Bleu Acier : l'amour et la violence selon Order89

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J’écris pour pas hurler, pour faire durer les nuits brûlantes“. Cela restera la toute première phrase de la carrière d’Order89. Une entrée en matière qui annonce la couleur (noire), pour une première chanson, Perdition, au nom tout aussi évocateur. Tenez-vous prêts, Order89 débarque sur la scène française avec pertes et fracas.

Voilà un trio qui détonne dans le paysage français. Tout de noir vêtus, Jordi (basse, chant), Flavien (boîte à rythmes, synthés) et Elliot (guitare) arpentent les salles parisiennes depuis leur résidence à Mains d’Oeuvres, sans jusqu’alors avoir franchi le pas de l’album studio. C’est désormais chose faite avec Bleu Acier, premier manifeste brut d’un projet qui promet des soirées endiablées.

Un album qui marque par sa cohérence. En premier lieu, on est marqué par la voix rauque de Jordi et ses textes alliant les chants sémantiques de la romance et de la mort. Une écriture d’écorché vif, tantôt rageur, tantôt désabusé, qui rappelle forcément les modèles de Noir Désir et de Joy Division. On ressent une énergie libératrice, un caractère exutoire, particulièrement visible sur Grandir Seul où une poignée de phrases sont répétées comme un mantra alors que les instruments s’animent. “Raconte-moi nos obsessions pour la mort et l’amour, rappelle-toi nos discussions de la nuit jusqu’au jour“.

Raconte-moi nos obsessions pour la mort et l’amour.

Rappelle-toi nos discussions de la nuit jusqu’au jour.

Cependant, cantonner ce projet à sa poésie noire serait réducteur, tant les trois artistes s’accordent à créer une ambiance glaciale et sulfureuse. Que ce soit les boîtes à rythmes brutes, les nappes de synthés analogiques inquiétantes, les contre-mélodies délicieusement post-punks de la guitare ou la frénésie de la basse, chaque élément envoie valser le superflu pour nous plonger dans une féroce dystopie. Une énergie palpable au casque, mais qui ne demande qu’à être libérée dans des conditions live, à l’image de la lettre entre amour et haine destinée à une certaine Barbara.

Bleu Acier est donc un album qui célèbre le miel et le vinaigre, expiant ses démons dans un tourbillon de new-wave aux stéroïdes. Une manière d’embrasser les accidents de la vie qui se retrouve jusque dans la composition des morceaux, où l’inattendu est vu comme une opportunité. Un excès d’enthousiasme a délesté la guitare d’Elliot de quatre de ses cordes ? Qu’à cela ne tienne, Jordi improvisera le riff de 2002 sur les deux cordes restantes. Une conclusion d’album qui résume la philosophie du trio. “La fin est magnifique, tu devrais venir voir. Dans mes crises de panique, je te garde un espoir“.

La fin est magnifique, tu devrais venir voir.

Dans mes crises de panique, je te garde un espoir.

Le premier jet d’Order89 est donc le bon. Un cocktail d’influences détonnant, évoquant aussi bien LUKE que Sébastien Tellier, qui pourrait donc devenir une pièce importante de l’engrenage du rock francophone. Enfilez vos jeans slim, chaussez vos Dr. Martens et précipitez-vous au Supersonic le 6 novembre, pour un concert qui promet d’être aussi génial que gratuit.