Testing : L'iconique retour d'A$AP Rocky

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Claque. Annoncé en septembre dernier sur Twitter, teasé en boucle sur Instagram, le troisième disque du rappeur d’Harlem a bénéficié d’une grande couverture sur les réseaux sociaux, son arrivée ce vendredi 25 mai n’était donc pas vraiment une surprise. N’empêche, la claque est tout de même présente. Et s’il vous faut une bonne raison de nous croire, l’album vous en donne quinze.

Ces dernières années, le jeune Rakim Mayers semble avoir exploré toute la versatilité de son art, devenant ainsi un habitué des tapis rouges et autres rendez-vous très hype. Il joue pour le film Dopedéfile pour Dior, pose pour Calvin Klein. Mais du coup une question nous titille : fait-il encore de la musique? La réponse est oui. Et qui plus est, de la très bonne musique.

Le pionnier du collectif A$AP Mob livre l’une des sorties rap les plus ingénieuses de l’année, qui nous rappellerait presque le prophétique Blonde de deux ans son aîné. Les deux opus se rejoignent en effet dans cette recette simple et efficace maniée ici avec minutie tout au long des cinquante-trois minutes qui composent Testing. Une recette simple aux ingrédients simples, facilement repérables au nombre de quatre.

L’ambition

En s’offrant des collaborations multiples et des productions aussi prestigieuses les unes que les autres, le surnommé Lord Flocka compose une affiche cinq étoiles que seuls les plus grands peuvent espérer réunir : Juicy J, T.I.Playboi CartiBoys Noize ou encore Mikky Ekko. C’est aussi avec joie et nostalgie que l’on retrouve le flow légendaire de Kid Cudi qui s’offre un couplet dans un remix de l’envoûtant A$AP Forever, porté par les samples de l’intemporel Porcelain de Moby. L’énervé Tony Tone accueille les punchlines de Puff Daddy tandis que les refrains de Hun43rd sont rythmés par la volupté de Devonté Hynes (aka Blood Orange). Sur les notes flûtées de l’énergique Praise The Lord (Da Shine) vient se poser la classe du Britannique Skepta. Mais si nos coeurs sont tant conquis, l’omniprésence du prodige Frank Ocean y est sans doute pour quelque chose. Ce dernier nous gâte en effet d’une triple apparition qui ne laisse forcément pas indifférent. Un partage de micros alléchant, donc, qui prouve la capacité de l’artiste à s’entourer intelligemment des bonnes influences musicales, de les articuler entre elles pour en tirer des titres efficaces. L’adage « Seul on va vite, accompagné on va loin » est donc ici sublimé, tout en punchlines et en blasphèmes.

La créativité

En 2018, « simplement sortir de la musique » c’est dépassé. Désormais, on se doit de créer l’événement, de secouer les masses pour détourner les tympans vers l’oeuvre en question. Le coup de maître de Testing réside dans son sixième titre, adéquatement intitulé Calldrops et qu’il partage avec le très controversé Kodak Black. La spécificité est que le jeune rappeur qui prête ici main forte à Mayers est incarcéré depuis janvier et que son couplet a donc été enregistré en prison, lors d’un échange téléphonique. Gros coup de génie qui va être exploité au maximum avec des sonorités carcérales ci et là et des répondeurs téléphoniques d’institutions pénitentiaires : grosse ambiance. N’empêche, le morceau est d’une beauté imparable, emporté par de moelleuses notes de guitares avant de se clôturer par un engagé « Free Kodak ». 

Le contraste

Un bon album de rap n’est pas seulement celui qui fera vibrer les enceintes de votre Volkswagen ou trembler les salles de concert. Le tout est de tempérer, de laisser l’opportunité à tout auditeur de se retrouver dans l’un ou l’autre morceau. A$AP Rocky coupe ici la poire en deux et propose deux atmosphères distinctes. D’un côté, une chaleur incandescente avec l’impétueux Buck Shotsl’autobiographique OG Beeper ou encore Brotha Man, partagé avec la sensation French Montana. De l’autre, la douceur troublante du mélancolique Changes ou de l’ode sous acide Kids Turned Out Fine, titre préféré de l’artiste selon ses dires. Cependant, ces deux ambiances semblent se rejoindre dans certains cas, comme avec le Fukk Sleep qui suscite tant l’engouement par son refrain entêtant qu’un certain bercement dû au mysticisme de l’enchanteresse FKA Twigs.

L’engagement

Longtemps loin des débats politiques et des prises de positions houleuses, le rappeur transmet sa critique au travers de textes engagés et souvent pointés vers the bouc-émissaire du moment, j’ai nommé Donald Trump. Le nouveau président en prend ainsi pour son grade dans l’introducteur et sur-vitaminé Distorted Records avec un subtil « My newest president an asshole » ou encore dans Gunz N Butter Rocky affirme regretter JFK, comparant par la même occasion la nouvelle Constitution au KKK. Dans Black Tux, White Collar, les violences policières envers les afro-américains sont dénoncées, tout comme l’injustice policière en général. Le New-Yorkais suit ainsi la voie empruntée par ses camarades Kendrick LamarEminem ou encore plus récemment Childish Gambino qui avaient décidé, eux aussi, d’utiliser leur musique comme arme contre le système dysfonctionnel américain.

Testing se dénoue avec le sublime Purity signant un retour du maître Frank Ocean qui s’offre la moitié d’une oeuvre tout bonnement complète et vivante. L’écoute est transcendante et tout fonctionne : les flows respectifs des deux poètes se croisent et se marient aux notes mélodieuses de guitare et aux délicats « I gotta find peace of mind » du classique de la grande Lauryn Hill. Quelle fulgurante façon de clôturer un album prometteur, reflet du potentiel incroyable d’un A$AP Rocky plus inspiré que jamais.

Caméléon musical aux allures de mafieux sicilien.