Everything Else Has Gone Wrong, sauf Bombay Bicycle Club

Tu fais tourner ?
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Il y a des bonnes nouvelles qui ont un goût d’inespéré, de prophétie, de miracle. C’est la cas de l’annonce du retour de Bombay Bicycle Club. Succédant à MGMT, Arctic Monkeys ou encore Kings of Leon en remportant le prix Best New Band Award aux NME Awards de 2010, le quatuor a su, dès lors, imposer son rock alternatif partout dans le monde. Une réputation solide et reconnue qui n’a pas empêché les quatre Britanniques de se séparer en 2016, laissant meurtris nos petits coeurs de rockeurs. Mais voilà que 2019 signait leur grand retour inopiné avec l’annonce, en prime, d’un nouvel opus intitulé Everything Else Has Gone Wrong. À l’occasion de la sortie de leur cinquième album, nous avons rencontré l’un des rock bands les plus influents de la décennie et on ne s’en est toujours pas remis.

La Vague Parallèle : Votre nouvel album Everything Else Has Gone Wrong débarque près de 6 ans après votre dernier projet en date So Long, See You Tommorow. Comment qualifier l’excitation liée à la sortie d’un disque après autant de temps ?

Jack : C’est très excitant ! D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de faire un break : pour ressentir de l’excitation à nouveau. C’est compliqué de contenir cette excitation lorsqu’on fait de la musique depuis aussi longtemps, parce que ça devient vite routinier. Nous voulions prendre du temps loin de Bombay Bicycle Club : Ed et moi avons développé de nouveaux projets musicaux, Jamie est allé à l’université et Suren a été batteur dans différents groupes. Nous sommes donc de retour avec de nouvelles perspectives pour le groupe et une excitation toute nouvelle pour cet album.

La Vague Parallèle : Un album qui est déjà votre cinquième. Avec 15 ans d’activité, on peut dire que Bombay Bicycle Club a témoigné de l’évolution de l’industrie musicale. Quelle est la majeure différence entre 2009, année de sortie de votre premier album I Had The Blues But I Shook Them Loose, et l’instant présent ?

Ed : Il y a un grand nombre de différences, je pense. J’imagine même que notre époque représente la plus grosse transition dans l’histoire de l’industrie musicale. La façon dont les maisons de disque travaillent, la façon dont les artistes jouent leur musique live, la façon dont les artistes produisent et sortent leur musique : tout cela a drastiquement changé par rapport à il y a 10 ans. Mais le plus différent, selon moi, c’est la façon dont le public consomme la musique, via le streaming. Lorsque c’est apparu, tout le monde pensait que c’était la fin de l’art musical, alors que c’est ce qui l’a maintenu aussi populaire, et plus encore.

La Vague Parallèle : Est-ce facile de s’y retrouver dans cette vague de changements ?

Jack : J’imagine que c’est surtout compliqué pour quelqu’un qui n’utilise pas ces nouvelles façons de consommer de la musique. Nous, en tant que consommateurs de streaming, nous aimons beaucoup cette manière d’écouter de la musique et c’est celle que nous utilisons, même si on garde toujours une collection de vinyles. Ce serait hypocrite de notre part de commencer à dévaloriser le streaming alors qu’on l’utilise, même si d’un point de vue financier l’avènement de cette technologie ne profite pas forcément aux artistes. Ce que j’aime surtout dans le streaming, c’est cette possibilité de faire découvrir de nouveaux groupes, notamment grâce aux algorithmes magiques de différentes plateformes. À partir de l’écoute d’un artiste ou d’un groupe, tu peux facilement dénicher un projet similaire moins connu.

La Vague Parallèle : Vous parliez de vos différents projets musicaux en dehors de Bombay Bicycle Club : Ed, le tien s’appelle Toothless et Jack tu as développé un alter égo musical appelé Mr Jukes. Était-ce bénéfique pour vous d’exploiter de nouveaux univers musicaux ?

Ed : Énormément ! C’est l’une des meilleures choses qu’on ait décidé de réaliser. Comme Jack l’a dit plus tôt, nous nous sommes retrouvés dans cette bulle à être des membres de Bombay Bicycle Club pendant si longtemps et nous avions envie de quelque chose de différent, le temps d’un moment. C’est pour cela que sont nés ces nouveaux projets individuels et, grâce à ceux-ci, nous sommes devenus de meilleurs musiciens. Le fait d’être aujourd’hui de retour avec Bombay Bicycle Club tout en gardant toutes ces choses que nos projets respectifs nous ont apporté, ça rend le groupe artistiquement plus fort.

Jack : Parfois, quand tu as du succès, ça devient trop confortable. On avait besoin de sortir de cette zone de confort et avoir peur à nouveau, comme aux débuts du groupe. Recommencer un projet par moi-même, avec des nouveaux musiciens, dans un nouveau monde, ça m’a effrayé. Et cette peur était positive, elle m’a poussé à rester motivé et créatif.

La Vague Parallèle : Du coup vous êtes repartis pour une bonne dizaine d’années maintenant !

Jack : Oui ! (rires) Mais j’imagine qu’on va faire les choses différemment désormais. On ne passera plus 90% de l’année en tournée, juste parce que ce n’est pas forcément sain. C’est quelque chose qu’on avait l’habitude de faire, c’est peut-être ce qui nous a poussé a prendre une pause. On a appris de nos erreurs, on est beaucoup plus réalistes maintenant.

La Vague Parallèle : Qu’est ce qui vous a manqué le plus dans Bombay Bicycle Club que vous ne trouviez pas dans vos projets individuels ?

Jack : La possibilité de faire voyager notre musique dans le monde entier comme nous le faisons avec Bombay Bicycle Club m’a manqué, car avec Mr Jukes les endroits où partager mes morceaux étaient peu nombreux. C’est l’une des choses que je préfère dans le fait d’être membre du groupe : les voyages grâce auxquels on a l’occasion de rencontrer tout un tas de personnes, que ce soit les fans ou les personnes du métier. C’est l’une des meilleures manières de parcourir le monde. Je dirais aussi que cette solidarité entre nous quatre m’a beaucoup manqué. Même si le fait d’être livré à moi-même avait quelque chose d’excitant, parfois je ressentais l’absence de mes trois amis avec qui j’avais l’habitude de tout partager.

La Vague Parallèle : Une amitié forte que vous avez décidé de mettre en images dans le clip de Eat, Sleep, Wake (Nothing But You) d’une façon assez amusante. C’était important pour vous de partager votre vision de votre séparation et de votre réunion avec auto-dérision ?

Jack : L’intention était de transmettre notre sens de l’humour avec ce clip. Et l’humour, ce n’est pas quelque chose que nous avons eu l’habitude de transmettre par le passé avec nos visuels. Ici, nous avons travaillé avec un vieil ami réalisateur qui s’appelle Louis Bhose et avec qui on a partagé nos années d’étude. Du coup, on partage un peu le même humour. C’est pourquoi je dirais que ce clip est un peu plus intime et authentique que si nous avions travaillé l’idée avec un autre réalisateur.

La Vague Parallèle : Dans le second visuel de l’album, pour le morceau Everything Else Has Gone Wrong, l’ambiance est plus sombre. On peut apercevoir Jack se faire agresser, mourir et finalement ressusciter. Quelle est la symbolique de ce clip ?

Jack : Le morceau parle de cette sensation de confort que l’on trouve dans la musique lorsqu’on est au plus bas. Dans ce clip, je suis au sol dès le début, et tout un tas de choses négatives vont continuer à m’arriver, je vais notamment me faire agresser. Ça symbolise cet “effet avalanche” quand tu es déjà au plus bas et que les choses s’empirent. Pourtant, malgré tout ce qui m’arrive, je continue de chanter. C’est comme si je ne prêtais même pas à attention à ce qui arrivait autour de moi, car j’étais concentré par la musique. C’est un peu la métaphore de ma relation avec celle-ci : elle peut m’aider à oublier les mauvaises choses qui m’entourent.

La Vague Parallèle : Un morceau qui donnera son nom à l’album, Everything Else Has Gone Wrong (traduit Tout le reste a tourné mal). Diriez-vous que c’est un titre pessimiste ?

Ed : Non, c’est ça le truc ! Moi-même, quand Jack a proposé ce titre d’album, j’ai pensé que c’était pessimiste, car ça sonne triste en mode “tout a tourné mal”. Alors qu’en réalité, l’accent est mis sur le “else” pour souligner qu’il y a une chose qui n’a pas tourné mal : la musique. Du moins, c’est l’interprétation que nous en faisons, tout le monde est libre de remplacer ce “else” par ce qu’il veut. Ça rejoint l’idée du clip, celle de trouver le confort dans la musique.

La Vague Parallèle : L’univers visuel de ce nouvel album est assez binaire. D’un côté, nous avons l’atmosphère assez sombre des premiers clips et de l’autre les illustrations colorées comme celle de la pochette. Comment expliquer la nuance entre les deux ?

Jack : Tout d’abord, il est nécessaire de rappeler que les vidéos sont pleines de sarcasme. Même si elles paraissent sombres, nous les considérons plutôt joyeuses et humoristiques. Mais il est vrai que la rupture entre les différentes pochettes du projet et les visuels de nos clips est frappante. Notre musique préférée est celle qui est à la fois colorée et lumineuse tout en étant sombre et mélancolique. J’ai toujours été fasciné par ces morceaux qui passaient dans les clubs et qui étaient tristes, en réalité. C’est comme si tu mélangeais le meilleur des deux mondes. On a toujours apprécié cette ambivalence musicale et c’est peut-être pour cela que ça se ressent sur l’univers visuel du projet. Aussi, en proposant une pochette aussi joviale, ça permettait d’éviter cette connotation pessimiste qui peut déjà être amenée à tort avec le titre de l’album. Si on avait choisi une pochette triste avec “Everything Else Has Gone Wrong” écrit dessus, nous n’aurions eu aucune chance de convaincre qui que ce soit que l’album n’était pas déprimant. (rires)

La Vague Parallèle : Vous annonciez que cet album était dédié à tous ceux qui se tournent vers la musique en temps de crise. Avez-vous été inspirés par une crise spécifique ?

Jack : Non, chacun vit ses propres crises. Pour moi, ça représente des petites crises du quotidien comme l’expression de mes sentiments. Par exemple, après une simple conversation que je peux avoir à une soirée, je vais me remettre en question en réalisant que je n’ai pas vraiment su transmettre le vrai fond de ma pensée. Du coup, je vais me retrouver à écrire des morceaux afin de transposer ces sentiments que je voulais exprimer. C’est ainsi que ma musique m’aide à affronter ces crises. L’idée principale du titre de l’album et des morceaux qui le composent, c’est de garder une forme d’ambiguïté afin que l’interprétation soit la plus libre possible pour tout le monde.

La Vague Parallèle : En période de crise, vers quel artiste vous tourneriez-vous ?

Ed : Ça change d’un jour à l’autre. J’aime écouter de la musique triste quand je suis triste : ça me fait me sentir mieux, étrangement. Je n’aime pas les chansons heureuses. J’aime beaucoup Elliott Smith, par exemple. Ses morceaux sont toujours très mélancoliques et sombres, et ça me fait me sentir mieux dans le sens où je peux m’y reconnaître.

Jack : Dernièrement, j’ai écouté beaucoup de musique classique. Surtout parce que je peux me concentrer seulement sur la musique, sans devoir m’intéresser à des paroles. C’est d’ailleurs quelque chose qui me tient à cœur, cette envie de démontrer que parfois la musique en elle-même est plus utile que les mots pour exprimer les émotions. Il y a un compositeur finlandais que j’aime beaucoup qui s’appelle Sibelius. Lorsque j’écoute sa musique, j’ai tout un tas d’images et de pensées qui se créent dans ma tête et je trouve ça bien plus intéressant que d’écouter un artiste me chanter des paroles.

La Vague Parallèle : Avec ce nouvel album, vous semblez explorer l’univers plus punk de votre musique, comparé à des univers plus électroniques comme sur vos tubes Feel ou Carry Me. Pouvons-nous parler d’un véritable changement dans votre musique ? 

Jack : En effet, on peut parler d’un vrai tournant. J’imagine que ça découle des projets solos qu’on a eus. Dans mon cas, j’ai toujours eu beaucoup de musique électronique en tête et j’imagine que je l’ai entièrement déversée dans Mr Jukes. Du coup, à mon retour dans Bombay Bicycle Club, j’avais cette envie de revenir à des choses plus simples comme l’usage unique de guitare, basse et percussions. Le fait d’avoir travaillé avec le producteur John Congleton nous a amenés dans cette direction là aussi, car il aime garder les choses simples, en évitant de les complexifier sans raison. Il nous a aussi familiarisés avec cette technique d’enregistrement live. Auparavant, nous avions l’habitude d’enregistrer séparément et de tout superposer par ordinateur, en rajoutant parfois des effets plus électroniques et pop. Ici, on enregistrait en direct avec les quatre membres du groupe en studio en même temps. Ça nous a poussés à simplifier nos mélodies et à nous focaliser sur l’effet de nos instruments.

La Vague Parallèle : Y a-t-il un morceau en particulier sur l’album que vous avez hâte de partager ? 

Jack : Pour moi, c’est le titre final de l’album qui s’appelle Racing Stripes. C’est mon morceau préféré, très intime et calme. D’ailleurs, on s’envole demain pour la Norvège pour tourner le clip. J’ai vraiment hâte de partager tant le morceau que le visuel qui l’accompagnera.

La Vague Parallèle : Question bonus. Comment décririez-vous un club de vélo à Bombay ?

Ed : Nous avons été à Bombay il y a des années pour y produire quelques morceaux. Et nous avons mangé comme des ogres, on s’est littéralement goinfrés. Du coup, j’imagine que ce serait un club de vélos très lents. (rires) Le genre de club de vélo où tu ne roules pas beaucoup, trop occupé à digérer tout ce que tu as ingurgité.

La Vague Parallèle : Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?

Jack : On a déjà planifié un retour en studio et on planifie déjà d’écrire de nouveaux sons. Du coup, même si on vient tout juste de produire un nouvel album, plus de musique pourrait arriver tout bientôt. Soyez à l’affut !