"Ecoute tes poils. Un seul critère, l'émotion" - on a déjeuné avec André Manoukian

Tu fais tourner ?
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Ah, les joies des interviews en festival. Sans cesse décalée, Paul et moi-même avions presque perdu espoir que cette conversation se passe un jour. D’autant plus lorsque l’on nous a annoncé qu’André Manoukian n’aurait que dix minutes à nous consacrer pendant son déjeuner. Sauf qu’en plus d’être un paniste d’exception, une formidable encyclopédie et un orateur hors-pair, l’homme est une crème qui aura passé près de trois quart d’heures à répondre à nos questions. Entre conseils aux jeunes acteurs de la musique et divagations variées, voyage au coeur de l’univers Manoukian en compagnie de Bach, Miles Davis, Billie Eilish et Cindy Sanders.

La Vague Parallèle : Bonjour André ! On te rencontre quelques instants avant une conférence au MaMA sur les relation entre la musique et les marques. Pourquoi ce sujet ?

André Manoukian : Comment ça, pourquoi ce sujet ? Parce qu’aujourd’hui, on est revenu au temps des classiques où ce n’est plus les princes de l’église ou les princes de l’aristocratie qui font vivre les musiciens mais les marques. Le modèle de la vente des disques s’est effondré, ce qui a fait dire à Mick Jagger que “dans toute l’histoire de l’humanité, les musiciens n’auront été riches que pendant trente ans“de 1970 à l’an 2000. Maintenant, voilà, vu qu’il n’y a plus de CDs, il ne reste plus que les lives. Les gens n’achètent plus de musique, ce n’est pas à vous que je vais raconter ça. Il y a presque une dévalorisation de notre boulot, ça nous fait bizarre de voir que les gens ont l’habitude de consommer de la musique gratuitement. Si tout ça est la faute du net, l’avantage c’est que ça a donné une créativité incroyable, aussi. Et en même temps, les marques ont besoin de musique pour parler aux gens. La musique, on est dans l’émotionnel. Donc à partir du moment où je vois des festivals de jazz en Allemagne avec une grosse pancarte “BMW Jazz Festival“… Si dessous ça joue bien, je n’en ai rien à branler qu’il y ai écrit BMW dessus.

Je suis un adepte du gai savoir.

LVP : Si les marques utilisent donc la musique pour son côté émotionnel, on remarque que certains musiciens, un peu à ton image, savent au contraire utiliser les codes de la marque pour se créer un personnage. Penses-tu qu’un jour le personnage dépassera la musique ?

AM : Le musicien se sert du personnage. C’est grâce à ça que je fais une centaine de concerts par an en jouant une musique exigeante. Parce que franchement, du jazz arménien d’extrême gauche, remplir des théâtres avec ça (rires)… Je suis content parce je ne prends pas non plus les gens en otage. Je parle beaucoup pendant mes concerts. Je les accompagne. Sur une musique qui peut avoir un côté difficile, et qui en fait fait voyager. Que je joue ma musique avec mon quartette ou en solo, ou avec un joueur de tabla, ou même avec des chanteuses comme China Moses ou Elodie Frégé, j’aime bien leur expliquer pourquoi ils sont dans ce contexte là. “Qu’est-ce que c’est le jazz ?” “Qu’est-ce que c’est la musique en Orient ?” Je prends mon temps pour expliquer, du coup les gens apprennent des trucs et se marrent en même temps. Il y a peut-être un seul truc qu’on peut dire de moi, c’est que je suis un adepte du gai savoir.

LVP : Tu trouves que l’humour facilite la transmission ?

AM : Ouais, c’est un truc génétique chez les Arméniens. Tu sais, dans les minorités menacées, on est obligés de développer depuis nos ancêtres des trucs pour survivre. Un, apprendre la langue de l’autre et se faire comprendre en parlant sa langue. Ca s’appelle la PNL, et je dis souvent que c’est ma grand-mère qui a inventé la PNL. Quand elle a été déportée, elle a été obligée de parler la langue du commandant turc. Il lui a avoué qu’elle était un homme pieux, elle lui a dit “Comment peux-tu laisser faire ces massacres, toi qui est un homme pieux ?” Ca l’a touché, il l’a mise sous sa protection, elle a donc été épargnée des viols et autres choses comme ça. Donc les minorités opprimées sont obligées de rentrer en communication avec l’autre. L’intelligence, c’est ça, finalement. Et après la deuxième chose, c’est… C’est quoi déjà ? Je ne m’en rappelle plus. C’est pas grave.

LVP : On parlait de transmission.

AM : Oui voilà. Ca me permet de faire passer une musique réputée difficile et d’expliquer la beauté de ça. J’ai commencé sur France Inter, et même à la Nouvelle Star d’une certaine manière quand il y avait un chanteur de jazz. La première année, il y en avait un sur 500 candidats, et quand j’ai fait la deuxième saison il y en avait cinq par ville. J’étais content de voir que, pas seulement grâce à moi mais aussi à internet, aux tribunes de niches, tout ça… Benjamin Siksou, c’était des trucs supers chouettes. La musique c’est un truc dont c’est finalement difficile de parler parce que la musique s’adresse au corps et non à la tête. Elle créé des affects, des transformations corporelles. T’as des poils, t’as des frissons. Moi, je transpire de la moustache. Ca te met dans des drôles d’états, qu’il faut que tu décryptes après. C’est dans un deuxième temps que la tête intervient. Mais quand on raconte une histoire, quand on guide, y compris dans la musique classique… D’une certaine manière, c’est Bach qui a inventé le jazz et l’impro. J’aime bien raconter cette histoire, pour moi c’est relié. Il y a quelques années, le jazz était réputé comme une musique d’élite, mais avant c’était considéré comme une musique de sauvage, ce qui est quand même bizarre. Mais c’est toujours la même musique dont on parle. J’ai envie de dire aux gens “Voilà comment ça se passe. Ce n’est pas une musique d’élite“. Il suffit d’expliquer un tout petit peu et ça fonctionne.

LVP : En regardant ton parcours, on remarque que tu parraines des initiatives avec de jeunes artistes. Quel lien tu entretiens avec ces artistes là ? Tu continues à travailler avec eux par la suite ?

AM : J’ai ouvert une maison des artistes à Chamonix. En trois ans, j’ai mis mon studio d’enregistrement en dessous. En quatre ans, on a du enregistrer 200 groupes gratuitement, des gens qui n’aurait pas pu faire de disque sans ce studio. Ils ont pu y préparer leur show. C’est un peu une Villa Médicis du jazz, qu’on a fait sans soutien aucun, en se débrouillant. On a ouvert un bar, mais financer ça c’est un peu dur. Donc maintenant on commence à aller voir les institutions pour leur demander de l’aide. Le truc fonctionne, et je n’ai jamais attendu qu’on vienne m’aider. Mais c’est pour ça que les marques sont importantes. Parfois, elles réagissent plus rapidement que les institutions à qui vous présentez des dossiers. Dans le jazz, il y a toujours eu des professionnels des dossiers. Ce n’est pas forcément les meilleurs musiciens, mais c’est les rois de la sub’ (subvention, NDLR). En France, on a un problème avec ça. C’est la noblesse de la France, on a eu beaucoup de budget alloué à la culture pendant des années. Sous Malraux, on a eu des maisons de la culture sur tout le territoire. C’est d’ailleurs là que je fais mes tournées. Sous Lang, aussi. Et aujourd’hui, l’Etat se désengage des régions, et le premier budget qui bouge, c’est la culture. C’est une variable d’ajustement. Et les gens qui dirigent ces trucs n’ont pas la culture d’aller voir les acteurs locaux pour leur dire “aidez-nous“. Ils avaient cette malle d’argent qui tombait, et quand elle n’arrivent plus, ils se plaignent qu’ils vont mourrir. Mais non ! C’est simplement une autre culture, un autre logiciel. C’est ça qui me fait chier, ce qui m’inquiète un peu.

LVP : C’est assez nouveau pour les industriels aussi.

AM : Tout un boulot à mettre en place, tout un circuit à créer. Mais ça ne peut être que le futur.

LVP : Il y a peut-être aussi cette crainte de voir un projet artistique être taxé de “commercial“.

AM : Non, car je n’ai jamais vu une marque interféré avec une musique. Au contraire, à partir du moment où elle a choisi un style de musique, elle n’a pas les moyens de dire au gars “je voudrais plus ceci, plus cela“. Donc ils interfèrent beaucoup moins dans la musique que d’autres. Ils laissent faire, ce n’est pas leur domaine. C’est moins gênant que des espèces de fonctionnaires appointés qui la jouent ayatollah de je ne sais pas quoi. Je vais me faire des copains, ça va être formidable (rires). Je dirais qu’il n’y a pas d’incidence négative sur la musique si ce n’est après se faire sponsoriser par exemple par Areva. Bon, ça impliquerait un certain engagement pour l’énergie nucléaire…

LVP :  Tu avais présenté un projet de création de musique assisté par l’intelligence artificielle. On a rencontré au MaMA une start-up qui propose de créer des playlists personnalisées de musique créé à partir d’algorithmes. Ce sont des sujets qui restent assez touchy.

AM : Il faut que je me ré-explique à chaque fois, mais ce que je fais est basé sur le travail d’un compositeur. Le projet lui permet justement de créer plus d’oeuvres. La musique faite par des robots, je n’y crois pas.

Je dis qu’il ne faut jamais coucher avec sa grand-mère.

LVP : Il y a tout de même deux mondes qui rentrent en collision. D’un côté, considérer la musique comme un art noble et de l’autre, toutes ces technologies dont l’apport est indéniable. On ressent une certaine frilosité.

AM : Oui, mais c’est comme quand Django Reinhardt a électrifié sa guitare et que tout le monde s’est mis à hurler. Il y a toujours des ayatollah. On a demandé à Miles Davisquand est-ce que tu vas refaire du jazz ?” quand son son a évolué. Il a répondu que ce serait comme coucher avec sa grand-mère. Je dis qu’il ne faut jamais coucher avec sa grand-mère.

Quelle vague puis-je prendre pour me porter sans trop changer mon identité ?

LVP : Tu penses qu’avoir étudié la musique aux Etats-Unis t’a rendu plus ouvert d’esprit que d’autres ?

AM : Non. Il y a des ayatollahs aussi aux Etats-Unis. Je viens du jazz, c’est ma musique. J’ai eu la chance de trouver tout de suite mon chemin en rencontrant la chanteuse. Avec une chanteuse, c’est tout de suite plus facile de faire passer du jazz. Et quand on a commencé à mettre des textes dessus, c’est devenu de la chanson française. Quand je mentionne comment je suis aller au bout de mon projet, j’aime parler avec émotion d’un type. C’est le premier gars d’une maison de disque qui m’a payé une maquette. On ne l’a jamais vu sur les trois jours de maquette, sauf les cinq dernières minutes. Il est venu et m’a dit “enlève la trompette coco, ça fait trop jazz, ça ne marchera jamais“. On est rentré à Lyon s’acheter notre studio d’enregistrement, à une époque où ça valait la peau du cul. Ce n’était pas comme maintenant avec des ordis, ça valait l’équivalent maintenant de 500 000€, et on était jeunes. Je n’avais pas une thune, je me suis endetté, et on a fait de la musique de pub pour payer nos créas. Ca a finit par marcher : trois ans plus tard, on vendait deux millions d’albums. Parce que j’ai été au bout de mon projet. Parce que je me suis donné les moyens. Je me suis dit que ce qui faisait la différence avec mes copains musiciens, c’est que eux voyaient les gens des maisons de disques comme leurs ennemis parce qu’ils te balançaient ce genre de réflexion. Moi, je les voyais et j’essayais de comprendre ce qu’ils voulaient. L’artiste que je produisais, je me posais la question de savoir comment l’amener plus près d’eux sans casser mon artiste. C’est ce boulot là que j’ai toujours fait. Parfois, c’est simplement un ajustement, simplement avoir une idée. Quelle vague puis-je prendre pour me porter sans trop changer mon identité ?

LVP : On a rencontré beaucoup d’artistes ici au MaMA qui ont une vision, mais qui ne savent pas comment s’adapter aux formats de playlists, radios etc. Ils ne savent pas s’ils doivent écouter le workshop auquel ils ont assisté ou leur vision. Comment tu t’adresserais à ces artistes-là ?

AM : Ecoute tes poils. Un seul critère, l’émotion. Si t’arrives à produire de l’émotion, les vagues n’existent plus. Toutes les nouveautés sont en dehors des vagues. L’étymologie de génie, ça vient du latin genere. Inventer quelque chose de neuf. Être en rupture. Il y a toujours des trucs insensés qui arrivent. Quand le punk est arrivé, tout d’un coup il y a un mec qui s’appelait Angelo Branduardi, un folkeux italien qui chantait romantique, qui a cartonné. Parce qu’il était en dehors de la vague, il se faisait remarquer. Si tu suis les autres, tu ne vas pas aller loin. L’idée c’est d’être autonome. Puiser son inspiration de pleins d’influences, mais à un moment donné, c’est ta peau qui fera la différence. Tu joues ta peau. Cheers, à la musique et au rock’n’roll ! Les gars, qu’ils aillent aux conférences, qu’ils écoutent tous les conseils. Et puis, qu’ils laissent infuser ça. Mais quand ils se mettent derrière leurs ordis et leurs instruments, tout ça n’existe plus. Qu’ils aillent au fond du truc et puis tout d’un coup, ils vont piger. Rien qu’en écoutant tout ça, ils vont inconsciemment imaginer qu’ils jouent ce qu’ils sont en train de faire devant peut-être des gens du MaMA. Ca changera peut-être ce petit détail qui fera la différence. Mais ça ne peut jamais changer le fond.

LVP : C’est vrai que sur tes différents projets, tu as toujours attaché une grande importance au fun et à l’improvisation, jusqu’à militer pour une plus grande place consacrée à cela dans les conservatoires. Tu as fait énormément de trucs différents dans les médias, en tant que compositeur, en tant que performeur. Tu as conscience que tu as une marque Manoukian à développer, à entretenir  ?

AM : Quand tu dis que j’ai fait plein de trucs différents, pour moi j’ai toujours fait la même chose. J’ai toujours été moi-même dans des environnements différents. C’est peut-être ça que tu appelles la marque Manoukian. Ca veut dire quoi ? Rester soi ou qu’on soit. L’environnement le plus hostile par rapport à mes valeurs dans lequel j’ai été, c’était celui de M6. Mais je n’ai pas changé pour autant. C’est en jouant ma partition que les gens de M6 se sont dit “Il est rigolo, ce mec-là”. Les spectateurs traversaient la rue pour me dire “on ne comprend rien à ce que vous dites, mais ça a l’air bien“. Donc il y avait quelque chose qui passait. Ca fonctionnait. Effectivement, être Gilles Deleuze sur M6, c’est n’importe quoi. Mais on a amené des gens qui n’auraient jamais regardé ce type d’émission. Donc je dirais qu’il faut être centré. Avoir des valeurs, ça ne veut rien dire, mais il faut avoir une passion. La musique, je l’aime trop; et j’aime trop un style de musique, et ce style là m’a amené à tout décrypter. Le jazz, c’est quoi ? Je l’ai rencontré à l’âge de treize ans en venant du classique que je connaissais depuis mes six ans. J’ai commencé par Bach. Mon premier disque de jazz était un disque de ragtime. Mon père écoutait de la musique classique, et ma mère Sheila. Je n’ai donc jamais écouté de jazz chez mes parents. Et tout d’un coup, c’est une rencontre fulgurante. J’avais presque envie de chialer. C’est génial de s’en rappeler. Comme si c’était cette musique qui m’avait choisi. C’est comme du Jean-Sébastien Bach, mais avec du rythme. J’étais préparé à ça. Dans le ragtime, il y a plein d’accords de passage, ce sont les mêmes que chez Bach. Lennie Tristano, par exemple, était dans le prolongement de la musique. Tout aussi sophistiqué harmoniquement qu’une suite de Bach, avec de la rythmique en plus. Donc quand ça, tu l’aimes, que ça t’ancres, que ce sont tes valeurs, que ça te fait chialer, c’est au nom de ça que tu parles quand tu t’adresses à Camelia Jordana – qui est une bénédiction quand elle arrive – soit à Cindy Sanders qui chante Papillon de Lumière et qui se prend pour Céline Dion. C’est toujours la même chose qui t’anime, et tu te marres au nom de cette chose-là. Tu te frottes aux autres et c’est ça, un musicien. Dans le jazz, on dit au mec qui sait jouer, ça veut dire qu’il sait improviser, “ça y est, tu as ton passeport“. Quelle que soit la langue, on s’en fout, on va trouver, on va se parler. C’est ça le truc. Il y a des musiciens dans le classique qui sont dans ce cas-là. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de les relier au jazz. Avant, tous les classiques improvisaient. Donc, dans toutes les situations, je ne pouvais pas être autre chose que moi-même. Et je ne cherche pas vraiment à m’adapter. Je parle avec autant de gros mots. L’autre jour, j’ai fait une conférence pour une grosse boite, et une dame s’est plein parce que j’ai dit que Mozart était en train de jouer aux cartes avec ses potes et avec des putes quand un sponsor a amené Beethoven. Je suis désolé, c’est la vérité, donc je ne retire pas mon mot. Voilà.

Un bon son, ça te mord l’oreille.

LVP : Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

AM : Aujourd’hui, j’écoute beaucoup de musique ethnique. Le dernier album d’Emel Mathlouthi est à tomber par terre. C’est la voix de la révolution tunisienne. Ce que j’adore chez elle, c’est une chanteuse arabe, c’est qu’elle part, elle chante super bien, elle s’exile à New York. Elle continue à transbahuter son orientalité, mais en la rendant universelle. C’est ça qui est fabuleux. En marketing, on dirait qu’elle prend une musique de niche et faire un crossover. C’est exactement la même chose. Crossover, c’est comme ça qu’ils définissaient le succès chez les anglo-saxons. Ca veut dire que tu as franchit la frontière, tu vois ? Tu as franchit la frontière de ta niche, mais toi tu continues à être toi. Simplement. Chris Blackwell, le producteur de Bob Marley, il emmène Bob Marley à Londres pour le produire. Il va rajouter deux trucs qui n’existaient pas dans le reggae jamaïcain. Une guitare électrique et un orgue. C’est rien, mais tout d’un coup c’est ça qui va faire que le reggae va se répandre dans le monde. Donc ce que j’écoute, c’est beaucoup éthique. Il vient de ces gens de l’Orient qui sont en train de s’exprimer. Dhafer Youssef, c’est un chanteur tunisien qui chante comme un souffi, c’est remarquable. Quand Ibrahim (Maalouf, ndlr) est sorti au début, j’ai adoré. Maintenant on le connait par coeur, c’est une super star, tant mieux pour lui et pour nous. Voilà, c’est ce qui me porte et ce que j’aime bien. Sinon, à France Inter, j’écoute beaucoup de choses qui déboulent. L’année dernière, j’ai découvert Voyou. Tout à coup, j’entends des nouveaux sons. La première fois que j’ai écouté Angèle, elle n’était pas du tout connue. Wow, mais qu’est-ce que c’est que ce son ? La première fois que j’ai entendu Billie Eilish, mais qu’est-ce que c’est que ça ? Et puis après trois mois plus tard, ça cartonne. Ce n’est pas grâce à moi, mais voilà, tout à coup il y a des sons qui te mordent l’oreille. Ca sort de la radio et ça te chope. Kafka disait, “c’est quoi un bon livre ? C’est un livre qui doit te donner un coup de poing, sinon c’est de la merde“. Eh bien, un bon son, ça te mort l’oreille.

LVP : Tu as eu l’occasion d’assister à quelques concerts au MaMA ?

AM : Cette année, j’ai envie de checker Juliette Chedid. Encore une de la dynastie. J’aime bien l’électro quand elle se mélange à l’acoustique, aux vrais instruments.

LVP : Il y a justement une prestation de Maud Geffray à venir, en duo avec une harpiste. Elles s’inspirent des oeuvres de Philip Glass.

AM : C’est pas vrai ? Ca, c’est ma came.

LVP : Merci beaucoup pour ta disponibilité ! On espère que tu as tout de même passé un bon déjeuner.

AM : Mais ouais ! Je ne sais pas ce que j’ai mangé, mais merci les gars.