Deen Burbigo et OG SAN II : de l’importance d’un cycle long pour des punchlines propres
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Auteur·ice : Anne-Sophie Rasolo
04/08/2023

Deen Burbigo et OG SAN II : de l’importance d’un cycle long pour des punchlines propres

« La plupart des gars d’ma team sont déjà platine, impossible que je m’aplatisse » : dans cette punchline réside l’exigence d’un certain standing qu’OG SAN II retranscrit. Ce huit-titres vient compléter OG SAN I, publié deux ans plus tôt, témoin de l’importance de la temporalité dans la réussite d’une œuvre et dans sa recherche de complétude. Ici on se penche sur le temps et l’entourage, véhicules de sagesse.

Dans OG SAN II, Deen Burbigo se dit qu’il aurait aimé une carrière en pipeline, pourtant ce n’est pas l’empilement des tubes mais plutôt la continuité d’une construction morceau par morceau, au fil des années, qui donne à son travail une ampleur. Depuis les rap contenders datant d’une douzaine d’années, le rappeur n’a eu de cesse d’affiner son apprentissage de la technique et du lyrisme caché par endroits dans des lyrics minutieusement hachés. Cet EP dit tout cela, récolte le magma brûlant d’un « volcan en sommeil » (DES LITRES & DES VOLTS) dans des versets teintés par son parcours. OG SAN II parle autant de son évolution personnelle que du bénéfice de l’ancienneté couplée à la jeunesse actuelle du rap français. Le titre DOMAINE en featuring avec Limsa d’Aulnay est un bon exemple de ce mix conscient des générations : s’y propage un flow discrètement mélodieux, sans devenir esclave du rythme et sans s’affranchir de l’allégeance à l’écriture rap. Et d’ajouter « certaines idées ont pourri, certaines ont maturé » (RECOMMANDE), d’où l’importance de la valeur du temps et du travail, quand on sait la difficulté inhérente à la langue française, qu’il s’agisse de sa musicalité ou de son versant littéraire.

Enrobé d’allitérations et d’assonances, le fond ne perd pour autant pas en substance et tend vers l’équilibre. Deen Burbigo mêle savoir-faire et savoirs. Il en parlait récemment à Mehdi Maïzi, évoquant sa grand-mère comme « une vraie bibliothèque » et son bagage universitaire, et pose çà et là quelques sujets d’actualité, sans s’acquitter des codes d’un rap ancestral. Autour se dessinent des contours nippons, par la symbolique de l’ojisan, et la volonté d’embrasser une philosophie de la longévité. Bien qu’il avoue “être resté con” (sur le morceau DOMAINE), des rimes comme celles d’OKINAWA posées sur un sample soul promettent de belles aurores sur son chemin. Comme une pause plus douce, ce morceau allège au passage le beat omniprésent et rappelle l’éclectisme du rappeur, qu’on entendait bien dans son projet Cercle Vertueux (2020).

Il y a trois ans de ça, en dialogue avec Alpha Wann, il disait aussi dans IMMUNITE DIPLOMATIQUE (issu de l’album Cercle Vertueux) : « les connexions sont très anciennes, les flows eux sont plutôt récents ». Voilà une autre façon d’infuser la qualité dans le temps : l’Entourage avec un grand E. Deen Burbigo a su tirer parti d’une diversité d’influences, et d’une équipe soudée sonder sa propre identité. Il publie son album par ailleurs sous Saboteur Records, label indépendant fondé avec Eff Gee. Dans le morceau AGENT ORANGE, il rappe avec Nekfeu sur la prod de Selman (déjà présent sur le projet Les Etoiles Vagabondes et sur certains morceaux de l’album UMLA) et Jayjay. Sans être exhaustifs·ves à propos des contributions apportées à OG SAN II, on note aussi la présence de Richie Beats, pierre à l’édifice de plusieurs membres de son équipe. Il cultive ainsi l’art du projet solo avec une énergie d’ensemble salvatrice. En somme, le sens de l’amitié réelle, mais aussi de la réalité elle-même, constitue le fil directeur solide d’un business pour lequel chacun dépose une de ses perles.

Reste que l’humain est authentique et agit au diapason de ses envies artistiques avec cette forme narrative qui lui est propre. Sans oublier l’esthétique, la cover d’OG SAN II en guise de finition met en avant le talent du peintre Lossapardo, en même temps que Lonymoon offre un clip cinématographique remarquable pour le titre AMOUR.

Il y aurait encore de quoi développer sur l’endurance d’un marathonien d’un rap martelé à la finesse de certaines rimes. Il suffit de voir tout ce que le nom Deen Burbigo permet de digger, mais le mieux reste de vous inviter à remonter le fil de ses versets. Et si l’arrivée est OKINAWA, alors c’est tout ce que l’on souhaite à Mikael.

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