Rencontre avec Surkin : un mix d’influences

Tu fais tourner ?
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On est allé à la soirée Marble à la Cartonnerie de Reims discuter avec Surkin, créateur du label Marble. Myd et Bobmo sont venus l’accompagner et déconner un peu avant de commencer leur live, l’occasion de leur parler de leurs différents projets notamment avec le label Bromance, créé par leur pote et collaborateur Brodinski.

LVP : Salut ! C’est quoi votre premier déclic musical, d’ou vient votre envie de faire la musique ?

Surkin : Alors moi je dirai Michael Jackson et Guns N’ Roses en même temps, pour moi à l’époque c’était la même musique quand j’étais gamin je pensais qu’ils étaient copains parce que que Slash avait joué sur un morceau de Michael Jackson. Le disque que j’écoutais, c’était “Bad”, il y avait vachement de guitares à 8 ans je confondais un peu. Je ne sais pas si c’est ça qui m’a donné envie de faire de la musique moi même mais c’était le premier truc que j’écoutais par moi même et pas que je subissais.

Myd : Chez moi, il y avait pas trop de musique jusqu’à mes 12-13 ans et j ai commencé à écouter surtout de la musique électronique essentiellement Fat Boy Slim. Quand je l’ai vu en interview dans les studios en train de sampler des sons, modifier les sons existants de façons mathématique en gardant un style hyper pop ça m’a donné envie de reproduire ça et je me suis mis à mixer et ensuite à produire petit à petit. Moi je suis de Lille, j’avais mon ancien groupe Sexual Earthquake in Kobe, d’ailleurs on avait joué ici, à La Cartonnerie, et puis Panteros et arrivé en tant que batteur “robot”, puis on a arrêté 6 mois plus tard et on a créé Club Cheval.

Surkin : Voilà, c’est la biographie de Myd ! (rires) Moi aussi, je suis déjà venu jouer sur Reims, c’est la première fois que j’ai croisé Yuksek. Ça doit remonter à 2006.

Bobmo : Moi je suis jamais venu à Reims mais la question c’était quoi ? (rires) J’écoutais du rock comme mon père et j’étais fan des Stones, j’ai eu une guitare quand j’étais petit mais je l’ai cassée. Plus tard, j’ai écouté un peu de rap comme Assassin, NTM et les trucs les plus connus et j’ai commencé à faire des beats sur ma Playstation avec Music 2000.

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LVP : D’ou vous sortez vos noms de scène ?

Surkin : Moi ça date de ma période de délinquant vers 12-13 ans, je faisais du tag et j’ai pris les lettres qui étaient les plus les stylées c’est pour ça qu’il y a un K dans mon nom, c’est un bon truc 90’s, quand t’étais dans le tag, t’étais oligé d’avoir un K dans ton nom. Je sais pas pourquoi d’ailleurs mais j’ai gardé ce nom après quand je me suis inscrit sur internet et c’est resté mon nom de scène.

Myd : Moi j’étais un gros geek au lycée et on avait un crew où on avait tous des noms qui se terminer par “yd”, c’était nos blazes sur le net, sur Counter Strike, etc.

Bobmo : Moi c’est un peu compliqué …

Surkin : Ouais au Japon, la moitié des flyers sont mal écrits, ils ont du mal, ils écrivent même Bombo ! (rires)

Bobmo : Ouais, à la base ça vient de Bob Morane, les bandes dessinées chez mon grand-père, je me suis dit si je fais Bobmo c’est cool. Je commençais faire des beats de rap et j’essayais de rapper un peu et c’est resté. Mais c’est pas censé venir de là enfin il faut pas le dire. Après j’avais un groupe de Djs, on s’appelait Windows Media Players … Euh non, Windows Media Playas en référence à Windows Media Player ! Voilà.

LVP : Comment vous percevez la scène rémoise ?

Surkin : On a pas mal de liens avec Reims via Louis (Brodinski), Guillaume (Brière, de The Shoes) évidemment, Yuksek d’ailleurs un des premiers remixes que j’avais fait c’était pour lui. Il y a pas mal de producteurs qui nous entourent qui viennent de Reims.

Bobmo : Moi je croisais Guillaume dans la rue sur Bordeaux quand j’avais 15 ans, je savais qu’il avait son ancien groupe et je l’ai rencontré un peu après.

Myd : Je suis attaché à Reims vis à vis de Brodinski vu qu’on bosse tous les jours ensemble sur son album et il me parle de Reims comme je peux lui parler de Lille et on se raconte des trucs.

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LVP : Myd, tu tournes beaucoup avec Brodinski en ce moment ?

Myd : Ouais, on bosse sur l’album à 3 avec aussi Dj Kore, producteur de rap français, on a fait le tour des studios pour trouver des rappeurs parce que l’album sera assez orienté rap. On est passés par Los Angeles, Miami et on passe beaucoup de temps pour sentir l’énergie dans la production.

LVP : Comment vous décririez votre musique ?

Surkin : On est dans une position bizarre, à la croisée de pas mal de styles, dans la scène actuelle on est définis par “électro” mais ça dépend des projets comme on a pu bosser sur des prods de rap où quand on a fait des morceaux à la base club pour M.I.A. et puis elle rappait dessus. On fait de la musique club en quelques sortes, là je bosse sur un album club par exemple mais je pense pas du tout aux clubs quand je fais mon morceau.

Myd : Cette année il va y avoir l’album de Ben (Surkin), de Brodinski, qui sera hyper urbain, celui de Club Cheval, super urbain aussi, il y a du champ. Je dis urbain pour pas dire rnb parce qu’en France ça a un côté hyper péjoratif même si on l’assume entre nous.

Guillaume Brière (The Shoes): (de loin) J’aime bien urbain, ca fait Trace TV !

Surkin : C’est plutôt de la dance music mais dans le sens anglais du terme.

Myd : En ce moment, je bosse avec Owlle, on fait de l’électro pop mais il y a aussi des kicks club parce que j’aime ça et qu’on fait confiance à notre inspiration.

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LVP : Ta claque musicale du moment c’est quoi ?

Surkin : En ce moment je trouve qu’on est dans une période charnière, dans les 6 derniers mois je me rappelle pas avoir pris une vraie claque comme j’ai pu avoir il y a environ deux ans avec des mecs comme Cashmere Cat qui réinventent un mode de production. Je trouve que les meilleures périodes musicales ont toujours été des moments où la limite entre musique mainstream et underground était floue.

Myd : Il y a eu des supers albums mais rien de révolutionnaire depuis 6 mois.

Surkin : Cela dit j’ai beaucoup aimé l’album de Daft Punk même si beaucoup de monde a pu critiquer. Je trouve que l’album n’a pas été sur-estimé comme certains le disent. Ils ont fait des tubes et ça marche, c’est normal.

Guillaume Brière : Moi, il y a juste le son de batterie que j’aimais pas trop.

Bobmo : Je préfère que ça soit les Daft qui marchent et qui passent à la radio que David Guetta !

Surkin : Je trouve qu’ils ont eu des couilles, parce que quand tu es dans une maison de disques et que tu écoutes les premiers titres, tu dois te dire qu’il y a une chance sur deux que ça se plante royalement, c’est hyper spécial de pas compresser les morceaux aujourd’hui, ils ont pris à contre pied ce qu’il se fait en ce moment, ils ont fait un gros pari et ça a marché !

Myd : On est dans une période d’expérimentation et tu peux te permettre de mélanger les idées et que ça marche.

LVP : Est-ce que comme certains artistes contemporains, vous travaillez autour des expérimentations et des “accidents” ?

Guillaume Brière : Ça s’appelle un escroc ! (rires)

Surkin : Moi j’ai fait des études d’art contemporain, j’ai pas continué dans cette carrière et heureusement ! Sur l’album sur lequel je suis en train de travailler, j’ai vraiment commencé comme un brief de pub, je me suis assis pendant deux semaines, j’ai écrit tout ce que je voulais faire. En fait, j’ai fait une sorte de DA de mon album avant de le commencer. J’étais dans une période où j’expérimentais plein de trucs, il fallait que je me pose et que je réfléchisse à ce que je voulais faire.

Myd : Pour ma part, c’est l’accident qui me fait composer, je compose uniquement comme ça. Après, tu prends des éléments qui permettent de t’inspirer ou des gens et tu fais une team avec 4 personnes soit juste toi et 3 synthés que tu maîtrises très bien et ces accidents là te permettent de faire des morceaux de ouf.

Surkin : On est pas des musiciens de formation contrairement à Canblaster (autre membre de Club Cheval) qui lui a fait le conservatoire, du coup on sait pas forcément où le morceau va quand on le crée alors on base ça principalement sur l’accident.

Bobmo : On prend des synthés, on bidouille et on voit ce que ça donne !

Myd : C’est pour ça qu’on a des studios où on bosse tous ensemble. Que ce soit avec Club Cheval, dans notre studio à la Plaine Saint Denis, studio de rap ou alors à la Folie Méricourt, où est situé le studio Marble, on pouvait croiser Para One, Club Cheval, Sound Pellegrino, Birdy Nam Nam. C’était pas “tout le monde dans sa cabine”, à un moment tu croises un mec des Birdy et tu lui dis “eh ça te dirais pas de me scratcher cette partie pour voir ?” et on voit ce qu’il se passe, on se lève pas le matin en se disant qu’il faut avoir un scratch sur le morceau mais on teste des trucs.

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LVP : Comment vous construisez vos morceaux ?

Surkin : Ça peut commencer par un sample qui finira même pas sur le morceau.

Bobmo : En général, quand tu fais de la musique électronique, ça part d’une idée au synthé après tu mets un kick pour meubler et tu développes tes drums après.

Guillaume Brière : Quand tu commences par un beat c’est toujours pas terrible, c’est un aveu d’ennui, tu sais pas quoi faire donc tu commences par ça parce que c’est le plus facile. Tu peux passer des heures à fumer des clopes à écouter ta petite boucle. Moi qui commence à devenir vieux, j’ai tendance à aller rechercher des éléments dans des vieux morceaux, je détestais faire ça avant mais je retrouve un truc que j’avais commencé 3-4 ans avant et je le continue.

Myd : Moi aussi je fais ça, ça marche bien ! (rires)

Arthur Deplechin & Razmo Ducrot