(Découverte) Jazzboy, l'échappée hallucinée

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Jules Cassignol est un insatiable touche à tout. Il trace, bien sûr, sa route avec les excellents Las Aves, mais s’autorise aussi quelques incartades plus ou moins régulières dans d’autres registres et avec d’autres partenaires, notamment sur scène avec Norma ou The Pirouettes. Depuis quelques temps, il se glisse dans la peau d’un nouvel avatar aux contours musicaux volontairement flous. Jazzboy, c’est son nom, a ainsi laissé échapper deux titres sur la toile et donné un premier concert en France le 9 février dernier. Focus sur un des projets les plus prometteurs de l’année 2018.

On le connaissait rockeur juvénile à l’époque des Dodoz, lieutenant discret des Pirouettes ou encore pilier de Las Aves, mais il possède désormais une corde de plus à son arc : c’est en effet sur un tout nouveau territoire d’exploration du nom de Jazzboy que s’aventure désormais Jules Cassignol. S’il a pris le temps de lui construire un univers riche et fertile et d’en dévoiler deux contrées musicales quasi-mystiques, Jazzboy et Bored in Bora, c’est pour mieux en disperser ensuite les repères et dérouter quiconque ose s’y hasarder.

Des références pop aux digressions techno, Jazzboy ne s’interdit rien et fait tanguer avec talent le navire parfois trop stable de la musique française.

Il faut dire que Jazzboy navigue toujours entre deux eaux. Son premier clip, Jazzboy, le met en scène dans un pastiche psychédélique de talk-show à l’américaine à l’esthétique kitsch et aux personnages tantôt inquiétants, tantôt amusants. Ce mélange des tons et des genres imprègne aussi le morceau du même nom, qui fait cohabiter avec une étrange beauté des couplets aux intonations métalliques et aux sonorités incongrues avec un vrai refrain pop à la mélodie accrocheuse. Si la musique de Jazzboy intrigue autant qu’elle séduit, c’est parce que l’absurde le dispute au sublime. Quand le clip de Bored in Bora-Bora convoque des clichés oniriques et prend la forme d’une aimable invitation au voyage, il le corrompt aussitôt avec une imagerie sanguinaire et angoissante qui résonne dans les notes stridentes des drôles de synthés cuivrés qui composent le refrain muet du morceau.

Cette réalité parallèle dans laquelle Jazzboy projette sa musique constitue finalement la seule balise (certes évanescente) sur laquelle s’appuyer tant ses expérimentations le mènent d’une rive à l’autre du spectre musical. Pour échapper aux radars, le Toulousain ne fait aucune concession et c’est là sa réussite : des références pop aux digressions techno, Jazzboy ne s’interdit rien et fait tanguer avec talent le navire parfois trop stable de la musique française.

Mis en appétit par ces premiers morceaux dévoilés en ligne, on a voulu éprouver nos premières sensations en allant voir le phénomène en live. Rendez-vous, donc, au Théâtre de Verre pour une alléchante première date française, avec des DJ sets de Moodoïd et Saint DX en guise d’amuse-gueules. Un doute subsistait tout de même quant à la capacité de Jazzboy à recréer en concert l’atmosphère hallucinée de sa musique et l’esthétique soignée de ses clips, c’est peu dire qu’il a rapidement été balayé d’un revers de la main.

Des affiches de l’événement en passant par le podium fleuri jusqu’à la lumière rouge et aux gâteaux verts distribués à l’entrée, rien n’a été laissé au hasard et c’est un véritable écrin scénographique qui lui a été concocté avec soin dans la salle du Théâtre de Verre. Et pour cause : sur scène, la musique de Jazzboy se transcende et prend une toute autre dimension. Devant quelques 200 personnes, parfois entouré des personnages de ses clips (le tournesol géant, la présentatrice perchée…), il s’est livré à une prestation survoltée, donnant à sa pop parfois mélancolique des accents beaucoup plus enthousiastes. En live, Jazzboy s’efforce plus encore de s’extraire des cadres musicaux conventionnels pour pousser l’expérimentation à un degré inattendu.  Pour le plus grand bonheur des noctambules présents, il s’est ainsi laissé aller à des outros technos psychédéliques que n’aurait pas renié Flavien Berger. Sitôt le public porté à ébullition, Jazzboy éteint la lumière et réapparaît couvert de sang, renouant ainsi avec l’esthétique glaçante qui parcourt ses visuels par intermittence.

Deux morceaux pour promesses et une première date française en signe de confirmation : Jazzboy pose ainsi les prémices d’un projet tentaculaire qui ne demande qu’à croître dans toutes les directions et dont on attend avec impatience les expéditions futures en terres musicales inconnues.

Avec ou sans drogue, avec ou sans sang, on en redemande !

Crédit photos : Hugo Weisbecker pour La Vague Parallèle