Un mercredi en ville avec Vendredi sur Mer

Tu fais tourner ?
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Charline Mignot incarne Vendredi sur Mer, son alter ego dont elle définit le nom comme un cadavre exquis. Vendredi sur Mer s’inscrit dans la génération d’artistes francophones faisant les beaux jours de la nouvelle french touch. Une poésie très personnelle chantée sans se prendre la tête. Mais si l’on creuse plus loin, il se pourrait qu’on lise en Charline comme dans un livre ouvert.

Charline Mignot est somme toute une femme de vingt-trois ans comme les autres. Une bonne copine avec qui on pourrait boire un verre, discuter pendant des heures et se marrer à la terrasse d’un café. On évite de poser à la Suissesse les questions sur la signification de son nom d’artiste ou sur les montres suisses, d’autres médias l’ont déjà bien assez fait. Avec un premier album prévu pour le 22 mars, on a plutôt envie de lui parler de sa musique. Mais aussi d’elle-même, de manière plus intime. On la rencontre juste avant son showcase lors de la dernière FiftyFifty Session, dans des loges improvisées dans la Galerie Horta. Vieux fauteuils au milieu d’une pièce éclairée d’une lumière rose fatiguée, le carrelage vernis de bières renversées ça-et-là, un jour, une fois. 

LE PROJET : VENDREDI SUR MER 

 

La Vague Parallèle : Salut Charline. Tu seras en concert tout à l’heure lors de la FiftyFifty Session mais aussi bientôt au Botanique fin avril et au festival de Dour en juillet. On doit s’attendre à quoi comme style de concert sur ces prochaines dates ?

Charline Mignot : (réfléchit) De la danse, un énorme siège coquillage. (rires) J’ai trois danseurs sur scène : deux danseurs et une danseuse. Et puis, il y a moi et une scénographie, c’est vraiment des tableaux par chanson qui mêlent danse et musique.

LVP : On sait que tu viens du milieu de la photographie à la base. Comment tu as glissé vers la musique ?

C.M. : (se marre) Justement, c’est en faisant une expo de mes photos quand j’habitais à Lyon à l’époque. Paul, mon manager, a vu cette expo et m’a demandé de faire des photos des groupes qui étaient dans le label Profil de Face à l’époque et en fait… (pause en rigolant) C’est tellement relou comme histoire à raconter. Ce qui est gênant, c’est que c’est vraiment le genre d’histoire où tu perds un peu les gens parce qu’il y a plein d’informations, faudrait que je raccourcisse. Si tu veux, je faisais aussi un petit peu de vidéo à côté et j’avais en tête de faire un petit court-métrage. Je cherchais une chanson qui allait bien avec ce que je voulais raconter. Je trouvais pas, donc j’ai écrit un texte, un ami m’a fait une prod et j’ai gardé ça dans un tiroir pendant un moment.  Finalement, je n’ai jamais fait cette vidéo donc j’ai mis ça sur Soundcloud juste parce que je voulais le faire écouter à des potes qui n’étaient pas sur Lyon. Paul a vu cette expo et a un peu creusé et a vu que j’avais fait cette chanson. C’est chiant hein comme histoire ? C’est horrible. (rires) Quand on s’est rencontrés avec Paul, on s’est plutôt parlés de musique et il m’a dit « c’est fou, c’est trop cool ce que t’as fait ». Il m’a dit « vas-y il faut que tu continues c’est trop cool » et moi j’ai dit ok parce que je m’ennuyais un peu à la base à Lyon, j’avais rien à faire. Je voulais pas du tout faire carrière dans la musique, c’était pas mon but du tout. Le but à la base c’était la photo, peut-être un peu de réalisation aussi.

LVP : J’ai regardé les clips de tes différents titres. Si je te dis les mots « pastel » et « lascif », est-ce que tu trouves que ça correspond assez bien à l’ambiance que tu essaies de créer dans tes visuels ?

C.M. : Ouais ! Je pense que ça correspond. En tout cas « pastel », évidemment. Moi je dirais en fait presque « doux » et en même temps, je dirais pas agressif mais en tout cas quelque chose comme du passif-agressif. En tout cas, si on mêle les images et les paroles. Les paroles qui peuvent être parfois délicates à entendre et puis si on creuse un peu le texte, il n’est pas si doux que ça. Mais il y a du « pastel », un peu de douceur, c’est sûr. C’est vrai que les tons rose et bleu pastel sont un peu les tons du projet. Même si je regarde dans la globalité sur Spotify ou sur les plateformes, finalement je suis vraiment tout le temps dans ces tons bleutés et rosés.

LVP : En parlant de tes clips, je me suis demandé longuement si j’allais poser cette question. Parce que dans un sens, ça étiquette et souligne le sujet mais je vais la poser quand même. Tes clips sont assez inclusifs au niveau des personnages et de leur sexualité. Dans les commentaires sur YouTube, on peut lire « c’est de la french gay music ». C’est toujours difficile de savoir s’il faut poser cette question parce que si on ne la pose pas, on le banalise donc c’est très bien. Mais en même temps, est-ce que ce n’est pas encore important de le souligner parce qu’il y a de l’inclusivité dans le contenu visuel d’un artiste ? Donc je voulais un peu connaître ton ressenti là-dessus.

C.M. : En fait, je réfléchis pas vraiment. Pour moi, les chansons que j’écris ne sont pas du tout genrées. Je prends vraiment la parole d’un homme comme celle d’une femme et je parle d’une femme ou je parle d’un homme et on s’en fiche. Ce que je raconte, c’est pas tant une relation homme-femme, femme-femme, homme-homme, c’est plutôt juste l’aspect relationnel sans avoir égard au genre des personnes. Et évidemment, dans mes clips, tout le monde est représenté. C’est drôle parce qu’il y a autant de couples hétérosexuels qui s’embrassent que de couples homosexuels (dans le clip de Ecoute Chérie par exemple, ndlr) mais les gens le soulignent. Quoique je trouve que cela change un peu en ce moment, ça devient de plus en plus courant. Je me dis juste que c’est comme la question du genre sur mes chansons, je trouve que… on s’en fiche en fait. Pour moi, c’est tellement normal. Qu’est-ce que ça peut faire quoi ? J’m’en fous. (fait la moue) Par contre, d’un autre coté, je n’ai pas vocation à être une icône LGBT. En fait, je fais juste de la musique et peu importe qui tu es, peu importe qui tu aimes. Ce qui m’intéresse, c’est que si tu aimes, tu peux te retrouver dans mes chansons. Je pense qu’il y a un conflit générationnel, notre génération maintenant est beaucoup plus ouverte et pour nous c’est quand même très normal et ça nous choque beaucoup moins, bien qu’il y ait toujours des extrêmes. C’est souvent des questions journalistiques, on veut toujours aller savoir. Mais c’est pas grave, on s’en fiche.

“Peu importe qui tu es, peu importe qui tu aimes. Si tu aimes, tu peux te retrouver dans mes chansons.”

 

LVP : Premiers Emois, ton premier album, sort le 22 mars. Il est produit par Lewis OfMan. Est-ce qu’il y a des titres sur lesquels tu veux insister ou qui sont plus spécifiques pour toi ?

C.M. : Je les aime bien toutes, elles m’évoquent chacune quelque chose de différent. Après, j’ai une tendance à préférer les chansons plus calmes parce que quand j’écoute de la musique, je l’écoute souvent seule donc je pense que c’est pour ça que dans mes chansons j’aurais tendance à préférer les plus douces. C’est un peu une immersion alors que des tracks comme Chewing-Gum ou Ecoute Chérie, c’est plus quelque chose qui se vit avec tout le monde. Je pense que je prendrais les plus calmes et qu’elles m’évoquent plus de souvenirs. Bien que Chewing-Gum est très importante aussi. C’est très difficile de répondre. (rit) J’aimerais (morceau inédit à paraître sur Premiers Emois, le 22 mars, ndlr) je pense que ce serait une de mes préférées. Le titre parle de lui-même, c’est un peu un fantasme qu’on se fait d’une relation ou de ce que cela pourrait devenir. On s’est tous déjà imaginés des choses, ça parle vraiment du fait de se faire des films.

LVP : Est-ce que le fait de se faire autant de films n’est pas quelque chose qui a été d’autant plus accentué par notre génération ? Est-ce que les générations de nos parents se faisaient autant d’idées ?

C.M. : Je pense oui. Pour le coup, je pense que le sentiment amoureux et tout ce qui va avec, les chagrins d’amour etc., c’est une des choses qui ne changera jamais. Même si on avance dans le temps. Après, maintenant avec les outils comme Tinder, c’est vrai que les rencontres en elles-mêmes sont différentes de celles d’il y a vingt ans. Mais je pense que fondamentalement, le sentiment amoureux, c’est pareil. On se fait tous des films, c’est obligé.

L'HUMAIN : CHARLINE MIGNOT

 

LVP : Je ne sais pas si tu considères Vendredi sur Mer comme un personnage en tant que tel, s’il y a des différences entre la Charline de tous les jours et la Vendredi sur Mer un peu plus femme fatale ?

C.M. : Oui oui, il y a beaucoup de différences. De toute façon, je pense que c’est pareil pour tout le monde, qu’on soit musicien, acteur ou n’importe, on se crée. Même en fonction des personnes avec qui on est, on n’est pas les mêmes non plus. Je pense qu’à la base, c’était plus un pseudo qui servait de bouclier parce que c’était quand même très intime ce que je racontais au début. Ca l’est toujours maintenant, mais c’est devenu plus mécanique parce que j’ai accepté l’idée. Au début, le personnage était une barrière pour me protéger. Après, il y avait vraiment un fossé entre moi, qui j’étais vraiment, et ce que j’étais sur scène. Forcément, sur scène on est plus désinhibé. Après, je trouve que les deux communiquent. Les deux aident à l’une comme à l’autre d’évoluer. C’est très bizarre à dire mais ça a permis à Charline d’évoluer comme Charline a permis à Vendredi d’évoluer à son tour.

LVP : Tu ne te voyais pas forcément dans la musique sans les rencontres qui ont eu lieu. Si aujourd’hui, tu devais t’adresser à la Charline d’il y a une petite dizaine d’années, tu lui dirais quoi ?

C.M. : Je crois que je ne lui dirais rien, je lui dirais juste « fais ». Fais ta vie. J’ai toujours fait un peu les trucs au feeling et sans vraiment me préoccuper des conséquences, bonnes ou mauvaises. Franchement, je crois que je lui dirais de faire la même chose et si ça se trouve, ça m’emmènerait ailleurs.

LVP : Ce serait quoi tes ambitions, maintenant ? What’s next ?

C.M. : Pour le moment, j’ai envie de le vivre assez pleinement. L’album n’est pas encore sorti donc l’idée est vraiment que j’ai hâte que ça sorte et de faire vivre le projet et ce premier album le plus loin possible. Ensuite, continuer. Pourquoi pas faire d’autres choses à côté, pas que de la musique. Plein de choses. J’aimerais bien faire plusieurs choses dans ma vie. Là, j’ai mis un peu de côté la photo. Je pense qu’à un moment j’y retournerai aussi, peut-être à la vidéo. Ca va évoluer mais où, je ne sais pas. Pour le coup, en opposition à mes relations amoureuses, tout ça je le vis un peu comme ça arrive et comme ça vient. Dans l’artistique, c’est comme ça. Je prends les choses comme elles viennent.

LVP : Tu vis maintenant sur Paris. Ces deux derniers mois, c’était quoi le rythme de tes journées ?

C.M. : Là, ça commence à s’intensifier. Les deux derniers mois, c’était peaufiner les derniers détails sur l’album, sur tout ce qui va avec. Réfléchir à l’évolution du live, des formules radio. Maintenant, c’est la promo et puis la tournée va commencer. Une fois que l’album est sorti, je joue à Genève, chez moi. Retour aux sources. (rires)

LVP : Tu veux terminer avec une petite devise qui te correspond assez bien ?

C.M. : « Rien n’est grave ». (sourire)