"Vendeur de tapis volant, Murman Tsuladze est allé partout", l'interview WTF de Murman et sa clique

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Interviewer des artistes sur un festival, c’est toujours un peu plus libre que lors d’une journée promo traditionnelle. Surtout quand le festoche en question est Pete The Monkey, et qu’on discute avec Murman Tsuladze. Les copains de Listen Up! sont donc venus nous prêter main forte pour une conversation aussi déstructurée que fun, où chacun des membres du trio s’est absenté à un moment. Retour sur une rencontre entre fiction et réalité avec Murman Tsuladze (chant, saz), Zaouri de Makhachkala (synthé, basse) et Grigor Balzeznychuly (boîtes à rythmes).

La Vague Parallèle : Bonjour à tous les trois. C’est votre première participation à Pete The Monkey, vous kiffez ?

Zaouri : Grave, on est avec des potes.

Grigor : On ne peut pas marcher avec Zaouri, il connaît tout le monde. Je lui ai dit “viens, c’est l’heure de l’apéro” et on a mis vingt-cinq minutes à arriver au bar. Il disait bonjour à tout le monde et j’étais comme un con derrière.

La Vague Parallèle : Et vous avez vu qui en concert ?

Zaouri : Kirin J. Callinan !

Murman Tsuladze : Et la moitié de Mauskovic Dance Band.

La Vague Parallèle : Des artistes qui mixent de nombreuses influences, comme vos sons. D’ailleurs, comment les composez-vous ?

Murman : Je ne sais pas trop, c’est ce qu’il faut.

Grigor : C’est le monde dans lequel il vit.

Zaouri : Tu sais, Murman ne vient déjà pas du même monde que nous. Il vient d’un pays qui n’existe plus…

Murman : Entre la mer Noire et la mer Caspienne. Il y a donc toutes ces influences, plus tous les mixes qu’on a toujours écoutés.

Listen Up! : Tu es né là-bas avant de venir en France ?

Murman : Je suis né là-bas, la France est une terre de passage. Ma famille est là-bas, moi je suis arrivé en Belgique, et je vais de temps en temps en Géorgie.

La Vague Parallèle : Tu chantes donc en géorgien, tout en jouant avec un instrument oriental, le saz, qui vient d’ailleurs.

Murman : C’est parce qu’on fait la musique d’un pays qui n’existe plus.

La Vague Parallèle : Quel pays, au juste ?

Tous, en choeur : L’URSS (rires).

Grigor : C’était le bon temps !

Murman : On va retourner y jouer, mais on ne sait pas encore où. Dans la région d’où je viens, il y a le théâtre Tsuladze, ça serait un bel endroit.

La Vague Parallèle : Comment tes deux acolytes t’ont-ils rejoint dans cette aventure ?

Zaouri : J’étais un pote de son père. Oups, non, de son frère, pardon (rires).

Grigor : En fait, c’est mon fils.

Zaouri : Je suis Zaouri de Makhachkala.

Murman : C’est le premier mari de ma cousine. Et lui, c’est Grigor Balzeznychuly, il a grandi à Trabzon.

Grigor : Ils sont venus me chercher alors que j’étais pêcheur pendant la saison…

Murman : On l’a catché en Bretagne il y a deux mois.

Zaouri : Pour se remettre à flots, il fallait qu’il fasse un petit peu de musique.

Murman : Avec Zaouri, on s’est rencontrés en Hongrie, mais c’était un peu facho.

Zaouri : Du coup on a pris Turkish Airlines direction Istanbul pour vivre dans un squat. On s’est fait un studio très à l’arrache, avec des baffles en forme de méduses. Donc deux méduses-baffles, un bureau, et c’était tout (rires). Murman m’apprenait ses chansons, et j’ai commencé à les retaper.

Murman : Et c’est là qu’est arrivé Grigor avec ses histoires de beats et de drum-machines.

Grigor : Des histoires de la scène underground de Trabzon, qui est incroyable.

Zaouri : Le projet reste très jeune, on apprend encore à se connaître.

La Vague Parallèle : Le projet a beau être jeune, il a déjà l’air bien rôdé en live. Au Pop-Up, la salle est devenue folle alors qu’on ne trouve pas vos sons sur Spotify par exemple. Comment vous expliquez ça ?

Murman : Le son est assez dansant ! Après, on a beaucoup joué à Paname, plus d’une vingtaine de dates avant le Pop-Up.

Listen Up! : Vous avez dû avoir votre lot de vieux rades !

Zaouri : À Marseille, il n’y avait pas d’ingé son. Mais on fonctionne au système D. On a fait tellement de concerts à l’arrache qu’au bout d’un moment, on s’adapte. À Bruxelles, ils ne savaient pas qu’ils devaient fermer à 11h30, et le gars d’avant nous prend son temps sur scène. Donc quand on commence à s’installer, le gars de la sécu vient nous menacer d’appeler les flics si on ne se casse pas. Du coup, on a fait un concert chez moi devant une soixantaine de personnes. Chacun a ramené une enceinte, des lumières, tout ce qui tombait sous sa main. Et on a ramené un Kurde, une espèce de héros de la musique, c’était trop bien. (Il trouve un paquet de cigarettes sur la table basse). C’est à vous les clopes ? Non ? Bon, si elles sont là, c’est pour être fumées. Attention, on est des taxeurs.

Grigor : En vrai, quel mauvais oubli. Bon, il va périr (rires).

Murman : Bref, ce Kurde était un artiste en asile politique, Mübin Dünen. On l’a samplé sur quelques tracks. Mais comme c’est une superstar au Kurdistan, il est déjà trop puissant pour l’intégrer dans le groupe.

Listen Up! : Peut-être une collaboration sur un prochain EP ?

Zaouri : On va déjà essayer de sortir un clip en octobre. Il nous reste à définir l’identité visuelle.

Listen Up! : Zaouri, tu as donc rencontré Murman avant Grigor ?

Zaouri : J’étais très souvent dans un lieu culturel à Bruxelles, dans un groupe qui s’appelait La Tendre Emeute, donc je squattais très souvent là-bas. Le frère de Murman était très pote avec toute notre bande, et c’est comme ça qu’on s’est rencontrés. Et j’ai découvert que sa musique était trop bien.

Listen Up! : Murman, comment produisais-tu tes sons avant de t’associer à Zaouri ?

Murman : Du café, un lit, et rutracker (site de torrents russe, ndlr) pour télécharger les plug-ins. Je bossais sur un Zoom avec Garage Band.

La Vague Parallèle : Comment vous adaptez ça en live ?

Zaouri : On essaye de rester le plus fidèle. Mais c’est cool parce que Grigor nous propose des trucs bien électro, et les gens y sont bien sensibles en live, il faut l’avouer. On est sur une croisière pendant le live, et on emmène tout le monde avec nous.

Grigor : C’est une force à trois !

Listen Up! : Vous êtes donc un peu les Power Rangers de la musique électronique ?

Zaouri : Exact ! Au début ils sont deux, ils n’arrivent pas à combattre le mal, mais un troisième arrive et là, BAM ! (rires)

La Vague Parallèle : Vous jouez assez tard ce soir…

Zaouri : Et c’est bien pour ça qu’on a dit “Ouaaaais, ça nous branche” !

La Vague Parallèle : Minuit, c’est l’horaire idéal ?

Murman : Ça dépend où !

Zaouri : Pour là, c’est parfait, surtout que c’est sur la Jibou, la meilleure scène.

Listen Up! : Vous nous préparez un truc pour le live, comme un petit singe à amener sur scène ?

Zaouri : Tu sais, on est un peu des singes savants.

Grigor : Moi, je suis cheval.

Murman : On va donner du cœur. Au final, il ne faut pas oublier qu’on est des interprètes de Murman Tsuladze. On ne vous l’a pas encore dit, mais Murman Tsuladze est un personnage moral. Il est là-haut.

Zaouri : Tu rentres dans le projet, tu sens les vibrations qu’il t’envoie et tu sais ce qu’il faut jouer.

Murman : Murman, c’était aussi mon grand-père, un patriarche qui vendait de l’amour. Il vendait de la joie, du talent.

Zaouri : Il a tout fait, le mec. Il était adjudant au service militaire en Sibérie, à dire aux jeunes de fermer leur gueule. Je connais son histoire par cœur car je suis le premier mari de sa cousine.

Listen Up! : Seulement le premier, il y en a donc d’autres ?

Zaouri : Elle a toujours trouvé Grigor plus beau, mais j’avais plus de thunes que lui.

Grigor : Et je sentais le poisson.

Murman : Une vie géorgienne bien remplie.

La Vague Parallèle : Il y a du reggaeton dans votre musique, ça ne vient pas vraiment de Géorgie !

Murman : On ne fait pas de la musique géorgienne, on joue la musique d’un pays qui n’existe plus. Avec son travail de vendeur de tapis volant, Murman Tsuladze est allé partout. Du coup, ouais, il fait du reggaeton, mais il met ce qu’il veut sur du reggaeton.

Zaouri : Peut-être bien que Murman va sortir un album qui sera “Murman au brésil“.

Grigor (en roulant le r) : Murman à Rio !

Murman : Murman à Rio ? (rires). Pourquoi pas de la bossa nova ? Il n’y a pas de limites.

Zaouri : On aura bientôt nos murmanettes.

Listen Up! : Vous cherchez quoi, chacun, dans ce projet ?

Grigor : Quelque chose de différent de l’électro underground, tu sais ces salles où il y a des gens, des verres, et des bracelets.

Zaouri : À gagner des points de vie.

Grigor : Et des quarts de cœur.

La Vague Parallèle : Vous en êtes à combien de quarts de cœur, là ?

Grigor : On a un quart de cœur chacun.

La Vague Parallèle : En sautant du coq à l’âne, tu obtiens un son unique avec ton saz. Tu pourrais nous décrire ton set-up ?

Murman : Je le passe dans les mêmes effets que ma guitare. Petit chorus, des phasers, des reverbs, et du delay. Après, tout est dans le jeu. Tu peux prendre le saz que tu veux, si tu n’as pas le “kraow“, ça ne fonctionnera pas. Je suis né avec.

La Vague Parallèle : Et si Murman Tsuladze devait faire une collab, ça serait avec qui ?

Murman : Tu sais, il en a déjà fait plein. À la base, c’est un collabo. Enfin, pas dans ce sens-là (rires). Mais avec tous les sons qui vont sortir à l’avenir, il y aura des chœurs, des participations de la scène underground bruxelloise… On a trop de concerts, mais on a hâte que tout cela sorte.

Listen Up! : Pourquoi avoir choisi la Belgique ?

Murman : Quand tu émigres, tu vas là où tu as des potes, des contacts. Tu vois, les mecs bloqués à Calais, ils cherchent à rejoindre l’Angleterre parce qu’ils ont quelqu’un sur place qui peut les héberger. Sinon, tu erres dans la rue.

Listen Up! : Tu as un message politique ?

Grigor : Les papiers, les papiers !

Murman : Ouvrez les frontières. Quand on se déplaçait en tapis, il n’y en avait pas. Ou tout du moins, on ne les voyait pas. Du coup, on trouve tout ça vraiment bizarre.

Grigor : Venez, venez tous et n’arrêtez pas de venir.

Murman : Ouais, qu’ils viennent un peu là. Et nous, on ira. C’est important de bouger. Si tu restes trop longtemps dans le même endroit, tu deviens con. On a joué un peu partout, la prochaine étape c’est l’espace. Mais on a joué à Belgrade avec Grigor, et c’était la folie.

Zaouri : Non, moi c’est Zaouri.

Murman : Ah oui, pardon. Je crois que j’aurais préféré que ce soit plutôt Grigor qui soit avec moi en fait (rires).

Grigor : Sinon, en vraiment dépaysant, on a fait la Bretagne.

La Vague Parallèle : Une dernière phrase pour conclure l’interview ?

Murman : Tous les jours, après le kebab, mon père me forçait à jouer du saz.