Esperanzah, entre pépites musicales et engagement social
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Auteur·ice : Nicolas Haulotte
01/09/2023

Esperanzah, entre pépites musicales et engagement social

Floreffe, en plein milieu de la Wallonie. Un village en bord de Sambre entouré par des champs. On l’imagine calme et paisible, ce village. Enfin, à l’exception de la fin du mois de juillet. Chaque année, un festival prend place dans la majestueuse abbaye surplombant le village : Welcome to the fabulous Esperanzah.

Esperanzah, ce n’est pas un festival comme les autres : « Notre projet culturel sert un projet de société. On est pour une société égalitaire, sociale, inclusive, féministe, anticapitaliste et antiraciste » nous apprend Jean-Yves Laffineur, directeur du festival. Pour servir ce projet de société, des actions concrètes sont mises en place : « on limite au maximum notre empreinte écologique, on donne la priorité à l’économie locale et on se refuse de rentrer dans l’enchère des cachets d’artiste ».

Quand on arrive pour la première fois à Esperanzah, on a l’impression de débarquer dans un village tout droit sorti d’une utopie. Les filles comme les garçons peuvent se balader torse nu sans s’attirer des regards malvenus, on se forme au consentement ou à l’auto-défense verbale et on débat sur les alternatives au système capitaliste. Mais malgré toutes les bonnes intentions, ce n’est pas simple de survivre dans un monde des festivals en pleine mutation. Les cachets d’artistes explosent et la concurrence se fait de plus en plus forte face aux gros acteurs de l’industrie musicale. Alors, quand la pluie s’incruste à la fête, ça n’arrange rien. Pourtant, le public reste fidèle : plus de 32 000 personnes sont venues faire la fête dans l’abbaye cette année. Et l’ambiance y était unique : on a découvert des propositions artistiques touchantes, on a dansé sous la pluie sur des sonorités en tous genres, on a été ébahi devant des cracheur·euses de feu et des acrobates. Retour sur les trois coups de cœur de La Vague Parallèle.

Blu Samu s’improvise prof de danse

“A droite…à gauche…on tourne…tous ensemble !”. Pour les timides qui n’osent pas danser en festival, ne vous inquiétez pas, Blu Samu est là pour un cours de rattrapage. Avec son batteur et sa claviériste, la rappeuse aux milles influences a ramené le soleil dans cette pluvieuse édition d’Esperanzah.  Après son concert, Blu Samu nous a confié ceci : “Il y avait beaucoup plus de monde que ce à quoi je m’attendais ! C’était très impressionnant. Les gens ont chanté avec moi, ils ont suivi mes danses. En plus, j’adore le cadre, on a l’impression d’être dans un château !”

© Louise Dqs

Sur scène, la Belgo-Portugaise a défendu son EP 7. Un projet qui parle d’amour, sous toutes ses formes : “L’amour a toujours été ma raison de vivre. Il y a des personnes qui trouvent du sens dans les religions, moi c’est dans l’amour. Ça a toujours eu un rôle important dans ma vie. Everything is about love”. Sur scène, Blu Samu varie les langues autant qu’elle varie les styles musicaux : on l’entend en français, en anglais et même en portugais. Elle nous explique : “C’est pendant le confinement que j’ai écrit pour la première fois une chanson en portugais. Ça m’a vraiment débloqué. J’ai trouvé ça trop beau, j’ai pu exprimer la mélancolie qu’il y avait en moi. En fait, ça m’a permis d’exprimer une partie de moi à laquelle je n’avais pas accès dans les autres langues.” Peu importe la langue, on aime l’entendre chanter l’amour. Et le public a aimé le lui rendre à Esperanzah.

Pomme et ses champignons

Des champignons, partout. En arrivant au Jardin, les spectateur·ices ont découvert ce décor tout droit sorti d’un dessin animé. Au milieu de leurs champignons, Pomme et ses musicien·nes ont livré un moment hors du temps. C’était la tête d’affiche du festival. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’a pas déçu. Il faut dire que celle qui a sorti Consolation l’année dernière est à l’image du festival : talentueuse, engagée et unique. Elle le dit après quelques minutes : “J’ai l’impression d’être comme chez moi”. Au vu des visages illuminés dans la foule, c’est réciproque. Les festivalier·es d’Esperanzah ont aussi l’impression que Pomme est l’une des leurs.

© Louise Dqs

Il y a certains concerts qui nous provoquent ce drôle d’effet : on oublie le monde autour de soi et on se sent en connexion avec l’artiste. C’est ce qu’il se passe avec la musique de Pomme. Une communion par l’intime. En festival, on est habitué·es à ce que les artistes jouent leurs titres les plus festifs. Pomme prend le pari inverse. Celui d’assumer sa musique triste et de livrer un concert intimiste, rêveur et émouvant. On n’est pas là pour danser, on est là pour pleurer. Et ça fait autant de bien. Il y avait des sourires, des larmes, parfois les deux en même temps, et on s’est dit qu’on était au bon endroit pour vivre pleinement ce que la musique a à nous offrir

Alina Pash, la belle découverte

Entre Pomme et La Femme : La claque surprenante de cette édition a sans doute été le rap sulfureux et électronique d’Alina Pash. Phénomène électro pop tout droit venu d’Ukraine, Alina Pash a occupé seule cette grande scène surplombant la vallée de la Sambre et l’a fait vibrer de toutes ses forces. Avec un set bouillant et engagé, l’artiste a réveillé les jambes engourdies et les mines endormies d’un quatrième jour de festival et a tout retourné.

© Louise Dqs

Voguant entre sonorités aussi puissantes que surprenantes et textes bien engagés, Alina Pash a revendiqué la paix, défendu haut et fort les couleurs de son pays sans délaisser ses propres combats. On remercie l’équipe pour cette belle découverte, mais on ne s’en étonne pas, quand l’artistique et l’engagement se rencontrent si bien, c’est forcément à Esperanzah que ça se passe.

La Femme pour une fin électrique

La Femme, c’est une joyeuse troupe. Il y a plein de monde sur scène, les un·es se portent par les épaules pendant que les autres sautent dans tout les sens. Les membres du groupe se font des blagues entre elleux et se courent après. C’est un peu n’importe quoi mais c’est toujours maîtrisé musicalement. Et surtout, c’est beau. La Femme nous invite dans leur monde un peu fou et on y rentre avec plaisir. En résulte une sorte de liesse collective qui a vu sa quintessence sur le tube du groupe, Elle ne t’aime pas.

© Louise Dqs

Durant les dernières heures d’un festival, il y a toujours une énergie spéciale. L’euphorie des derniers moments. Le concert de La Femme à Floreffe en était une nouvelle preuve. Le collectif parisien était l’avant-dernier concert programmé. Alors, Esperanzah a dansé comme si c’était la dernière fois qu’il le pouvait.

Esperanzah fait penser à ce village d’irréductibles gaulois au milieu de l’Empire romain. Un festival qui garde son authenticité face à la course effrénée et à l’uniformisation des gros festivals. Au milieu de cette abbaye à Floreffe, on découvre une vision : celle de mettre l’art au service d’un projet social. La musique n’y est qu’un prétexte, la communion autour de valeurs communes en est la véritable essence.

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