Heed, Juanita nous plonge dans un courant électronique et salvateur

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Avec Heed, le jeune musicien francophone Juanita frappe fort et livre sur le label barcelonais Sevendipia Records un premier album d’ambiant percutant et enivrant. Cinq pistes longues et entêtantes pour une bande son d’un retour à un monde à notre portée, où l’homme serait capable de comprendre ce qui l’entoure et de faire attention aux choses futiles autant qu’aux autres.

Ouverture progressive de l’album, Legitimacy récompense la patience. L’intensité des nappes électroniques s’élève avec douceur et l’attente exalte la saveur du drop diffus qui finit d’englober nos sens. Le message est passé, avec soin et de façon aussi fine qu’efficace : Heed est un voyage à travers le cosmos, au sein d’un univers nouveau et complet.

La découverte de notre nouveau monde continue dans les courants sous-marins et illuminés de Lifestream. Évoluant au milieu d’un banc de planctons phosphorescents, nos sens s’émerveillent de la cohabitation magique entre l’animosité douce et bleutée des percussions et les boucles majestueuses et chatoyantes. On se prend à ouvrir avec sérénité nos oreilles et nos yeux, prêt à saisir les échos annonciateurs de l’arrivée du Léviathan.

L’exploration se poursuit sur la troisième piste qui nous voit émerger de façon éphémère hors de l’océan et nous transpose au centre d’un monde futuriste et technoïde aussi angoissant que fascinant. Les résonances Horizontales et métalliques s’accaparent avec une facilité déconcertante nos pensées. Un sursaut nous permet néanmoins de reprendre nos esprits et d’enclencher une fuite lancinante et progressive, retour vers une forêt originelle qui, si elle reste impressionnante, saura nous accueillir en son sein.

Les dix minutes zigzagantes de synthés de Silent Call From Deep Waters While Your TV Is On réussissent à éviter un obstacle commun aux compositions électroniques expérimentales : ne paraître ni ennuyeuse ni prétentieuse. Juanita, au fil des mélodies sortant de ses doigts de fées qui glissent entre les synthés et les contrôleurs nous promène en apesanteur, sur un tapis volant, au-dessus d’une mer de nuages cotonneuse qui parvient à nous détendre et à faire filer les secondes sans que l’on ait senti son cœur battre.

Morning Light  in 1080 procure la rare sensation de relâchement qu’on ne connaît qu’après une nuit blanche, les pieds nus dans l’herbe, la tête en arrière et une brise sur le visage. Notre esprit glisse sur les nappes synthétiques et erre sans arrière-pensées, libéré de tout a priori et peur du futur. 

C’est sans doute l’un des tours de force de cet album, la maîtrise du rythme et du flux qui permet de livrer des tracks profondes et abouties, longues tout en restant facile d’accès et qui, par des cheminements secrets, nous permettent de nous échapper quarante minutes hors d’un présent agressif et ultra-sollicitant.

Heed aère nos esprits par une cure sonore dont on émerge avec un regard serein et optimiste sur les heures qu’ils nous reste.

A écouter au casque pour ne pas perdre la grisante sensation de faire partie d’un tout dont l’EP est la bande sonore.