Jwles et Mad Rey, la nouvelle French Connection
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Auteur·ice : Charly Galbin
16/10/2023

Jwles et Mad Rey, la nouvelle French Connection

Une grosse caisse marque les 4 noires d’une mesure composée d’autant de temps, un charley ouvert sonne à contretemps de cette régularité et une basse bien ronde roule en arrière-plan, le tout flashé à 123bpm. C’est comme ça qu’un EP qu’on diffusera dans les Playlists Rap peut s’ouvrir en 2023. Vent jeune, Le Zin Dans La Maison est le produit de courants soufflants à l’Est des États-Unis, voués à se rencontrer. La house et le DMV flow, importés par l’association du duo Mad Rey et Jwles, les bienfaiteurs, se mélangent, faisant l’effet du frais et du chaud – un French Kiss.

« Les seuls problèmes que je veux avoir c’est des problèmes d’hommes riches ». La décomplexion des Américains. « Je suis français obligé je fais le coq ». L’arrogance du pays des Lumières.

L’intro du Zin Dans La Maison sonne comme un bon début pour comprendre l’art de celui qui a grandi entre Grasse, New-York et Saint-Denis et dont l’hypermobilité reflète une hyperactivité, en studio comme sur scène. Histoire Vraie avec Bob Marlich et Rim’K, 25 sur 8 avec V900 et Blablazin sont les 3 EPs déjà sortis cette année, auxquels s’ajoutent des singles avec son frère Le Lij, Ysr Gramz ou rad cartier.

Tout va très vite pour Jwles depuis qu’il a décidé d’abandonner l’anglais pour s’adresser dans la langue de son public français. Il serait trop risqué d’étaler sa discographie de Pantalon De Ski et Joe Da Zin (2021) à aujourd’hui, on en oublierait, et des meilleurs. Il reste que cette stratégie du choc a peu à peu éteint les puristes ânonnant leur critique de son utilisation du DMV flow, tout en constituant une bonne petite clique de zins et de zines complètement accro à ses gimmicks et à son interprétation novatrice du rap français. Talalatatata.

Et s’il y a bien un soldat sur qui il peut compter dans cette entreprise, c’est bien Mad Rey, le producteur parisien présent derrière les machines depuis les titres précités et dont la prod inaugurale du projet nous couvre de la douce sensation du travail bien fait, moins celle qui rend heureux que celle qui contente – la sérénité, c’est cette confortable basse.

Le travail transpire partout de ce projet au nom univoque. Jwles le disait déjà dans Le Zin & les Autres, sa maison est aussi son lieu de travail. Et on a vite fait de flirter avec l’aliénation quand le pro et le privé s’entremêlent, encore plus quand l’obsession est que « le film soit parfait comme Wes » – et que des « films » il en sort des dizaines par an. Charbonnant « Jour & Nuit comme Kid Cudi », la maison devient prison, ce que raconte la jolie pochette du LP et le titre 7 sur 7, joyeux tube des Temps Modernes qui en plus d’avoir un line-up all stars à la prod (Mézigue s’ajoute à Mad Rey), a fait l’objet d’une originale mise en images à base de pâte à modeler.

Ça ne serait cependant pas respecter son art que de faire passer avant le reste le contenu de ses textes. N’espérez pas comprendre Jwles en un morceau, celui-là laisse traîner ici et là des bribes de vie comme Le Petit Poucet. Libérés des structures narratives et d’une grammaire sclérosée, ses mots jouent autant sur leur sens que leur sonorité, images fluides et populaires qui forment des petites comptines du quotidien comme autant d’ambiances émotionnelles dans lesquelles on peut piocher. Toudoudou.

Un morceau estampillé, Jwles fera toujours une place égale au rappeur qu’au producteur. Raison pour laquelle il travaille avec les meilleurs de ceux-là, avec qui il aime construire des relations privilégiées, comme Blasé, Kostral One, Thxnk ou Brodinski, partageant souvent avec ceux-là des références débordant le strict hip-hop (house, jazz), lui qui voit la multiplicité des beat comme autant de challenge.

Cet LP fabriqué en collaboration avec Mad Rey est donc on ne peut plus cohérent artistiquement, celui-ci ayant les mains libres de s’amuser avec ses synthés et sa MPC. C’est le cas d’Alcool & Soda qui ne voit arriver le rappeur aux cheveux longs qu’à la minute passée, sur une boucle mélodique qui rentre dans la tête comme un cocktail trop chargé, un morceau qu’on aimerait entendre au milieu de la piste d’un bon club.

Si ce n’est tout le projet. La forme vinyle nous rappelle d’ailleurs les prémices de la propagation de la house par les DJs. Les agréables reflux d’acid sur Aléas ou Ringo et les clochettes qui se transforment en bruits industriels sur Falbala plairont ainsi aux plus excité·es, quand les adeptes de deep house et de sonorités plus vaporeuses piocheront dans Wes ou Et si seulement, ce dernier morceau n’étant rien d’autre qu’un voyage interstellaire.

Le Zin Dans La Maison croise les genres et les esthétiques, c’est de la house avec les drogues du rap, du rap avec les danses de la house, c’est la nouvelle alchimie. « L’inspiration vient de Détroit » d’où revient Mad Rey, dont le duo avec Jwles poursuit la longue histoire du commerce entre les deux nations séparées par l’Atlantique, c’est la nouvelle French Connection.

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