Tanaë : "Ma musique reflète toutes les facettes de ma personnalité"

Tu fais tourner ?
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C’est dans un écrin de verdure à l’abri du soleil éclatant qui aura gracieusement baigné cette 7ème édition des Solidarités de Namur que nous rencontrons la pétillante Tanaë, quelques heures après son vibrant concert dans le somptueux cadre du Théâtre de Verdure.  Avec un album et quelques covers au compteur, c’est la nouvelle petite sensation de cette pop tantôt soul, tantôt blues qui subjugue les scènes des festivals de Belgique. Comparant nos plus beaux accents liégeois, c’est avec simplicité et humour que nous avons eu la chance de discuter influences, projets et souvenirs avec la jeune artiste belge. Retour sur un instant empreint d’authenticité et de sympathie avec la nouvelle voix d’or du plat pays. 

La Vague Parallèle : Bonjour Tanaë ! Si tu devais te présenter en quelques mots, ce serait quoi ? 

Tanaë : Je m’appelle Shana, je suis Liégeoise, j’ai 22 ans et j’étudie à l’Académie des Beaux-Arts. Et oui, je suis toujours aux études malgré le fait que je fasse de la musique ! Je fais de la pop soul, c’est de la pop influencée par tout un tas de styles : hip-hopR’n’B, etc.

LVP : Cette année c’est un peu l’année des premières fois pour toi : premier album, premières grandes salles, première tournée de festivals. Si tu devais faire un bilan, comment te sens-tu à l’approche de la fin de cet été incroyable ? 

Tanaë : Ce n’est pas encore vraiment la fin du coup j’ai un peu de mal à envisager la chose en global. Je préfère voir date par date : aujourd’hui, par exemple, c’était vraiment cool ! Il faisait super chaud mais les gens ont quand même répondu présents sous le soleil, du coup j’avais vraiment mal pour eux ! (rires) Mais c’était un très bon concert. Au niveau plus général, l’été était incroyable parce que j’ai pu jouer les nouveaux morceaux de mon album.

LVP : La musique, cela a toujours été une évidence pour toi ?

Tanaë : C’est vraiment devenu une évidence lors de mon premier concert. Cette rencontre avec le public m’a profondément donné envie de continuer et de ne jamais arrêter. Avant ça, j’étais quelqu’un de très timide et je n’osais pas grand chose. Mais dès les premiers concerts, j’ai eu une étonnante envie de continuer !

LVP : Tu parles souvent d’une personne en particulier qui t’a toujours soutenue : ta maman. Le soutien de ses proches est-il important dans ce genre de projet ? 

Tanaë : Je pense que c’est vraiment important, et j’imagine que c’est pareil pour beaucoup de personnes. En général, c’est assez compliqué de s’impliquer à fond dans un projet quand nos proches ne soutiennent pas la démarche. Surtout dans le milieu musical, j’ai vraiment besoin du soutien de mes proches, car c’est un travail de dingue. C’est assez compliqué parfois et il faut tenir compte de beaucoup de sacrifices pour bosser en studio, enregistrer des sons ou tout simplement pour se mettre dans un certain mood pour écrire. Mais tout ça en vaut largement la peine quand je repense à tous ces souvenirs en concerts cet été. Et oui, je dois beaucoup à ma maman, car c’est elle qui a envoyé une bande-son à mon producteur à la base et c’est de là que tout a démarré.

LVP : Avant d’atterrir sur ces grandes scènes, tu t’es d’abord produite dans des plus petites salles comme le KulturA à Liège, par exemple. Tu as aussi assuré plusieurs premières parties comme notamment celle de l’Anglaise Jess Glyne. Qu’est ce que tout cela t’a apporté ? 

Tanaë : Ça m’a permis de me familiariser avec la scène et le public. Au niveau des premières parties, j’ai eu la chance d’accompagner Typh BarrowSauleR.O. x KonobaNoa Moon et je dois avouer que quand on m’a proposé de faire celle de Jess Glyne au Luxembourg, j’étais très étonnée ! C’était dingue, la salle était remplie et j’étais dans une toute autre vibe. Je parlais même en anglais entre les morceaux et tout ! (rires)

LVP : Tu t’es notamment fait connaître par le biais d’une cover sur Facebook du tube One Dance de Drake. Que penses-tu de l’importance des réseaux sociaux dans l’industrie musicale ? 

Tanaë : C’est à dire que moi, ayant commencé avec ça, j’aurais tendance à dire que c’est ultra important. En plus, c’est un moyen de te faire découvrir par un tas de gens via les partages, etc. En tout cas, j’utilise beaucoup les réseaux sociaux, car cela fait activement partie de la communication du projet. Mais d’un autre côté, il faut forcément faire attention car ce n’est pas toujours facile de se retrouver vraiment soi-même à 100% parce qu’il faut coller avec une certaine image et ça peut être compliqué. J’en parle d’ailleurs dans un de mes morceaux, Mirrors. Du coup je dirais que ça dépend : autant c’est un très bon outil, autant il faut l’utiliser prudemment.

LVP : En janvier 2018 tu partageais un premier EP appelé Introspection. Quelle est la grande différence avec ton nouvel album ? 

Tanaë : Sur l’EP, je débutais tout juste dans la musique et du coup je n’y connaissais rien : je ne savais pas forcément écrire, je ne savais pas comment tout cela fonctionnait donc je me suis un peu laissée porter. Sur l’album, par contre, j’ai vraiment voulu prendre la direction artistique : j’ai choisi quel genre de morceaux je voulais réaliser, de quoi je comptais parler, l’univers de l’album qui passe par les photos ainsi que les visuels, etc. C’était deux expériences totalement différentes.

LVP : L’album s’appelle Talking To Myself et à travers les titres on ressent beaucoup cette idée d’introspection, de discussion avec soi-même. C’était compliqué pour toi d’aborder ton intimité sur ce premier album ? 

Tanaë : Bizarrement, pas du tout ! C’était très simple pour moi et ça s’est fait assez naturellement : j’avais envie d’écrire sur des choses qui s’étaient passées dans ma vie, des choses que j’avais vécues. Autant celles du passé que celles qui se produisaient au moment où j’écrivais. Du coup, c’était un processus très naturel. J’ai aussi pu me reposer sur l’anglais qui, par rapport au français, m’a permis de beaucoup plus m’ouvrir et de trouver les bons mots pour traduire ce que je voulais raconter.

LVP : Sur le disque, on peut ressentir plusieurs atmosphères biens distinctes. Deux ressortent beaucoup : d’un côté la chaleur de titres comme One Night et de l’autre la mélancolie de Am I Worth, par exemple. Laquelle colle le plus à ta personnalité ? 

Tanaë : En fait, j’avais profondément envie qu’aucune chanson ne se ressemble et que chacune ait son propre univers. L’idée sur l’album, c’est que ma musique reflète chaque facette de ma personnalité. Il n’y en a pas 100 non plus, ici par exemple on en a sélectionné 8 qui, selon moi, fonctionnent bien ensemble tout en étant très différentes. Oui, j’avais envie de proposer quelque chose qui soit entre mélancolie et joie : la vie ce n’est pas toujours des hauts et j’avais envie de montrer que je pouvais retranscrire d’autres émotions que quelque chose de cool et dansant, à l’image des premiers morceaux. Les titres de l’album m’ont permis de faire passer un autre message et c’est ça qui est bien.

LVP : Un morceau que tu aimes plus que les autres ? 

Tanaë : C’est super compliqué ! Ils sont tous hyper différents, je les ai écrits à des moments totalement différents et ils ont tous une signification particulière pour moi. Mais il y’en a un que j’aime tout spécialement, c’est Talking To Myself qui a d’ailleurs donné son titre à l’album. L’histoire derrière ce morceau c’est que j’ai vraiment dû me battre pour qu’il soit sur le disque. Personne ne voulait qu’il s’y retrouve, on me disait que c’était un morceau un peu conceptuel et personne ne comprenait mon engouement pour celui-là précisément. Même mes musiciens ne kiffaient pas spécialement le jouer au début ! Mais aujourd’hui tout le monde l’adore et du coup je suis très heureuse d’avoir insisté pour qu’on le partage, vraiment.

LVP : Tu parlais tout à l’heure de la langue française dans la musique. Ici à l’affiche des Solidarités, on a notamment Angèle, Clara Luciani ou encore Claire Laffut qui prouvent cette nouvelle tendance du français. Tu ne l’as pas encore incorporé à ton univers musical, tu comptes le faire ou pas du tout ? 

Tanaë : En réalité, je n’ai pas envie de me mettre de barrières : si un jour j’ai envie de mettre du français dans mes morceaux, je le ferai. Ce que je trouve un peu lourd, c’est quand j’observe par exemple le cas d’Alice On The Roof : avant elle chantait principalement en anglais et elle a décidé il y a peu d’incorporer du français dans son registre. Résultat : elle a été critiquée pour s’être soi-disant conformée à cette tendance du français pour rentrer dans les quotas. Et je trouve ça débile, elle fait ce qu’elle veut ! Si elle veut chanter en français, elle chante en français. Si elle a soudainement envie de chanter en espagnol, qu’elle le fasse ! Je trouve toute cette controverse autour du français un peu ridicule. On me demande toujours pourquoi je ne chante pas en français en me disant que je devrais, mais je suis persuadée que si je commençais à produire des sons en français, on me reprocherait de vouloir entrer dans un certain moule. Du coup peu m’importe, pour l’instant j’ai envie de chanter en anglais et si un jour je décide de changer cela, je changerai. C’est selon mes envies.

LVP : Question un peu plus sérieuse : as-tu réussi à avoir ta bière aux Francofolies de Spa ? 

 

 

 

Tanaë : (rires) Eh bien en fait, même pas ! Déjà parce que le mec sur la photo ne m’a vue qu’après 5 minutes et se demandait d’où venait le “S’il vous plaît, monsieur”. Il était assez perdu ! Du coup, ça a pris trop de temps et j’ai du courir à une interview en vitesse donc je n’ai pas du tout eu ma bière… Mais je l’ai eue après, ceci dit. Pas au même bar, évidemment ! Je n’ai pas fait deux fois la même erreur.

LVP : Ton meilleur souvenir en festival cet été ?

Tanaë : J’ai fait le Brussels Summer Festival la semaine passée et c’était top. Full house à La Madeleine ! Bon, j’ai eu un peu de chance parce qu’il pleuvait beaucoup et que les gens venaient aussi certainement s’y abriter mais n’empêche que j’étais vraiment comblée et libérée sur ce concert. Je suis montée sur scène en me disant qu’il n’y aurait pas forcément du monde, d’autant plus que j’étais en ouverture. Et finalement, quand j’ai vu cette foule, c’était un sentiment de dingue ! En général, je me dis toujours que personne ne viendra et au moment du show je me rends compte que les gens sont là, c’est toujours une très belle surprise. Un autre très bon souvenir, c’était Les Nuits du Botanique en mai dernier. J’y ai joué pour la release party de l’album et c’était la première fois qu’on jouait les morceaux sur scène, c’était fou.

LVP : Avec un parcours aussi fulgurant et rapide que le tien, comment rester terre-à-terre et entretenir cette connexion entre Tanaë et Shana ? 

Tanaë : Justement, le fait que tout se soit passé très vite ne me donne pas trop l’occasion de me rendre compte de ce qu’il se passe. Donc forcément, dans ces cas-là tu restes normale. J’imagine que si les choses s’étaient passées autrement, plus lentement, j’aurai eu le temps de me positionner par rapport à l’évolution du projet et ça m’aurait peut-être touchée. Mais en soit j’ai toujours été très “normale” et du coup je pense que rien n’a réellement changé.

LVP : Un petit coup de coeur musical à nous faire découvrir ? 

Tanaë : Si, j’en ai plusieurs ! Déjà, j’adore Sabrina Claudio qui vient d’ailleurs de sortir un son qui s’appelle Holding The Gun et un clip qui est juste trop bien. Il y a aussi un autre artiste que j’ai découvert lors d’un showcase dans le cadre des Nuits du Botanique, c’est Hervé. J’ai vraiment pris une claque. Il a un style de dingue sur scène, une énergie folle : c’était trop bien !

LVP : À quoi s’attendre pour la suite ? 

Tanaë : Je finis ici ma tournée estivale jusque fin septembre et on peut s’attendre à quelques concerts en hiver et en automne. À côté de ça, je vais bientôt tourner un clip pour l’un des morceaux de Talking To Myself et je suis retournée en studio pour commencer à composer pour le prochain album.

LVP : Si tu devais décrire ta musique en un seul plat, ce serait lequel ? 

Tanaë : Churros avec du Nutella ! Surement pour le coté sucré, et puis c’est le truc que tu as toujours envie de manger. En plus de ça, on fait un petit concours des meilleurs churros de festivals. À chaque fois qu’on se rend à un festival on goûte les churros et puis on compare. Pour l’instant, les meilleurs c’était au Verdur Rock et du coup c’était à Namur aussi ! Ils vont donc peut-être se voir détrônés aujourd’hui par ceux des Solidarités ? Je ne les ai pas encore goûtés, mais je n’attends que ça !