Cogito Ergo Fog : le lâcher prise frénétique de Foggy Tapes

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Pour le garage, les Américains ont les Growlers et nous on a Foggy Tapes. Au premier abord, ce nom ne vous dit peut-être rien, mais le groupe est actif depuis déjà près de quatre ans. Tirant leurs influences des sixties, c’est subtilement que les quatre Toulousains essaient de nous entraîner au sein de leur univers atypique et peut-être nostalgique d’une période qu’ils n’ont pas vécue. Après un premier EP sorti il y a quelques années déjà, Foggy Tapes nous revient enfin avec son premier album enregistré par leurs soins et sur cassette. Pour l’écouter, on conseillerait aux disciples de la vieille école d’aller se procurer la version vinyle trouvable chez tous les disquaires les plus cool de France. Et pour les jolis mots, c’est ci-dessous.

Cogito Ergo Fog. Cogito Ergo Sum. Tenez donc, voilà un adage qui sonne familier. Alors que le second doit sa popularité à un bon vieux philosophe français, le premier lui, la devra à Foggy Tapes. Un nom d’album peu anodin et pour le moins original mais qui a la mérite de ne pas trop s’éloigner des idées vaporeuses et non moins opportunes que le groupe tient à partager à travers les onze morceaux que regroupe ce premier long format. Là où les Toulousains se démarquent de n’importe quels autres artistes, c’est lorsqu’ils se vantent de nous proposer un psyché garage divergeant de ce que l’on aurait bien pu entendre jusqu’ici et ce, en l’imageant sous forme ”d’acid western, spaghetti surf, chicano psych”. Décalé mais accrocheur, et une qualification qui donne envie d’en découvrir davantage.

On démarre alors l’épopée avec Here Comes The Fog, annonçant déjà la tournure brumeuse que prendra le reste du disque. À l’écoute, on se verrait presque monter à cheval, lasso à la main, chapeau de cowboy sur la tête et bottes de cuir aux pieds. Here Comes The Fog est une première invitation à décrocher de la réalité et prendre part à une déconnexion totale, rester décontracté tout en vagabondant dans les dédales de ruelles d’un village méconnu de quelques citadins. Le sujet central de ce morceau s’avère être le brouillard (que nos amis les anglophones traduiraient alors par fog), un brouillard salvateur (si l’on en croit les paroles) qui rendrait nos notions du temps factices, nous libérant de multiples impératifs plus banals les uns que les autres. Mais un brouillard également libérateur d’une multitude de poids que le quotidien se permet de constamment nous imposer / Here comes the fog / It’s hiding all the clocks / Hiding the time / I finally feel fine /. Musicalement, on y trouve des guitares aux sonorités plutôt brutes mais qui résonnent, enchantent et parcourent nos conduits auditifs sans nuls désagréments. Ce morceau d’ouverture aurait d’ailleurs très bien pu se glisser dans une BO d’un film de Clint Eastwood, cela va sans dire. Good Old Dogs se présente comme notre coup de cœur de cet album : des rythmiques concises, des voix à l’unisson et en parfaite harmonie, pour un titre qui se veut comme synonyme d’une fin de journée, le morceau idéal à lancer après quelques heures de dure labeur, à bord de son coupé, avec un flamboyant coucher de soleil pointant à l’horizon.

Avec la pause estivale ayant touché à sa fin et ayant été très vite remplacée par la tant détestée rentrée où routine pesante, journées difficiles et injonctions par milliers ne font qu’un, on aurait presque envie de se dire : et si je restais au lit ? Eh oui, entre le confort de son petit chez soi et la morne réalité du monde extérieur, le choix est vite fait. Et c’est l’idée que partage Can’t I Stay In Bed All Day?, une track qui, tout comme Days To Come, tire son origine des sixties et qui sait se faire remarquer dès les premières secondes d’écoute, à tel point qu’on irait presque jusqu’à se demander si la belle bande toulousaine ne se serait pas emparée de la créativité de quelques célèbres coléoptères. Les guitares fusent et la touche lo-fi donne tout son charme à l’intégralité des morceaux de Cogito Ergo Fog. Avec Fly In My Head ou encore Carpet Ride, le rock est maître et les mots ont leur importance, des mots vecteurs de messages à prendre comme une invitation à un état d’être dévergondé, passionné et indifférent à ce qui peut nous attendre demain. Cactus and Mask, nous donnerait presque l’impression d’être à Woodstock, tant ses résonances, aussi saisissantes soient-elles, nous donneraient envie de tout lâcher, quitter nos chaussures pour joncher de nos pieds nus l’herbe mouillée d’une vaste étendue rurale où les tracas se trouvent à mille lieux de nous. Mais les influences de Foggy Tapes ne se limitent pas uniquement au pop rock psyché des Beatles, la surf des Beach Boys ou le garage des Kinks, la preuve avec Long Paper Man, qui tire son inspiration de la musique country, au rythme entraînant et aux chœurs captivants contant l’histoire d’un bien nommé long paper man, bienveillant et pacifiste au possible, nullement préoccupé par les menaces extérieures et voulant seulement répondre à quelques désirs vains : s’allonger, fumer une cigarette, tout en chantonnant quelques mélodies. Un instant paisible, en somme. Une tracklist se concluant sur l’extravagant Mist From Above, un titre grâce auquel on se laissera vraisemblablement prendre au jeu, afin de danser jusqu’à ne plus pouvoir sur ces échos étourdissants, à la limite de la frénésie.

À défaut de ne pas réussir à se satisfaire de son temps, un temps empoisonné par des litres d’auto-tune, Foggy Tapes nous délivre des morceaux vantant un amour déraisonné pour la country, le garage ou encore la surf d’une ère passée. Cet opus fonctionne comme un manifeste appelant à ne pas se soucier du lendemain et à se couper, le temps d’un disque, de notre quotidien un brin trop redondant. Cogito Ergo Fog est un album qui nous ramènera aux années 60, un album authentique, lucide sur le fond et vintage sur la forme. Et pour être honnête, on n’aura jamais pris autant plaisir à voyager dans le passé. Alors merci Foggy Tapes !

© Crédit photo : Franck ALIX