Tricky, trois titres pour renouer avec la musique

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Après une année 2019 marquée par la disparition de sa fille, Tricky s’était mis en retrait. Il y a quelques jours, le gourou du trip-hop a révélé un nouvel EP dont la fonction cathartique répond surtout à un besoin : celui de renouer avec la musique.

C’est peu dire que la souffrance tient une place particulière dans l’œuvre de Tricky. Planant comme une ombre au-dessus de sa tête, elle s’est tenue à ses côtés dès ses premiers pas pour ne plus jamais le quitter. Tout d’abord, le natif de Bristol n’a jamais vraiment connu ses parents. Son père a abandonné sa famille avant même sa naissance et sa mère a mis fin à ses jours lorsqu’il avait quatre ans à peine – il en tirera le sublime Maxinquaye, plus de vingt ans plus tard. Son adolescence, marquée par les délits plus ou moins graves, le sentiment de déracinement perpétuel et la violence laissera des séquelles indélébiles sur l’homme comme sur le musicien.

I’ve lost people before, like grandmothers, but I’ve bounced back.

This is different. Everything looks different, even music doesn’t sound the same

Dès son origine, la musique de Tricky se nourrit de la douleur autant qu’elle l’alimente. Elle s’inspire même de ces drames qui ont forgé la personnalité de celui qui figure parmi les pionniers du trip-hop et qui ont fait de lui l’artiste qu’il est aujourd’hui. L’un d’eux, plus terrible que les autres encore, aurait pourtant pu avoir raison de lui. En mai dernier, Tricky a eu l’indicible douleur de perdre sa fille, Mina Mazy. De son propre aveu, la chute a été dure, plus dure encore que tout ce qu’il avait pu vivre auparavant : “I’ve lost people before, like grandmothers, but I’ve bounced back. This is different. Everything looks different, even music doesn’t sound the same”.

Il y a quelques jours, Tricky a publié un nouvel EP, 20,20. Trois titres en forme d’hommage à son enfant. Trois titres pour exorciser la douleur. Trois titres, aussi, pour renouer avec la musique après la tragédie.

C’est sur un cri de douleur que s’ouvre ce format court : “What a fucking game, I hate this fucking pain”. Un thème récurrent dans la musique de Tricky, qui trouve ici écho dans la voix de Marta Złakowska, artiste polonaise déjà à l’œuvre à ses côtés sur scène et sur son disque précédent. Les quelques notes de piano qui l’accompagnent résonnent en un blues obsédant, saccadé, poignant, tout juste atténué par les cordes qui marquent la fin du morceau.

Tout droit inspiré de l’âge d’or du trip-hop, le titre suivant en porte les stigmates : un tempo lent, qui oscille entre le sensuel et l’inquiétant, une voix féminine qui porte la mélodie et dissimule celle de Tricky, qu’on devine plus qu’on ne l’entend. Lonely Dancer est un duo qui rappelle bien sûr le duo originel, formé par Tricky et Martina Topley-Bird, et qui porte toujours ce spleen profond, si caractéristique de la musique du Britannique.

Enfin, est un hommage muet à Mina Mazy, un requiem dont l’émotion retentit dans la basse ternaire qui le fait vibrer, dans les nappes de synthé vénéneuses qui le font frissonner, dans l’élégant minimalisme qui transforme chacune de ses notes en instant suspendu, hors du temps.

En fin de compte, 20,20 n’est ni le disque le plus réussi de Tricky, ni le plus novateur. Il a en revanche le mérite de célébrer le retour aux affaires de l’un des artistes les plus talentueux de sa génération. Non pas pour oublier la douleur, mais bien pour vivre avec et en tirer ce qu’il y a de plus beau, de plus authentique. Une fois de plus.