Alex Cameron + Jack Ladder aux Nuits : La revanche d’un génie freak

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Rien de plus beau que d’être témoin de l’ovation d’un mec destiné à perdre toute sa vie. Surtout quand elle est méritée. Et surtout quand il s’agit d’un freak au déhanché infernal, le seul et l’unique, Alex Cameron.

Pour résumer, le vieux Alex, c’est l’histoire d’un globetrotter de Melbourne né-perdant et délaissé, qui a fait de sa caisse et d’hotels miteux sa maison pendant plusieurs années, sans jamais voir sa carrière se bouger d’un poil. L’histoire d’un increvable que l’industrie musicale aurait du déjà envoyer à la casse depuis longtemps, mais qui a tenu bon, comme cette putain d’écharde qui s’accroche à ton index en t’envoyant bien se faire mettre. Jusqu’à de fil en aiguille, se voir proposer un deal avec Secretly Canadian, et prendre sa revanche sur le monde, à coups de synthés 80’s et d’un groove légendaire. Et ce soir-là, c’était au tour du Bota de prendre une trempée.

Mais reprenons. C’est tout d’abord un peu en milieu de set de celui qui ouvrira pour notre héros du jour, Jack Ladder, qu’on débarquera sous les verrières du parc. Du haut de ses 2 mètres et cultivant tout autant l’esprit born to loose que son pote Alex, le mec est seul, guitare à la main, l’air de rien avec sa dégaine de vieux crooner ténébreux bourré dans le fond du bar, et pourtant, aura déjà hypnotisé sans effort la salle à notre arrivée. Sous un look pantouflard à moitié jeté, c’est en effet avec surprise qu’on découvre, sous une voix rauque et lente, de solides ballades romantico-mélancoliques, dont la teneur en talent de songwriting n’aura clairement rien à prouver.

Cela dit, ça restera dans son attitude RAF que notre gars vendra le plus de rêve. Entre un bon 20 secondes de blanc au milieu de deux morceaux à mater le vide pour en gros se souvenir qu’au fait, c’est vrai, il est en concert, lol, ou l’art de se taper tranquille le bout de gras avec son public en mode «  Et toi, qu’est ce que t’as fait de beau ce weekend? », on se demandera quand même solidement si l’on avait pas devant nous le méta-slacker ultime. Et pour ça, Botanique, on te remercie.

Mais ok, maintenant ça rigole plus. Lights off, changement de plateau. Sous une rotonde qui commence à sérieusement saturer, l’ambiance est déjà bien réchauffée lorsque que notre Australien entre en scène. Le teint blafard et vampirique, la chevelure blonde et raide rabattue vers l’arrière sur un imper couvrant une carrure fine et élancée, notre homme de la soirée semble tout droit sorti de l’imagination de Bowie pour l’un de ses avatars, si ce dernier était passé par une période gothico/kitsch/rock’n rolla délurée. Y’a pas à dire, Alex Cameron transpire de style. D’un pas assuré, accompagné pour le coup d’un backing band, et surtout de son fidèle associé et partner in crime Roy au sax, notre Ziggy Stardust transylvanien commencera d’abord son set  en nous teasant avec un petit nouveau, avant d’inaugurer réellement la fête avec le magique « Happy Ending », track d’ouverture de son disque, et de lancer son jeu de jambes légendaire, avec une aisance sans égal. Difficile alors de trouver quelqu’un qui ne frétille pas sur place : le mec a déjà chopé tout le monde.

Dans une sorte de fusion stylistique bien eighties entre un Springsteen, quelques gémissements proches d’un Alan Vega, et des sons de saxo pas si lointains de l’ambiance du générique de La Fête A La Maison, Cameron enchainera alors quasi intégralement une succession de titres tubesques de son disque, dans l’acclamation générale. On retiendra notamment « Real Bad Lookin’ » « The Comeback », et « She’s Mine » pour ne citer que celles-là.

Entrecoupant presque systématiquement ses morceaux par de longs discours sur leur histoire, souvent très autobiographique, et l’échec qu’aura été son existence jusqu’à lors, ces derniers ne nous font alors résonner que 4 mots en tête : ce type est fascinant. Car c’est là où se trouve véritablement le génie dans le bazar : si c’était nous à sa place, on aurait probablement juste l’air d’une quille. Sauf qu’avec Alex, c’est l’effet inverse, parce que non seulement le mec assume complètement son trip, mais en plus, il y croit plus que tout.

C’est alors sur la parfaite montée de « She Takes Care Of Business » qu’on terminera la fête, qui se prolongera finalement par un bon vieux rappel des familles, grosse claque dans la face du public Bruxellois oblige, avant de lentement redescendre, calmés par la raclée que l’on venait de se prendre.

S’il y a une chose à retenir de la soirée? Don’t fuck with Australia, man.

Photos & Gif : Nicolas Nollomont.