voix sobre et paroles légères, elle enchantait le Botanique il y a près d’un mois. Nous avions alors rencontré une jeune femme enjouée par sa vie d’artiste et pas si décalée que ça. Claire Pommet : artiste résolument bien dans sa génération et dans ses mocassins.

Perdue au milieu de l’immense scène du chapiteau des Nuits 2018, Pomme scintille dans un haut à paillettes et un décor minimaliste. Quelques ampoules et autres bibelots décoratifs entourent sa silhouette, mangée par la taille de la scène où elle est est vissée. Pour seul accessoire la jeune femme originaire de Lyon porte une guitare soutenue par son épaule.

Derrière elle, plusieurs faisceaux de lumière se croisent, se transpercent puis s’évaporent au travers cette immense toile tendue au beau milieu du jardin botanique de Bruxelles. « C’est fou d’être dans un jardin, avec même des arbres dans la salle, bien protégés dans leurs plexiglas », s’amuse la petite brune, voyant le public croître. Il faut dire qu’il est seulement 19 heure passé de 30 minutes et qu’elle ouvre la voie à Aurel, Voyou et Juliette Armanet. Le concert est lancé.

Une heure plus tôt, c’est face à la fontaine qui jaillit au centre de cette parcelle de nature qu’elle nous rejoint. Elle porte un pull en laine jaune, un jeans ample et de petites lunettes rondes, façon John Lennon. Cet écrin de nature perdu au milieu de Bruxelles lui plaît, comme elle le répète plusieurs fois : « C‘est comme une respiration au milieu de la ville. Ça correspond tout à fait à ce que je veux pour ma vie : la nature et la ville à côté. »

Sa vie sur Instagram

Née en 1996, Claire Pommet est une « digital native », ces enfants qui ont grandit avec Internet. Malgré son attrait avoué pour les choses simple, cette jeune femme 2.0 a ses préférences parmi les nouveaux usages du net : « Sérieux, il y a des trucs incroyables sur Internet. Moi je passe au moins une heure par jour sur Instagram ». Pièce à conviction de cette affinité avouée, une mosaïque de 1107 photos – la première publiée en 2013 – et une horde de près de 35 000 abonnés sur son profil Insta.

Pourtant, ses publications sur le réseau social au Polaroïd tranchent avec la pureté qui transparaît dans ses chansons. Au travers de stories endiablées, elle partage les choses qui l’amusent, la révoltent ou l’attristent avec sa communauté numérique. Dernière en date : « La vérité d’avant concert », où elle shake son body avec l’ingénieur du son qui l’accompagne sur ses concerts.

Sur les réseaux, on a le droit d’être pleins de choses différentes

« J’y suis beaucoup trop », concède la musicienne. Malgré tout elle relativise, les réseaux sociaux lui permettent de montrer une autre facette de sa personnalité. « C’est cool de ne pas être réduit à une seule chose fixe. Ça tranche avec mon univers musical et ça me va très bien », ajoute-t-elle. Loin de la mélancolie qui éclaire ses chansons, c’est l’humour qui prime sur ses réseaux.

Mais les plateformes numériques sont aussi un endroit stratégique pour tisser des liens artistiques. « Sur Instagram, je n’ai pas peur d’envoyer des messages aux gens. C’est comme ça que j’ai rencontré Benjamin Biolay, avant qu’il m’invite pour faire ses premières parties », se remémore la Lyonnaise qui foule aujourd’hui la scène pour ses propres concerts.

Sa vitrine sur YouTube

Avant même d’assurer les premières parties de Benjamin Biolay, Vianney, Asaf Avidan ou encore Angus & Julia Stone, la jeune femme avait déjà fait d’Internet une arme de diffusion massive.

C’est en 2012 que l’idée de créer une chaîne YouTube germe dans sa caboche. Galvanisée, elle y poste des reprises de chansons qu’elle affectionne, enregistrées avec sa webcam. De sa voix si singulière, elle marque à son tour les titres de Vianney ou Biolay. « Au début, les vues que je récoltais étaient très familiales », remarque aujourd’hui la chanteuse.

De fil en aiguille, les nombre de vues enfle, comme les rencontres et les liens qu’elle tisse, tout en musique et en pixels, grâce à la plateforme de diffusion de vidéos. « Je me suis fait des potes sur Internet. J’en côtoie encore certains à l’heure actuelle », affirme fièrement Pomme. C’est d’ailleurs là qu’elle fait la connaissance du musicien et vidéaste Benjamin Waxx. Si elle fait aujourd’hui de régulières apparitions sur sa chaîne YouTube, il a surtout participé à la réalisation de son  premier album.

Pour Pomme, si Internet est un formidable lieu de rencontre, c’est aussi une mine d’inspirations en tous genres. Même si son rythme de publication de vidéos a nettement diminué, elle continue d’y voguer, de découverte en découverte. Elle avoue être encore très friande des vidéos des youtubeurs d’antan comme Norman ou Cyprien. Mais avec l’âge, son attention se tourne vers des contenus moins mainstream.

« J’adore « La Carologie« », glisse-t-elle en guise d’exemple. Cette chaîne met en avant les questionnements de Caro, une suissesse, à propos de questions de genre, des relations amoureuses, de différences culturelles et tout un tas d’autres choses. « YouTube c’est un espace de possibilités infinies, je trouve ça à la fois génial et super intéressant », affirme la lyonnaise. À côté de cela, elle se languis aussi du retour des Recettes Pompettes.

Trois petits tours et puis déconnexion

Trois heures, c’est le temps que Pomme estime passer quotidiennement devant l’écran de son Iphone qu’elle recharge une à deux fois par jour. « Je n’ai même pas la télé chez moi, je suis web à donf ! » ajoute la chanteuse.

Sur Internet, il y a des trucs incroyables !

Pourtant, alors qu’elle est encore au collège, la jeune Claire Pommet se passionne pour les candidates de télé-crochets comme Luce ou Camélia Jordana (Nouvelle Star). Trop jeune pour s’inscrire à ces concours de chant, elle se résigne et prend son mal en patience pendant de nombreuses années. En bout de course, alors qu’elle souffle sa seizième bougie et passe l’âge requis pour s’y inscrire, l’envie lui est passée. Elle écume déjà les bars lyonnais pour parfaire sa notoriété.

Aujourd’hui, l’artiste n’a plus rien à envier à ces stars du petit écran. Malgré tout, c’est toujours sur le net qu’on la retrouve le plus. C’est aussi là qu’elle passe son temps libre, jusqu’à saturation. « En janvier dernier, j’ai tout coupé pendant deux semaines pour me concentrer sur l’écriture, se souvient-t-elle, à des moments j’ai vraiment besoin de ça. Et pour le coup, ça m’a fait du bien. »

En attendant, après 45 minutes de concert, Pomme réussit le pari de se connecter avec le public du Botanique. Un bon présage alors qu’elle nous avouait son ambition de jouer dans la Rotonde quelques heures plutôt. Si ce rêve rencontre un jour la réalité, il ne nous restera plus qu’à bloquer la date et acheter nos tickets. Autant dire que c’est « À peu près » tout le mal qu’on lui souhaite.

Photo : Marta Bevacqua

Doux rêveur à l’accent ravageur. Se laisse vibrer tant sur des rythmes endiablés que sur des mélodies mélancoliques, et en français, s’il-vous-plaît.