(Interview) Las Aves : “On a toujours eu l’impression d’arriver au mauvais moment”

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En janvier, lors de leur passage au Grand Mix de Tourcoing, on a eu la chance de rencontrer les trois membres de Las Aves. On a parlé de gang du futur, de tenue de scène et des secrets de la voix de Géraldine.

LVP : J’ai trouvé une métaphore parfaite de votre musique. C’est un bonbon musical : un gros enrobage de pop avec des éclats de bizarres qui font l’unicité de votre musique.
Géraldine : On aime beaucoup cette définition. C’est presque ce qu’on expliquait toute a l’heure dans une autre interview. L’idée de faire quelque chose de recherché, avec plein de petits trucs qui sortent du cadre, mais qui reste très pop et qui touche le plus large public. Donc c’est une bonne définition, on allie les deux.
Jules : On aime les contraintes de la pop, ça te permet de parler à plus de gens. Il y a une lisibilité dans ta musique qui te permet de caler des choses un peu expérimentales et un peu étranges.

LVP : Au jeu des comparaisons, on pourrait vous comparer à Michel Gondry dans le sens où vous prenez quelque chose de très codifié tout en y insérant des choses qui le font dévier de son principe…
J : C’est cool que t’aies vu ça, c’est ce qu’on veut faire passer au maximum et ce qu’on espère que les gens voient. Je pense que certains ne ressentent que l’enrobage, et ceux qui nous ont vu en live voient que le côté rugueux aussi. C’est bien d’avoir une vision globale, plus y’a des gens qui l’ont, plus on sera contents.
: La philosophie en tous cas, c’est celle là.

LVP : Vous faites parties d’une vague d’artistes qui cassent les codes musicaux. Vous avez l’impression d’être arrivés au bon moment ?
: C’est bizarre, on a toujours eu l’impression en quelques sortes d’arriver au mauvais moment, soit avant des trucs, soit après. On a jamais eu de sentiment de “scène” parce qu’on n’a jamais fait la même musique que six autres groupes du moment.
G : En ce moment y’a un truc qui se passe, ouais.
J : Je pense que c’est générationnel et par affinité. Si on s’entend bien avec Bagarre ou Les Pirouettes, c’est qu’on a une vision commune – même si on fait des choses totalement différentes -de comment aborder la musique. Il y a clairement une génération depuis trois ans qui va perdurer, et beaucoup d’entre autres, en français. Il a un truc vraiment hyper fort avec ça en ce moment.. Mais comme je te disais, nous pour le coup on chante en anglais. Donc encore une fois, il y a un truc où on n’est pas pile poil… On ne sent pas une scène si précise, mais plutôt une vraie communauté de gens.
Vincent : C’est une scène affective…
J: C’est une scène humaine et musicale, qui nous aide à nous pousser les uns les autres et c’est hyper bien.

LVP : Vous avez une identité visuelle assez forte. C’est important pour vous d’associer le son et l’image et de raconter des choses dans les deux médias ?
J : Comme on disait tout à l’heure, comme notre ambition de base c’était d’avoir ce « bonbon » si bien expliqué, le fait d’utiliser le visuel ça nous aidait à un peu plus étayer ce propos là, à intégrer des nuances et encore flouter un peu plus, ça ajoute du champ visuel. On pense toujours au visuel, même des fois quand on écrit. Ça nous évoque souvent des choses, comme c’est le cas pour beaucoup de gens, je pense. On s’occupe de ça nous-même, on ne confie pas ces idées-là à d’autres personnes. On a les idées et on contacte des personnes avec qui on est sûrs de bien travailler.

LVP : Même au niveau de votre merchandising …
G : On a un merch’ d’américains ! (rires)

LVP : Géraldine, ton message sur Facebook m’avait beaucoup touché à l’époque et je l’avais mis en parallèle avec vos clips ou vous essayez de donner une image de la féminité différente. Qu’est ce que ça représente pour vous ?
G : C’est exactement ça l’idée de base de la trilogie de clips, en fait. De montrer une autre image de la féminité que celle que l’on voit habituellement, sans rentrer forcément dans la revendication. Juste que si on montre autre chose, ça fait faire vivre la féminité autrement, sans qu’elle se fasse dicter certaines règles débiles par des gens débiles.

LVP : Les femmes de vos clips sont plus réalistes que ce qu’on veut nous vendre…
G : C’est plus réaliste et en même temps elles donnent hyper envie et transportent quelque chose d’hyper cool sans être des stéréotypes. C’est ça qui était important pour nous.

LVP : Sur scène vous vous habillez en blanc. Pourquoi ? Est ce que c’est une façon de vous libérer ?
: Ça, forcément un peu. C’est toujours agréable d’avoir une tenue de scène qui permet de se séparer de ton « toi » de tous les jours. Et après, le côté être tous en blanc qui nous uniformise un peu, ça reprend ce qu’on disait: gommer la différence entre les deux garçons et moi, et ne pas être juste une meuf et deux gars, mais trois personnes sous la même couleur. D’être un peu un gang du futur. On aime bien le côté dérangeant à voir des gens tout en blanc, ça pique un peu les yeux et ça frappe, ça reste dans le même ordre d’idées de mettre des trucs qui pètent un peu.

LVP : Puisque vous êtes un gang du futur, vous le voyez comment le futur justement ? Utopie ou Dystopie ? C’est dur d’être positif en ce moment..
J : Ca doit dépendre de tout le monde, mais je pense qu’on reste tous positifs dans ce qu’on fait. A chaque fois qu’on rencontre quelqu’un en soirée y’a 4 chances sur 5 qu’on aime sa musique. Ce qui est hyper cool et qui nous arrivait moins avant.
V : Le truc le plus fou, c’est que ce sont souvent des Français maintenant. Depuis 1 an et demi, on écoute que des groupes français alors qu’avant…
J : C’est vrai qu’on a même du mal à trouver des trucs en Angleterre… Du coup c’est pour ça qu’on est optimistes là dessus, y’a de plus en plus une culture « underground » française qui devient populaire Des groupes qui se débrouillent eux-même et le DIY qui se développe. On a une super belle effervescence. On voit tellement de visions hyper différentes et cohérentes que je trouve ça super excitant d’imaginer les groupes qui existeront dans 10 ou 20 ans. Donc plutôt optimistes !


LVP : Y’a un côté assez hip hop dans votre son, ça serait quoi votre featuring ultime ?
: Tant que je pense au hip hop, Kendrick Lamar forcément, Tyler The Creator, Action Bronson ou Syd de The Internet… Y’a trop de gens talentueux.
G : Il faudrait la rencontre qui fait que c’est cool.

LVP : Vous avez déjà tenté des choses ?
J : En fait, toutes nos collaborations étaient des tentatives. Le mec des clips, le mec du logo,.. Ce sont des bouteilles à la mer. Des fois on le tente, mais on passe pas notre temps à ça. Mais là avec le live, on est plus sûrs nous-même en ce moment.

LVP : D’ailleurs vous êtes content de jouer au Grand Mix ce soir ?
J : C’est trop bien ici, tout le monde nous en parlait depuis longtemps : «  le grand mix c’est une des meilleurs salle en France ». L’accueil était parfait, la salle est trop bien, tout est parfait quoi et la programmation a l’air super bien.

LVP : Géraldine, où est-ce que tu puises ton inspiration pour les textes ? Est-ce que les garçons écrivent avec toi ?
G : Ca dépend des morceaux, de qui amène la base des morceaux. Quand c’est moi, il y a souvent les paroles avec. Parfois on les fait ensemble, c’est hyper variable. Et notre inspiration, c’est plutôt introspectif. Sur nos vies et nos ressentiments, on essaye de mettre des mots là dessus.

LVP : Comment tu travailles ta voix ? Tu as une palette vocale variée qui donne des couleurs différentes aux chansons.
J : C’est ce qu’on appelle la méthode ne pas travailler (rires)
G : C’est une méthode très spécifique qui demande une rigueur maximale. En vrai c’est faux ce que tu dis…
V : Est ce que tu la bosses ?
J : Dis la vérité au micro ! Soit tu dis que tu la bosses, soit tu dis que tu la bosses pas… Si tu dis que tu la bosses pas c’est la classe parce que les gens se disent que tu chantes bien naturellement, si tu dis que tu la bosses… Vas y c’est quoi tes exercices ?
G : Ils sont trop content hein (rires) Jamais travaillé de ma vie !
: T’oses pas dire la vérité hein ! Tu fous rien la Nem ! Elle en fout pas une, c’est ça le secret !(rires)
J : En vrai quand elle fait des prises de voix et qu’on compose un morceau – surtout depuis Las Aves – on a essayé de garder des prises assez spontanées et naturelles, souvent y’en a plusieurs en même temps, y’a des variations d’intentions.
G : On aime bien travailler la voix comme une matière plutôt que comme une ligne de chant. C’est pour ça qu’il y a plein de choeurs, de voix qui se mêlent. La voix devient elle-même un instrument, par moment.
J : A part chanter juste.. Il n’y a pas forcément de bonnes façons de la chanter.
: C’est le feeling mec ! Ca s’appelle le talent (rires).

LVP : On va parler de The Dodoz un peu. Si The Dodoz c’était un peu votre votre adolenscence, par la furie et la rage, on peut dire que Las Aves c’est votre côté adulte, plus réfléchi, plus posé ?
; Plutôt notre côté pré-adulte…
G : Ouais pré-adulte, parce qu’aucun de nous ne se sent vraiment adulte non plus.
J : Mais oui, on sent clairement l’évolution.
G : On est un peu moins teubé, et j’espère que dans 5 ans on sera encore moins teubé.

LVP : C’est quoi vos coups de coeurs récents ?
J : C’est pas vraiment récent, mais y’a quelques jours j’ai vu Do The Right Thing de Spike Lee et j’ai pris une énorme claque !
G : Moi qu’est ce que j’ai fait, qu’est ce que j’ai écouté…

LVP : Tu travaille trop ta voix c’est ça ? (rires)
G : ouais voilà, toujours en train de travailler …
: Moi je suis fan de Don Monique, c’est une rappeuse de New-York qui vient du Queens et c’est vachement bien.
: Y’a aussi l’album de Buvette qu’on aime beaucoup.

LVP : Je vais finir par ma question con : Avant vous étiez les Dodoz, maintenant vous êtes Las Aves, votre ancien batteur c’est Ryder The Eagle : en fait vous êtes des ornithologues frustrés ? (rires)
G : Le plus psychotique dans tout ça, c’est qu’aucun d’entre nous n’aime les oiseaux ! (rires)

Après l’interview, on a demandé aux trois membres de Las Aves de prendre un selfie, et le résultat a dépassé toutes nos espérances !