Dolerme : la pop sentimentale de Rosalìa

Tu fais tourner ?
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La quarantaine a du bon ! Au milieu de l’innombrable flot de mauvaises nouvelles qui s’abat sur nous ces derniers temps, on croise quelques éclaircies presque épiphaniques. C’est le cas de Dolerme, single surprise de l’artiste hispanique la plus en vogue du moment, qui imposait, en novembre 2018, toute la grâce de son néo-flamenco avec El Mal Querer. Si son esthétique et son sens hors pair de l’image ont fait d’elle la coqueluche des médias et de la planète scintillante du show biz, c’est surtout par ses élans audacieux hautement artistiques que la chanteuse s’est imposée comme “La Rosalìa” (à lire avec l’accent espagnol, s’il vous plaît). 

“Beaucoup d’entre nous sont en quarantaine et beaucoup risquent leurs vies à l’extérieur. Je suis en quarantaine et j’ai un peu perdu la notion du temps car j’ai décidé que je n’allais pas trop y penser et que j’allais plutôt mettre mon énergie et mon cœur à faire quelque chose pour les autres, à ma façon. […] Faire de la musique, c’est prendre soin de ma santé mentale.”

Dans cette ballade fleur bleue, l’artiste s’éloigne de l’excentrisme d’une bonne partie de sa discographie pour s’aventurer dans les terres périlleuses de la pop. Hasardeux car, après avoir été la porte-drapeau acclamée de la musique expérimentale hybridant flamenco et urbain, beaucoup craignaient de voir la starlette s’effacer derrière des rythmes et des compositions plus accessibles, et inéluctablement plus bankables. Rassurez-vous, il n’en est rien. Comme elle l’avait déjà brillamment démontré sur des morceaux comme Con Altura ou encore sur le somptueux Barefoot In The Park (partagé avec le grand James Blake), l’autrice-compositrice-interprète catalane est un véritable caméléon : reggaeton, alternative ou rap, c’est avec une aisance déconcertante que Rosalìa joue avec les codes des genres musicaux, pour insuffler un hispanisme galvanisant sur le monde de la musique.

Sur Dolerme, c’est à partir d’un rythme très pop, porté par les accords redondants d’une guitare délicate, qu’elle construit une œuvre légère et efficace. Guidée par le thème d’une rupture et notamment par la difficulté de rebondir après une relation faussée, elle se livre à coeur ouvert sur des lignes balancées entre nostalgie, frustration et surtout douleur. “Fais-moi mal” : le titre lui-même semble le scander, la jeune sentimentale s’accroche aux moindres bribes de cette relation, même les plus épineuses. Sur des lignes comme “Esas bitches que ahora tienes, baby, no saben que le’espera” (Ces p*tes qui sont tiennes désormais, elle ne savent pas ce qui les attend), se ressent une certaine vibe Lana Del Rey qui nous électrisait en 2011 sur Blue Jeans et son iconique “Love you more than those bitches before“. Une break up song parfaite pour alléger notre confinement et nous rappeler de bien garder ce talent brut à l’œil.

Alors que la plupart de ses singles précédents s’accompagnaient de clips hautement léchés, fruits d’une production audiovisuelle poussée, c’est du côté plus sobre de l’art que Rosalìa décide de se diriger, avec une peinture minimaliste.

L’œuvre est signée Jonny Negron et semble dépeindre l’essence même du morceau. L’ennui de la solitude, ce téléphone qui n’affiche pas le message inespéré et tant attendu, ce couteau pour ces plaies que l’on ré-ouvre douloureusement, ce chien enragé par cette colère qui ne s’adoucit jamais vraiment et ce masque de protection, parce que crise sanitaire oblige. L’azuré plutôt froid de l’ensemble apporte cet esprit de rêverie et de songes, en parfait accord avec l’esprit du morceau et les aigus imparables de la chanteuse.

Accompagnée de son acolyte de toujours El Guincho mais aussi du célèbre Frank Dukes (à l’œuvre pour RihannaFrank OceanCardi B ou encore Post Malone, rien que ça), c’est donc une nouvelle pépite que la poétesse nous partage, pour dessiner davantage les traits de son prochain album, attendu pour le 03 juillet prochain à en croire un mystérieux post Instagram de l’artiste. Une chose est sûre : nous serons au rendez-vous. Olé !