Yamê : Kodjo en acoustique, un délice rap soul
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Auteur·ice : Anne-Sophie Rasolo
14/09/2023

Yamê : Kodjo en acoustique, un délice rap soul

Sortie durant la fin de l’été, la version acoustique de Kodjo confirme la force de l’artiste Yamê. À la veille des grandes vacances, son apparition en live dans Clique laissait déjà entrevoir le talent. Ses voltiges vocales traduisent une splendide maîtrise de l’imparfait et signent une identité qui se démarque de très loin de la scène rap actuelle : une valeur sûre dont il fallait parler.  

De son vrai nom Emmanuel Sow, le compositeur et interprète Yamê donne un avant-goût savoureux de son prochain album avec ce morceau arrangé par ses soins. Le plus de cette version repose sur une bascule habile d’un morceau à l’origine rap aux effluves afro à un titre jazz relevant sans effort sa voix soul, peu commune. Et dans cette voix, inhérente, s’étale toute sa richesse culturelle. D’une part le charisme et la forme élégante camerounaise rappellent l’influence douce de Blick Bassy, de l’autre, la construction d’un univers tiré des jam sessions parisiennes se pose en gage d’authenticité musicale, en tout cas d’une volonté de recherche et d’improvisation explicites. S’ajoute à cela la subtile empreinte d’un rap qui n’a pas besoin de revendication.

Dernièrement, l’auto-tune s’est fait la part belle, pour de bonnes comme de mauvaises raisons, selon les avis, et fait aujourd’hui partie intégrante de l’univers rap (Arte en présentait un débat). Si son utilité et la dimension que cet outil apporte n’est plus tant discutable et demeure néanmoins omniprésente, Yamê ne peut qu’être salué pour sa performance vocale, mais pas seulement. Son écriture s’offre une tournure différente d’une version à l’autre. De ses pérégrinations acoustiques se dégage une émotion plus profonde, qu’on parle de kush ou d’amour. Cet instrument, la voix, n’a pas d’égal, et l’ambiguïté de ses paroles se prête à merveille à cet exercice de réarrangement.

La musique a jalonné son enfance et sa vie jusqu’à sa trentaine, son père étant lui-même musicien et cela se voit. Ses études en gestion de données et en histoire nous disent aussi que rien n’arrête personne d’être musicien, ni d’explorer la musique à sa façon. Yamê, ou “le verbe“, c’est la jonction entre un monde et son sujet, ou bien le sens que ce dernier donnera à ce monde. En attendant donc la sortie d’un nouveau projet, il reste encore à découvrir à propos de cet artiste à la fois nouveau et déjà reconnu, en regardant son live A Colors Show, ou en le contemplant encore si c’est déjà fait, ou encore en anticipant le plaisir et en prenant d’ores et déjà sa place pour le Trianon le 24 Février prochain.

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