"Tonight, I'm a Rock'n'Roll star", Liam Gallagher à son Zénith

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Tout a été dit sur lui, ou presque. Il fait sans doute partie des personnalités musicales les plus clivantes d’Angleterre. Une particularité qu’il a le plaisir de partager avec son frère. Tête à claques sans talent pour les un·es, dernier garant de l’idéologie de la rockstar pour d’autres, il a au moins le mérite de ne laisser personne indifférent·e. Alors, Liam Gallagher, génie ou arnaque ? Éléments de réponse depuis la fosse du Zénith.

En pénétrant l’enceinte du Zénith sous une bande-son brit-pop, on s’est demandé si on n’était pas par hasard arrivé à un match de foot. Maillots de Man City sur le dos ou torse nus, des Anglais et Anglaises imbibé·es scandent les chansons d’une playlist brit-pop qui fait office de première partie. On mesure d’emblée que le public est particulièrement chaud. Sur les refrains, on voit déjà quelques gobelets s’envoler dans les airs. La chaleur monte d’un cran lorsque les lumières s’éteignent et laissent place à un générique mettant en scène le chanteur et son groupe (mais surtout le chanteur) dans un générique à la Guy Ritchie, sur un playback de Fuckin’ In the Bushes, d’ailleurs thème principal de Snatch. So british. Et l’on assiste à une véritable pluie de bières, assortie d’un pogo dès le premier accord de Rock’n’Roll Star (quelle autre chanson pouvait débuter ce concert ?), lâché par le guitariste rythmique originel d’Oasis, Bonehead, tandis que Liam Gallagher débarque sur scène tout en flegme et parka blanche.

S’ensuivent alors quelques chansons issues de la carrière solo du Mancunien, dont Wall Of Glass ou Once. Autant le dire tout de suite :  si le public garde un certain entrain, on comprend vite que ce n’est pas pour celles-ci qu’il s’est déplacé. D’autant plus que, sans le facteur nostalgie des années 90, on se rend compte qu’our kid se bat contre lui-même. Une séquence en particulier force l’admiration autant qu’elle désole, mais surtout fait comprendre qu’à tort ou à raison, Liam Gallagher est une putain de rock star. Alors que n’importe quel artiste rencontrant un problème de son en discuterait avec l’ingé son, lui se contentera de débrancher son micro et de le lancer dans la foule en pleine chanson. S’en suivra un bizarre “I’m fucking asleep“, maugréé à l’intention d’on ne sait trop qui. Mais au moment où on se dit qu’il est dans un mauvais jour, il donne ses traditionnelles maracas à un enfant de six ans présent dans la foule. La ligne entre idole intouchable et has been égotique est toujours plus mince lorsqu’on parle des frères Gallagher. Pour le coup, il est heureux que la seule entité qui admire autant Liam Gallagher que Liam Gallagher soit son public. Lorsque le chanteur est aux fraises sur For What It’s Worth, pourtant son plus beau succès solo, le public le remplace au pied levé pour des refrains encore plus touchants.

Peut-être conscient de tout ça, la star du soir accueille le retour de son ami d’enfance sur scène par un “Bonehead to save the fuckin’day!“. Le public jubile, conscient que cela annonce un best-of d’Oasis, et il en a pour son argent. What’s The Story (Morning Glory)?, Roll With It ou Stand By Me, c’est un véritable enchaînement de tubes qui se finit par une première sortie de scène sur Live Forever. Juste le temps de se dire que, tout de même, le sens des mélodies de Noel Gallagher convenait parfaitement à la voix éraillée de son petit frère.

En guise de rappel, un Acquiesce en forme de karaoké géant, l’ode à la jeunesse Supersonic et une sublime version piano-batterie-voix de Champagne Supernova (dédicacée à la Tour Eiffel “because she’s fit as fuck“) eurent été suffisants. Petite aparté, cette version simplifiée réussit le tour de force d’accentuer à la fois la beauté saisissante de la chanson et son non-sens lyrical. Un non-sens bien évidemment scandé à tue-tête par des milliers de fans. Mais le trublion reviendra une seconde fois sur scène, pour un nouveau moment où l’on ne sait pas trop s’il manie le premier ou le second degré (sans doute un peu des deux). Alors qu’il donne le choix au public entre Wonderwall et Cigarettes & Alcohol, le chanteur feint l’étonnement lorsque la ballade mythique est désapprouvée au profit de l’hymne entraînant et politiquement incorrect. Une moquerie sur l’accent français et un torrent de jurons amusés plus tard, l’Anglais chantera finalement les deux. Rock’n’Roll, on vous dit.

Au final, on ne sait pas trop quoi penser de ce concert. Et à vrai dire, tant mieux, car ce n’est sans doute pas un concert à analyser, mais un moment à vivre. Bien sûr, Liam Gallagher n’a pas et n’aura jamais plus la voix qui était la sienne au début des 90s. Mais voir l’effet que sa simple présence sur scène a sur une fosse entière est un spectacle saisissant pour qui sait l’apprécier, et son charisme passe aussi par sa confiance en soi, qui frise le culte de la personne. À défaut de pouvoir acclamer Oasis dans son ensemble, un concert du petit frère est l’assurance de passer un bon moment malgré – ou grâce à – quelques couacs. Alors, Liam Gallagher, génie ou arnaque ? Au fond, peu importe. À l’heure où les plus grands rockeurs sont polis, effacés et consciencieux (no offense Kevin Parker, on t’adore), l’idole mancunienne fait partie d’une espèce en voie de disparition. Une espèce qui dit des conneries, se fait remarquer, et déchaîne les passions (coucou Kanye West).

Live Forever, Rock’n’Roll star.